Le grand combat de Victor Hugo, celui quil a mené, en toute occasion,
depuis sa jeunesse, a été un échec. La peine de mort était
fortement ancrée dans les murs, et malgré la diffusion des
écrits abolitionnistes, comme ceux de litalien Beccaria, les résistances
étaient apparemment insurmontables. On consentait tout au plus à
envisager labolition de la peine de mort en matière politique.
Hugo, par sa préface de 1832, avait fait
de son roman de 1829, Le Dernier Jour dun condamné, une protestation
explicite contre la peine capitale. Il avait récidivé dans Claude
Gueux en 1834. Il ne cessa jamais de réclamer labolition dune
peine inhumaine, qui violait, disait-il, la loi divine. Il plaida cette cause
devant les tribunaux, dans les assemblées parlementaires, par des appels
à la conscience publique. Contrairement à la plupart de ses contemporains,
il refusait de faire des distinctions. La vie dun assassin ordinaire,
comme Tapner, qui avait été pendu à Guernesey pour avoir
tué une vieille femme dont il avait volé largent, nétait
pour lui ni plus ni moins précieuse que celle de Maximilien, larchiduc
autrichien dont les grandes puissances avaient fait un empereur du Mexique.
La peine de mort est un absolu.
La question de son abolition, qui avait donné
lieu, en 1830, à un débat en trompe-lil, ressurgit
dans lAssemblée constituante de 1848, «à limproviste», dit Hugo dans son discours du 15 septembre. Dans le projet de constitution,
larticle 5 était ainsi rédigé : «La peine
de mort est abolie en matière politique.» Trois députés
avaient déposé un amendement et proposé le texte suivant : «La peine de mort est abolie.» Hugo soutint lamendement
qui fut repoussé par 498 voix contre 216.
Les constitutions promulguées après
le coup dÉtat du 2 décembre ne mentionnent pas la peine
de mort. Après 1870 et la grande peur de la Commune, il devint de plus
en plus évident que cette proposition que Hugo défendit jusquà
sa mort nétait plus une option politique, et que les républicains,
fussent-ils les plus progressistes, nétaient pas plus disposés
à la voter que les conservateurs.
Quon lise le dialogue de Monseigneur Myriel
et du «conventionnel G» dans Les Misérables. Quand disparaîtra
loppression, ses conséquences sanéantiront.