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Victor Hugo / Moi/Toi
 

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La préface des Contemplations, recueil qui se présente ouvertement comme une fiction autobiographique, semble paraphraser un des vers de «Ce siècle avait deux ans…» :
Le livre de mon cœur à toute page écrit
Le poète a commencé par parler à la troisième personne :
L’auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l’a déposé dans son cœur. Ceux qui s’y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s’est lentement amassée là, au fond d’une âme.
Les Contemplations, dit-il, pourraient s’appeler «les Mémoires d’une âme».
C’est alors que survient l’apostrophe célèbre, qu’il faut lire dans son contexte.
Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi !
On pourra gloser tant qu’on voudra sur ce «je» qui est et qui n’est pas un autre, ou, comme le dit Hugo un peu plus loin, sur «l’individualité du lecteur» qui se reflète dans le livre autant que celle de «l’auteur». Ce lecteur parmi d’autres, représente tous les lecteurs, pris un à un, dans leur individualité. Comme si ce livre-là parlait à tout un chacun. L’âme «aux mille voix» parle toutes les langues.