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7 Lhistoire politique, une histoire maintenue et renouvelée
Cest dabord autour de la Révolution
française et, par voie de conséquence, de lanalyse
de la société de lAncien Régime que le débat
sengage. Roland Mousnier puis François Furet et Denis Richet
sont les principaux historiens qui remettent en cause lanalyse économique
et sociale.
Roland Mousnier, qui a soutenu en 1945 sa thèse
sur La Vénalité des offices sous Henri IV et Louis XIII,
est une figure importante de la communauté historienne. Au cours
de ses travaux ultérieurs, il a développé une vision
de la société de lAncien Régime qui privilégie
la dimension politique et culturelle par rapport à linscription
économique. Pour lui, cette société nest pas
une société de classes, mais une société dordres.
La hiérarchie sociale nest pas déterminée par
la fortune ou lactivité professionnelle, elle est fondée
sur lestime sociale. Les critères dassignation sociale
employés par les historiens des sociétés postrévolutionnaires
sont donc inopérants pour rendre compte de la société
de lAncien Régime. Lors du colloque de Saint-Cloud, lorsque
Mousnier intervient pour critiquer le rapport présenté par
Soboul (Texte 14. Roland Mousnier), laffrontement avec Ernest Labrousse
est frontal: « Labrousse: La classification des ordres est
une classification juridique. Mousnier: Non! Pas du tout! Aux XVIe
et XVIIe siècles, la classification en ordres est une
réalité sociale, dont une partie est traduite juridiquement.»
La controverse rebondit en 1967, quand lhistorien soviétique
Boris Porchnev publie ses travaux. Celui-ci analyse les révoltes
populaires qui traversent la France au XVIIe siècle
comme des signes précurseurs de la Révolution française
et lit labsolutisme, sur le modèle des analyses marxistes
formulées à propos du capitalisme monopoliste dÉtat,
comme un moyen de sauvegarder la rente féodale et dassurer
les revenus et la domination sociale de la noblesse. Mousnier lui répond
en récusant tout contenu de classe aux «fureurs» paysannes,
et il développe ses recherches sur la nature de la stratification
sociale de lAncien Régime. Bien quassez marginal du
fait de ses opinions conservatrices, Mousnier maintient la tradition de
lhistoire des institutions.
La seconde contestation directe provient de François
Furet et de Denis Richet. En 1965 ceux-ci publient une Révolution
française dans laquelle ils rejettent la valorisation de la
dynamique révolutionnaire de 1789 à 1794 par lhistoriographie
universitaire et considèrent la relance du processus révolutionnaire
en 1791-1792 comme un «dérapage» «par
rapport aux projets des Constituants», précise lintroduction
à la réédition de 1973 (Texte 16. François
Furet et Denis Richet) Le concept même de «révolution
bourgeoise», posé comme une évidence par lhistoire
économique et sociale, est mis en cause en raison de lengagement
dune large partie de la noblesse dans les Lumières et la
révolution elle-même. Ainsi la révolution est dabord
une crise politique et, pour lanalyser, il faut déplacer
le regard de léconomique et du social vers le politique et
le culturel. Cest cette ligne «critique» qui sera développée,
par la suite, dans les travaux de François Furet.
Un second pôle de résistance à la
lecture économique et sociale de lhistoire se trouve autour
de Pierre Renouvin. Celui-ci apparaît comme le troisième
grand maître de lhistoriographie française de laprès-guerre;
et sil défend lhistoire politique, il nen est
pas moins lui aussi un novateur. Comme Braudel ou Labrousse, Renouvin
a commencé sa carrière dans lentre-deux-guerres. Il
est élu professeur à la Sorbonne en 1931, où il enseigne
jusquen 1964; et préside, de 1959 à 1972, la Fondation
nationale des sciences politiques. Il participe aussi à la plupart
des jurys de thèse dhistoire contemporaine. Spécialiste
des relations internationales, il renouvelle la tradition de lhistoire
diplomatique en introduisant la notion de «mouvements profonds»
(Texte 17. Pierre Renouvin). Celle-ci doit conduire les historiens à
ne plus se contenter de faire le récit de laction des chancelleries
mais à prendre en compte les logiques de longue et de moyenne durée
qui guident laction des États. «Les conditions géographiques,
les mouvements démographiques, les intérêts économiques
et financiers, les traits de la mentalité collective, les grands
courants sentimentaux, voilà quelles forces profondes ont formé
le cadre des relations entre les groupes humains et, pour une large part,
déterminé leur caractère10.» Sans
remettre en cause le rôle de la décision politique et le
jeu des personnalités, Renouvin enrichit le questionnaire traditionnel
de lhistoire politique. Par le biais de son enseignement à
la Sorbonne et à linstitut détudes politiques
de Paris, il fait, lui aussi, école.
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Quelques thèses et ouvrages majeurs sur
cette histoire diplomatique contemporaine des années 1960-1970
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RÉMOND René, Les États-Unis devant lopinion
publique française 1815-1852
Saint-Just-la-Pendue, Chirat, 1962.
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GUILLEN Pierre, LAllemagne et le Maroc de 1870 à
1905
Paris, Puf, 1967.
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POIDEVIN Raymond, «Les Relations économiques et financières
entre la France et lAllemagne 1898-1914»
thèse, Paris, 1969.
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KASPI André, «La France et le concours américain,
1917-18»
thèse, Paris, 1971.
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PEDRONCINI Guy, «Le haut commandement français et la
conduite de la guerre, mai 1917-novembre 1918»
thèse, Paris, 1971.
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MIQUEL Pierre, La Paix de Versailles et lopinion publique
française
Paris, Flammarion, 1972.
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ALLAIN Jean-Claude, «Joseph Caillaux et la seconde crise marocaine»
thèse, Paris, 1974.
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MARCHASSON Yves, La Diplomatie romaine et la République
française. À la recherche dune conciliation
(1898-1914)
Paris, Beauchesne, 1974.
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BARIETY Jacques, «Les relations franco-allemandes après
la Première Guerre mondiale»
thèse, Paris, 1975.
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BARIETY Jacques, «Les relations franco-allemandes après
la Première Guerre mondiale»
thèse, Paris, 1975.
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NOUAILHAT Yves-Henri, «La France et les États-Unis,
août 1914-avril 1915»
thèse, Paris, 1975.
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ARTAUD Denise, «La question des dettes interalliées
et la reconstruction de lEurope (1917-1929)»
thèse, université de Lille, 1976.
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MILZA Pierre, «Les relations franco-italiennes à la
fin du XIXe siècle»
thèse, Paris, 1977.
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BECKER Jean-Jacques, 1914, comment les Français sont entrés
en guerre
Paris, Pfnsp, 1977.
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DUROSELLE Jean-Baptiste, La Décadence. La politique étrangère
de la France de 1932 à 1939
Paris, Imprimerie nationale, 1979.
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GIRAULT René, Diplomatie européenne et impérialismes
1871-1914
Paris, Masson, 1979.
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JOYAUX François, La Chine et le règlement du premier
conit dIndochine, Genève 1954
Paris, Publications de la Sorbonne, 1979.
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MICHEL Marc, «LAppel de lAfrique. Contributions
et réactions à la Première Guerre mondiale
en AOF, 1914-1919»
thèse, Paris, 1979.
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Lhistoire politique contemporaine, largement dénigrée
par le courant annaliste, se maintient et se renouvelle aussi, tant à
linstitut détudes politiques de Paris quà
luniversité Paris X Nanterre. Louvrage de René
Rémond La Droite en France, publié en 1954, qui propose
une lecture des courants formant la droite de la Révolution à
1952, modifie les approches habituelles en intégrant la notion
de tradition politique déjà explorée par André
Siegfried.
En outre, la forte politisation qui accompagne le refus croissant des
guerres coloniales et particulièrement de la guerre en Algérie,
la condamnation des pratiques de larmée française,
notamment de la torture, amènent de nombreux historiens à
rependre pied dans la cité, voire à se faire historiens
du temps présent. Cest, par exemple, le cas de lhistorien
antiquisant Pierre Vidal-Naquet.
8 Quelle épistémologie pour lhistoire nouvelle?
Alors que laffirmation de thèses épistémologiques
a été lun des moyens pour Bloch et Febvre de marquer
leur volonté de rompre avec le courant méthodique
quitte parfois à forcer largement le trait , en dépit
des hommages rendus au livre posthume de Bloch (Texte 3. Marc Bloch) et
de la republication du texte de Simiand dans les Annales en 1960
(Texte 1. François Simiand), ce sont dabord les questions
de méthodes et de sources qui occupent la plupart des rencontres
historiennes. Certes, lidée selon laquelle lhistoire
est construction déjà présente chez Seignobos
fait figure dacquis. Mais le recours aux procédures
quantitatives semble à ce moment rassurer pleinement les historiens
sur la validité de leur savoir et le caractère scientifique
de leur discipline, pour peu que les analyses soit fondées sur
une profondeur historique suffisante, un cadre assez vaste, et quelles
sappuient sur des phénomènes mesurables. Au demeurant,
lévidence de la possibilité dun savoir scientifique
des sociétés nest guère contestée. Cest
plutôt des conditions de la «coupure épistémologique»,
lun des thèmes de prédilection des structuralismes
ou des marxismes, dont on débat alors. Selon le modèle de
Thomas Kuhn, on pourrait dire que le débat épistémologique
a correspondu à la période de crise de lhistoire de
lentre-deux-guerres, tandis que les années 1950-1960 sont
celles de la construction dune «science normale», fortement
unifiée autour du paradigme de lexplication économique
et sociale. Dans ce cadre, De la connaissance historique, ouvrage
de lhistorien antiquisant Henri-Irénée Marrou paru
en 1954, fait presque figure duvre isolée. Marrou développe
des thèses présentistes qui contrastent avec le scientisme
sous-jacent de la période (Texte 18. Henri-Irénée
Marrou). Philosophiquement proche du courant phénoménologique,
il sinscrit dans la lignée des réexions de Bloch
et de Febvre sur les rapports passé-présent. Il réintroduit
la subjectivité de lhistorien au cur de lécriture
de lhistoire, subjectivité quaucune procédure
quantitative ne saurait écarter puisque lhistoire est toujours
un rapport entre un présent et un passé et jamais la redécouverte
dun passé indépendamment du procès de connaissance
qui le construit. Dans cette vision de lhistoire, lhistorien
en tant quindividu parlant dun lieu et dune époque
est indispensable, il est le vecteur même de la connaissance historique.
Lobjectivité historienne est donc toujours incomplète.
La perspective nest pas très éloignée de celles
développées par Raymond Aron sur «les limites de lobjectivité»
en histoire puis par le philosophe Paul Ricur; mais lheure,
dans la communauté historienne, est aux certitudes. Il faut attendre
le début des années 1970 pour que ce questionnement soit
pleinement entendu et repris, dans des voies différentes, par Paul
Veyne ou Michel de Certeau.
Le mouvement profond qui traverse les historiens à
la fin des années 1960 est autre: cest celui du passage «de
la cave au grenier» (Michel Vovelle) et de lexploration, après
celle des conditions de reproduction matérielle des sociétés,
du continent des mentalités.
10 Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle,
Introduction à lhistoire des relations internationales,
Paris, Armand Colin, 1964.
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