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Guy Debord /Œuvres
 

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3.2.a Œuvres
La Société du spectacle (1967)

« Un livre capable de répondre simultanément « à ces deux exigences » m’a semblé, pour l’essentiel, sans défaut. Ceux qui n’auront pas admis ce livre se seront donc trompés. Et je ne vois pas en quoi j’aurais jamais pu faire la preuve de capacités meilleures, étant comme j’étais. »
« Cette mauvaise réputation... », p. 128-129

La Société du spectacle est le livre le plus célèbre et le plus souvent cité de Guy Debord. À l’époque de Mai-68, c’est un best-seller, un livre qui accompagne de nombreux combats et de nombreuses réflexions. Depuis, il n’a cessé d’être relu et redécouvert. De toute évidence, il tient le coup, même s’il est aujourd’hui souvent détourné de son sens et surtout de son intention critique globale. Debord lui-même a écrit, avec son goût du défi, qu’il le considérait comme sans défaut, qu’il s’agissait d’un livre auquel il n’y avait rien à redire. C’est pourquoi, aussi, il n’en changera pas une virgule au fil de ses nombreuses rééditions : un Livre, en somme, avec lequel tout est dit.
Sources et instruments de travail : Hegel, pour la dialectique, et surtout le premier Marx : celui de L’Idéologie allemande, des Thèses sur Feuerbach plutôt que celui des dernières années et du « socialisme scientifique », critiqué dans un certain nombre de thèses 1 ; György Lukacs, enfin, mais seulement pour son Histoire et conscience de classe (1923). Des auteurs donc (il y en a d’autres, dont Freud par exemple), utilisés, repris, souvent détournés 2, mais aussi une expérience vécue : une traversée singulière des avant-gardes, un projet de réinvention de la vie quotidienne et de formes authentiques de communication. À l’arrivée, une refonte théorique dans le concept de spectacle, qui « unifie et explique une grande diversité de phénomènes apparents 3 ». La Société du spectacle est certainement le livre d’un combattant plutôt que celui d’un théoricien.

1. Voir, par exemple, la thèse 87.
2. Exemple particulièrement emblématique, et programmatique : la première phrase de La Société du spectacle (« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles ») est un détournement de la première phrase du Capital de Marx : « spectacles » remplace « marchandises ».
3. Thèse 10.

 

3.2.b Œuvres
La Société du spectacle (1967)

Le concept de spectacle constitue la synthèse personnelle opérée par Debord entre son vécu et un certain nombre de concepts essentiels dans la tradition marxiste : notamment ceux d’idéologie, d’aliénation, de fétichisme de la marchandise ou encore de réification. Il renvoie aux sociétés industrielles modernes, capitalistes ou socialistes, et à leur asservissement de plus en plus absolu à l’économie. Celle-ci se développe dès lors pour elle-même. Pour imposer sa tyrannique loi, elle ne cesse de se mettre en scène comme souverain bien, et comme le seul possible, en une version moderne parfaitement totalitaire de l’illusion religieuse. Dans ce sens, le spectacle, ce ne sont pas que les images (par exemple télévisuelles, comme on le croit parfois), mais c’est beaucoup plus l’idéologie qui rend de telles images et bien d’autres possibles. C’est l’idéologie coïncidant avec un fétichisme généralisé de la marchandise, l’idéologie fonctionnant comme un principe d’aliénation, de captation des individus et de la vie réelle dans des apparences et des représentations : « Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant 4. » Source fondamentale d’aliénation, le spectacle est alors aussi à l’origine de la solitude et de la séparation qui caractérisent les sociétés modernes 5. Il est un principe d’interruption du dialogue, il remplace la véritable communication entre les individus par le monologue élogieux qu’il tient sans interruption sur lui-même 6, il s’impose là où il parvient à dissoudre la communauté et le sens critique qui l’accompagne.
« La critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie ; comme une négation de la vie qui est devenue visible 7. » Dans La Société du spectacle, Debord se fait l’analyste de la société. Son projet est de rendre visible ou compréhensible quelque chose comme l’inconscient de la société du spectacle. Difficile, après l’avoir lu, de garder ses illusions, de continuer à croire à ce spectacle et de se contenter de la survie que celui-ci nous offre en guise de vie.

4. Thèse 2.
5. Thèses 25 et 29.
6. Thèse 24.
7. Thèse 10.