
De Pan à Shakespeare
L'élan fusionnel des premières oeuvres laisse la place au sens du tragique : terreur panique devant les éléments déchaînés (Batailles dans la montagne) (1937). La joie aussi peut être panique (Deux Cavaliers de l'orage) (1942). Peu à peu s'installe une méditation sombre sur la destinée humaine : le mal rôde, au fond des coeurs (Solitude de la pitié) (1932). Shakespeare, Melville, Faulkner Jean Giono qui traduit Shakespeare et surtout Melville (Moby Dick) est ébloui par Faulkner. En prison, il écrit Pour Saluer Melville (1940). La quête de la baleine devient le symbole évident de La Recherche de la pureté (1939).
1. Gallimard, « L'Imaginaire », 1994. Extraits d'un recueil de nouvelles publiées en 1943 sous le titre L'Eau vive. ![]()
![]() D'une Provence virgilienne à la tragédie grecque Des « bucoliques » provençales - travaux des champs, cueillette des olives, vendanges, moissons, chasse ou pêche, petits drames paysans - on bascule peu à peu dans le tragique, l'expression du poids du destin :
La lumière blanche et la poussière des déserts Contre la ritournelle folklorisante :
![]() Une quête à la manière de Melville Déambulation que n'aurait pas renié Don Quichotte ; tous les personnages de Giono se livrent à une incessante recherche : d'une vérité, d'un secret, de la fortune, d'un idéal... Une recherche qui est souvent une fuite :
sont riches en embuscades, traques, longues descriptions des caches, des déambulations, des repères, des guets, des errances.* Un incessant cheminement L'oeuvre de Giono est rythmée par le piétinement obsédant des troupeaux en transhumance, le pas lent et sonore des chevaux, celui des rouliers dans la poussière, le bruit inquiétant à la tombée de la nuit des roues des carrioles, le halètement poussif des rares voitures dans les lacets malcommodes des routes de collines.
* L'Iris de Suse : Une nuit, dans une chambre de hasard, l'auteur fut visité en rêve par la silhouette d'un hussard à cheval. Du songe naquit Angelo, que l'on retrouve dans les deux romans suivants. ![]()
Prophétisme et pessimisme La guerre est omniprésente. La violence des passions se transforme en passion de détruire... Le modernisme, froid, systématique, correspond à une catastrophe écologique (Le Poids du ciel)* (1938). Les catastrophes naturelles C'est l'incendie de Colline1 (1928), l'inondation, le glissement de terrain, la sécheresse, la foudre. C'est surtout la violence « écoeurante » de la germination du monde végétal, la « sauvagine » prête à ensevelir l'humain (Le Déserteur) (1966). Un monde habité par les ombres des disparus L'instinct de mort, de carnage et d'autodestruction figure le poids du destin. Chaque homme dans sa solitude est habité par son double... Déjà les bergers de La Trilogie de Pan (1927-1930). Ce double est une conscience trouble, agitée de remords pour des crimes commis par d'autres (Un Roi sans divertissement) (1947). En écrivant les plus tragiques de ses ouvrages, Giono écoutait de la musique symphonique, Beethoven en particulier. Le rythme de son écriture en porte la trace. * Le Poids du ciel :1938, la guerre menace. Giono a opté pour des positions résolument pacifistes. Le Poids du ciel est une réflexion conduite par un personnage dont on ne saura qu'une seule chose : alpiniste, il s'est retiré des fureurs du monde dans le calme des montagnes pour deviner les violences qui viennent. Celles d'une guerre que mèneront les hommes-robots. 1. Publié d'abord dans la revue Commerce, puis chez Grasset dans « Les Cahiers verts », en 1929, ce roman est très vite devenu un succès. Il forme avec Un de Baumugnes et Regain, la Trilogie de Pan. | |||||||||||||
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