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Guy Debord /Œuvres
 

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3.4 Œuvres
Le grand art : In girum imus nocte et consumimur igni

« Ceci revient à remplacer les aventures futiles que conte le cinéma par l’examen d’un sujet important : moi-même. »
In girum imus nocte et consumimur igni, œuvres cinématographiques complètes, p. 216-217

Réalisé en 1978, In girum imus nocte et consumimur igni est le dernier film de Guy Debord. C’est aussi celui qui est très souvent considéré comme le plus beau. Qu’il s’agisse en tout cas de son film le plus personnel n’est sans doute pas étranger à un tel jugement, et d’autant moins qu’In girum imus nocte... a de ce point de vue une valeur inaugurale : dans la plupart des livres de Debord écrits entre 1980 et 1994, on retrouvera également cette dimension personnelle.
Pour autant, Debord n’a pas renoncé aux combats menés avec ses films précédents. La personnalisation de son art doit être comprise comme une personnalisation du conflit, et non pas comme une allégeance aux épanchements autobiographiques dont la société spectaculaire raffole. In girum imus nocte... commence d’ailleurs par s’adresser aux spectateurs sur un ton très proche de celui de Réfutation de tous les jugements... : « Je ne ferai, dans ce film, aucune concession au public 1. » Et les premières images renvoient littéralement les spectateurs à eux-mêmes, puisqu’il s’agit d’images de spectateurs de cinéma, ou d’images outrancièrement banales d’« employés modèles » dans leur appartement, jouant au Monopoly, etc. Ces spectateurs si totalement privés de liberté ne méritent en somme qu’une chose : que Debord leur parle de lui-même, lui si différent d’eux, opposable à eux tous, et c’est ce à quoi il s’emploie dans la seconde partie de son film. Il recourt donc à la pratique de l’exemplarité, comme d’autres grands autobiographes l’ont fait avant lui. Mais, dans son cas, il s’agit d’une exemplarité négative, impossible à suivre, c’est-à-dire aussi de l’affirmation d’une irréductible singularité.
L’exemple de Debord est d’autant moins à suivre qu’il renvoie dans une large mesure à un vécu irrémédiablement passé : retour en force de la mélancolie des premiers films, et retour du même coup de la jeunesse lettriste, longuement évoquée, ainsi que certains des autres moments les plus aventureux de la vie de Debord (les débuts du situationnisme, Mai-68, le séjour à Florence, etc.). De sorte qu’au-delà du projet d’affirmation d’une singularité, In girum imus nocte... constitue aussi une très belle méditation sur l’irrémédiabilité et le caractère passager de toute chose. Du grand art, en somme.

1. Ibid., p. 193.