
Lumineux... Guilloux reconnaissait volontiers avoir largement emprunté à ses observations quotidiennes pour créer ses personnages et sa fréquentation du monde fut intensive: de promenades en cafés, dactions militantes en réceptions mondaines. Le creuset le plus généreux aura été Saint-Brieuc. Les dédicataires de La Maison du Peuple, tous «camarades» des parents de lauteur se retrouvent dans le roman. Dès le premier livre, le procédé saffirme.Les personnages se rejoignent en fonction de ce quils représentent et leur réapparition dans luvre nest pas gratuite. Dans Le Jeu de Patience, quand on lui annonce que la Maison du peuple sédifiera près de loratoire de saint Brieuc, un personnage sécrie : «Après quinze siècles, tout recommence». Brieuc apporta «la première lampe» et un idéal de charité et de justice. Quéré qui éclaire de sa belle lampe les réunions vespérales des militants, lutte-t-il pour un autre idéal ? Quant à Cripure, grande ombre douloureuse hantant un monde déjà mort, sil a baissé les bras, il garde haut sa conscience et figure - dit Guilloux - «une proposition damour permanente et constamment déçue». Lombre ne sécarte pas de la lumière, elle la manifeste mieux encore. Face à Cripure, se tient Lucien Bourcier qui part rejoindre la Révolution de 1917. Dans Le Jeu de Patience, on le retrouve à Paris, dégoûté de la politique. Face à la lucidité conservée, les «illusions perdues». Du côté de la révolte contre le Mal, se tient une longue cohorte : le père Esprit, Camille Fourras, Blaise Nédélec, Pablo, Ernst Kende, Maréchal, labbé Clair, le pasteur Briand, Lautié et tous les obscurs et les sans grade de la fraternité.
...ou sombres
Dans La Maison du Peuple, Rêbal, fossoyeur des espoirs de la classe
populaire, rejoint les «enterreurs» de grève du Front populaire
(Les Batailles perdues) et le militant socialiste Arsène Lefranc
- patronyme en antiphrase - qui manie avec autorité la langue de bois (Le
Jeu de Patience). Diffèrent-ils autant quils le croient des stéréotypes
sociaux que sont lEvêque, le Préfet et le Général
dans Le Sang noir ? Tous des «chefs», comme Rêbal. Les
instituteurs (le père Coco du Pain des Rêves) et les professeurs
Robillard, Nabucet, Babinot (Le Sang noir) jouent un rôle identique,
développant dans lesprit des jeunes gens qui leur sont confiés
de «saines idées» puisque ces derniers seront un jour des «chefs». | ||||
|
|