
Beaucoup décrivains du dix-neuvième siècle sont dès
le départ des bourgeois, ou ont tout fait pour accéder à
un état qui leur assure, avec la reconnaissance, un certain confort.
Personne ne le leur reproche. Il vaut mieux faire envie que pitié, dit
la sagesse des nations. Le proverbe peut pourtant se retourner, et lhistoire
des «poètes maudits» tendrait à nous faire croire
quil vaut mieux faire pitié. Depuis le jour où Verlaine
a inventé cette épithète, le flou a régné
sur la république des lettres. Parlait-on de ceux que la postérité
a mis un peu trop longtemps à reconnaître, ou de ceux qui ont dû,
littéralement ou métaphoriquement, faire la manche ? Un peu moins
pauvre, Verlaine aurait été sans doute un peu moins lâche
et tout aussi «maudit», et ce nest pas parce quil était
poète. Pour la plupart dentre eux, les trompettes de la renommée
ont depuis longtemps sonné le réveil. Dans la bourgeoisie cultivée,
la respectabilité se vend de nos jours moins bien que la bohème,
mais personne nen a voulu à Mallarmé de mener une vie de
petit bourgeois rangé. Pourtant, quand on parle de Hugo le ton change.
On le dit dur en affaires, et lon cite en exemple le contrat mirifique
des Misérables. On na pas lair de savoir que beaucoup
décrivains comme Scribe ou Alexandre Dumas, père et fils,
ont aussi gagné beaucoup dargent, et peut-être plus. | ||||
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