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Jean Giono / Le cycle du hussard
 

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Épopée et bonheur fou

Les grands thèmes

Les personnages

Épopée et bonheur fou

Le charme stendhalien de l'épopée et du panache

De Stendhal, Giono emprunte la mesure, l'humour, la distance élégante, une certaine allégresse qui conduit le récit. Il abandonne la profusion baroque pour un récit plus clair, plus linéaire. L'opéra est une des clés - musicale - du cycle du Hussard.

Les oeuvres

La nature recule... l'homme est désormais au centre du récit, les paysans disparaissent au profit d'aristocrates, hommes d'action.

  • Angelo (1958)
    Dans l'Italie de Cavour, un roman de cape et d'épée, d'intrigues politiques d'action et de cavalcades.

  • Mort d'un personnage (1949)
    Les mêmes personnages, une chronologie historique remaniée : nous sommes au XXe siècle. La noblesse d'âme conduit à la démesure.

  • Le Hussard sur le toit * (1951)
    Une épopée bondissante qui serait radieuse, jeunesse, gaieté, courage, ambition, mouvement, si elle ne se déroulait sur fond de choléra, description, effroyables tableaux dignes de Goya.

  • Le Bonheur fou (1957)
    Le même héros Angelo Pardi 1 dans une époque inventée où le récit télescope 75 ans d'histoire italienne et française : la passion, les intrigues, la mort et l'apaisement d'un dénouement heureux.

  • * Le Hussard sur le toit
    Un jeune carbonaro piémontais, colonel des hussards, réfugié en France à la suite d'un duel politique, retourne dans son pays en traversant le choléra de 1838 qui désole la haute Provence entre Aix et les Alpes. La contrée est couverte de morts et le jeune homme y confronte sans cesse ses qualités et sa passion à la passion des autres qui est ici l'égoïsme à l'état pur.

    1. « C'était le fils naturel de la tendre et passionnée duchesse Ezzia Pardi, un très grand jeune homme de 25 ans aux lèvres minces et aux beaux yeux de velours noir. »

Les grands thèmes

« L'aube surprit Angelo béat et muet mais réveillé. La hauteur de la colline l'avait préservé du peu de rosée qui tombe dans ce pays en été. Il bouchonna son cheval avec une poignée de bruyère et roula son portemanteau. »

Première phrase du Hussard sur le toit 1951.

Le choléra

L'épidémie est prétexte à de terrifiantes images de mort et de décomposition évoquant Goya, en contrepoint à la nervosité ironique du récit.
Sous l'allégresse pointe le désespoir qui, plus ou moins explicite, est l'un des fils conducteurs de l'oeuvre.

Une sensualité latente

La sensualité tempère le pessimisme et nourrit l'appétit de vie, la soif de choses simples. L'eau, si elle est fraîche, est musique, odeur de mousse et de feuille, sensations fortes.

Contre la lucidité

L'humour, la légèreté, toutes les forces de la jeunesse s'opposent à la lourdeur du réel. Le cheval représente la course, la fuite, le mouvement. Lyrisme discret mais intense.

« ...Il se souvenait de la courtepointe en piqué, des dentelles de la taie et le vin était dans son verre comme un grenat. »

Angelo 1958.

« Des chambres aux armoires cirées, où l'ombre dorée des persiennes laisse apercevoir l'impeccable linge brodé. »

Le Hussard sur le toit 1951.

Les personnages

Un héros éblouissant et une attachante héroïne provençale

La naïveté d'Angelo, aristocrate à la naissance entourée de mystère, est un art de vivre, mais c'est aussi la peur d'être dupe : l'envie, juvénile, de paraître plus aguerri. Seuls des éléments psychologiques - l'élévation des sentiments, la rigueur de l'attitude, de rares mais constantes allusions à la jeunesse, à la beauté, à la noblesse - permettent au lecteur d'imaginer un héros, mi-ange mi-guerrier, incapable, malgré le doute et la peur, de succomber à la bassesse.

« Vous êtes un des plus beaux garçons qui existent, et votre coeur non moins beau vous éclaire d'un feu difficile à soutenir. »

dit le vicaire à Angelo.

Évocation des bonheurs limpides et fugitifs alors que nos héros fuient à la fois le choléra et leurs poursuivants.

 

Idéalisme courtois des relations hommes-femmes

Un Tristan de légende. L'Arioste : un héros qui traverse les siècles. Les femmes sont souvent des personnalités clairvoyantes, un peu sorcières, maîtresses de leur destin et jouent dans la société un rôle clé. Le respect des convenances, la délicatesse des sentiments, la soumission aux règles du temps ne sont qu'écume et dissimulent mal (la scandaleuse mais) l'évidente égalité des sexes.

« Ils firent halte à midi dans la solitude ensoleillée. Ils préparèrent du thé et se reposèrent environ une heure. Ils étaient assis sur un tertre d'aiguilles souples et tièdes devant le spectacle miraculeux du plateau baigné de lumière que les vaporeuses montagnes semblaient contenir comme une liqueur d'or au fond d'un bol bleu. »

Le Hussard sur le toit 1951.

Pauline De Theus : inflexible et courageuse

« Parmi ces femmes huppées qui n'étaient pas poudrées depuis la veille et commençaient à se regarder la pointe des souliers, Angelo remarqua une jupe verte, courte et ronde sur des bottes qu'une cravache battait. La main qui tenait cette cravache n'était certainement pas matée. Tout cela appartenait à un petit feutre Louis XI jaune soufre et à une nuque très blanche. C'était une jeune femme qui tourna résolument le dos aux colloques et marcha vers un cheval attaché à un arbre. Angelo vit un petit visage en fer de lance encadré de lourds cheveux noirs. »

Le Hussard sur le toit 1951.

La vieille marquise non conformiste et libérale

« Une verdeur de chaste, servie par sa voix forte qui écrasait les cristaux de Bohème, lui permettait de faire suffoquer en trois mots l'assemblée la plus blasée ; et dans le souffle coupé qui suivait, elle continuait à respirer paisiblement, à regarder de ses yeux de pâquerette... »

Angelo 1958.

La nonne héroïque

« Cette nonne étonnait par une extraordinaire présence. Où elle était, tout s'ordonnait. Elle entrait et les murs ne contenaient plus de drames. Les cadavres étaient naturels et, jusqu'à la chose la plus minuscule, tout se mettait immédiatement en place exacte. Elle n'avait pas besoin de parler ; il lui suffisait d'être présente. »

Le Hussard sur le toit 1951.