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Louis Guilloux / Louis Guilloux, écrivain
 

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«Laïque»

En 1927, Louis Guilloux publie son premier roman, La Maison du Peuple, qui lui vaut la Bourse Blumenthal, l’année suivante. Dès lors, «[l’écriture] est devenue mon métier, ça l’est resté depuis. Je n’ai rien fait d’autre», disait-il volontiers. Qu’avait-il fait d’autre avant? Pas grand-chose, il est vrai: peu d’études, des petits métiers (vendeur ambulant d’épicerie, marchand de gui, surveillant...); en 1921, il entre comme traducteur d’anglais au service étranger de L’Intransigeant. «Trois heures de travail payé par jour, ça suffit à faire un homme indépendant», précise Guilloux. «Rien fait d’autre» ? De fait, si l’on s’en tient à une activité professionnelle. Mais la simple lecture des Carnets montre à quel point il aura «fait» pour les autres. En 1933, il prend part aux luttes bretonnes contre les ventes-saisies des fermes et s’associe aux actions en faveur des chômeurs. Responsable du Secours rouge, en 1936, il organise à Saint-Brieuc et dans le département des Côtes-du-Nord l’accueil des réfugiés politiques qui affluent de toutes parts : allemands, italiens, espagnols. Devant l’ampleur du problème, il fait appel à toutes les bonnes volontés qu’il tâche de fédérer : les communistes avec Yves Flouriot, les catholiques avec l’abbé Vallée, les protestants avec le pasteur Crespin... L’expérience acquise permettra à Guilloux d’aider sous l’Occupation au rapprochement entre les divers mouvements de Résistance. En 1961, le Haut Commissariat international aux Réfugiés charge Louis Guilloux d’une enquête sur les camps de «personnes déplacées» (Allemagne, Autriche, Italie, Grèce). Est-ce ne rien faire d’autre?

...ou «moine»

«Guilloux. Le malheur de l’artiste, c’est qu’il n’est ni tout à fait moine ni tout à fait laïque - et qu’il a les deux sortes de tentations», écrit Camus dans ses Carnets. Guilloux le laïque s’engage pour les pauvres et les persécutés, donne de son temps et de soi-même, marque ses choix politiques et son appartenance en participant au Congrès mondial des écrivains antifascistes, à Paris, en juin 1935. Mais là n’est pas l’écrivain.
«Il faut faire ce pour quoi on est fait» note Guilloux dans ses propres Carnets. Et lui est fait pour écrire. Enfant déjà, il est boulimique de lectures. Il passera rapidement des aventures de Nick Carter à Balzac. A treize ans, il découvre Gorki puis Tolstoï et Ibsen. Mais il s’attache à une lecture autodidacte, ne laissant en rien l’institution scolaire diriger ses choix. Ses goûts le portent vers des auteurs révoltés contre la société : Walt Whitman, David Thoreau dont il admire Walden ou la vie dans les bois, Jules Vallès... Dans Les Grèves, évoquant son ami Guilloux, Jean Grenier se souvient que celui-ci «vivait de la vie des personnages» de ses lectures, qu’il conjuguait à ses observations des habitants de son Saint-Brieuc natal. Pour écrire, un jour.
Alors Grenier et Guilloux rêvent d’une vie où, retirés du monde, ils pourraient «travailler» c’est-à-dire, écrire : «une vie monastique», en quelque sorte. «Quelles que soient les difficultés du travail on ne doit pas vouloir autre chose, penser à autre chose, faire autre chose, même si la terre se met à trembler et même si l’inondation noie la ville. Tout ce qui n’est pas du travail est contre, on le paye toujours.» (Carnets)
Louis Guilloux, l’homme engagé, ne détournera jamais son œuvre au profit du monde en l’inféodant aux idéologies du siècle, s’abstenant de participer à «la trahison des clercs».