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Guy Debord /Œuvres
 

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3.1.a Œuvres
Premières œuvres (1952-1961)

« J’ai offert cet anti-livre à mes amis, sans plus. Personne d’autre n’a été avisé de son existence. « Je voulais parler la belle langue de mon siècle ». Je ne tenais pas tellement à être écouté. »
« Attestions », in Mémoires (réédition 1993)

Le premier film de Guy Debord, Hurlements en faveur de Sade, témoigne à sa façon de la passion du désœuvrement qui anime son auteur. Consistant en textes-collages dits sur fond d’écrans blancs alternant avec des moments de silence sur fond d’écrans noirs, il fait scandale, même dans la mouvance lettriste, au moment de sa sortie. Il se termine avec le plus célèbre black-out de l’histoire du cinéma d’avant-garde : 24 minutes de silence et de noir. Hurlements en faveur de la disparition et de la perdition, hurlements contre l’image, contre le spectacle et ses effets d’hypnose, contre les apparences de communication. Les voyous de Saint-Germain-des-Prés ne sont pas près de se faire récupérer.
En 1958 paraît un premier livre, intitulé Mémoires, présenté par Debord comme un « anti-livre » réalisé en collaboration avec Asger Jorn, qui en a peint les « structures portantes ». Sur la page de garde, on trouve la mention que « cet ouvrage est entièrement composé d’éléments préfabriqués ». Jamais mis en vente jusqu’à sa réédition en 1993, à mi-chemin entre textes (détournés) et images, cet objet n’est de toute évidence pas le premier jalon d’une brillante carrière d’écrivain à venir. Mémoires est un livre confidentiel, presque secret, et il l’est d’autant plus qu’à travers les images et les textes détournés, c’est bien une expérience vécue qui nous est donnée fugitivement à lire et en même temps dérobée (celle de « l’âge d’or » de Saint-Germain-des-Prés). Expérience peut-être à suivre, mais surtout à vivre plutôt qu’à lire, Mémoires est une sorte de carte du Tendre d’une étonnante beauté au service d’un art de vivre resté clandestin.

 

3.1.b oauvres
Premières œuvres (1952-1961)

Parallèlement à Mémoires, Debord réalise son second film, un court métrage intitulé Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, qu’on peut considérer comme l’équivalent cinématographique de Mémoires. C’est la même période de l’« âge d’or » lettriste qui est au centre de ce film et elle y apparaît également comme indépassable et irrémédiablement perdue : « On nous abîme. On nous sépare. Les années passent, et nous n’avons rien changé 1. » Avec son second film, Debord semble aussi avoir trouvé son style cinématographique (ou, plus exactement, anti-cinématographique). Comme tous les films suivants, celui-ci est composé d’un texte dit en voix off par lui-même, sur des images fixes ou mobiles : vues de Paris, notamment des quartiers qu’il affectionne, images de ses complices dans des cafés, ainsi que des extraits de films d’actualité, de publicité, etc.
Avec Sur le passage de quelques personnes... et Mémoires, c’est la dimension autobiographique de l’œuvre de Debord, parfois négligée au profit de sa dimension théorique, qui passe au premier plan. Dans le troisième film, Critique de la séparation, réalisé en 1961, la critique sociale est plus articulée que précédemment, mais le retour mélancolique sur la jeunesse lettriste est toujours aussi insistant. Articulant un discours autobiographique et un discours théorique, ce film démontre clairement que l’un et l’autre puisent à la même source, qu’ils proviennent d’un même vécu à la fois incandescent et disparu. Images désormais muettes de Paris, où tant de choses furent vécues : « Les secteurs d’une ville sont, à un certain niveau, lisibles. Mais le sens qu’ils ont eu pour nous, personnellement, est intransmissible, comme toute cette clandestinité de la vie privée, sur laquelle on ne possède jamais que des documents dérisoires 2. »

1. Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, œuvres cinématographiques complètes, p. 33.
2. Critique de la séparation, p. 49.