4.2 Traces, influences Politiques
Entre 1957 et 1972, Debord et l’IS n’ont cessé de se renouveler, de changer et, surtout, de se radicaliser. Par conséquent, rien ne ressemblera moins aux premiers alliés qu’ils se sont donnés que les derniers. Après le tournant « politique » du début des années 1960, les artistes disparaissent de l’IS, qui sera pendant un certain temps surtout française. Avec le scandale de Strasbourg (1966) et la publication de De la misère en milieu étudiant..., rapidement traduit dans de nombreuses langues étrangères, l’IS va considérablement augmenter son influence, tant en France qu’à l’étranger. Une section anglaise voit le jour la même année, qui deviendra rapidement américaine. Relativement éloignée des préoccupations et du style de Debord, prise dans un contexte culturel et politique très différent, cette section américaine a pourtant contribué à une visibilité durable du situationnisme aux États-Unis : il y prospère sur le terreau du Free Speech Movement californien comme sur celui de l’underground new-yorkais, dans une perspective qui est moins politique que de réinvention de la vie quotidienne, conformément à la tradition plutôt empirique et expérimentale de la culture américaine.
En France, le scandale de Strasbourg, puis surtout les événements de Mai-68, coïncident avec l’apogée de l’influence situationniste, non plus dans les milieux d’avant-garde, mais auprès de multiples groupes libertaires et anarchistes réunis dans une commune hostilité aux encadrements et aux récupérations léninistes des luttes et des révoltes. Les situationnistes collaborent avec les Enragés de Nanterre. Des contacts ont lieu avec d’autres groupes libertaires. Parallèlement, d’autres contacts sont pris à l’étranger avec des groupes politiques très radicalisés, comme le mouvement étudiant Zengakuren au Japon, Accion comunista en Espagne, Heatwave et Solidarity en Angleterre. Mais c’est en Italie que l’IS jettera véritablement ses derniers feux, et peut-être les plus brûlants, avec une section italienne de l’IS. Celle-ci intervient dès 1969 dans un contexte plus insurrectionnel qu’il ne l’a jamais été en France, sur des bases conseillistes, pour défendre les luttes les plus autonomes du prolétariat italien, qui ont parfois été très violentes (l’IS et Debord en particulier se gardant cependant soigneusement de toute implication de type terroriste). L’apport le plus essentiel de l’IS aux combats politiques des années 1960 et 1970 aura été de réconcilier Marx et Bakounine. Avec et après l’IS, il est possible d’être tout à la fois marxiste et libertaire.