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Guy Debord / Faits et gestes
 

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1.9 Faits et gestes
Positions politiques

Très vite, Guy Debord se situe dans le camp d’une révolution authentique, qui n’aurait été dévoyée ni par le stalinisme, ni même par le léninisme. Il a toujours été clairement hostile au capitalisme et à ses mises en acte guerrières : du Guatemala mis au pas par les États-Unis à la guerre d’indépendance de l’Algérie en passant par celle du Congo et, plus tard, la guerre du Vietnam. Il s’est toujours situé du côté de ceux qui luttaient pour leur liberté – ce qui le conduit également à signer, dans le contexte tendu de la guerre d’Algérie, la déclaration des 121 en faveur de l’insoumission. Mais il a également été d’une vigilance jamais prise en défaut en ce qui concerne le communisme « réel ». Les divers paradis révolutionnaires plus ou moins exotiques qui ont servi de mythes tutélaires aux intellectuels européens (et plus précisément français) ne l’ont jamais fait rêver.
Dans La Société du spectacle, le modèle soviétique est décrit comme une simple variante de la société spectaculaire-marchande : il est le parent pauvre du capitalisme 1, il correspond à un « primitivisme local du spectacle 2 ». La révolution, oui, à condition que ce soit non seulement sans Staline, mais aussi sans Lénine, avec lequel le potentiel de liberté et de créativité de la révolution est confisqué au profit d’un nouvel État : parce qu’il est un mensonge absolu au regard de son caractère prétendument révolutionnaire, cet État aura la particularité d’être absolument totalitaire. C’est dire que les choses ne s’arrangent ni avec la Chine de la révolution culturelle, ni même avec Cuba ou l’Algérie, vite bureaucratisés après de beaux débuts.
Les positions politiques de Debord et de l’IS au cours des années 1960 sont opposables à presque toutes celles défendues à la même époque par les différentes formations de gauche et d’extrême-gauche. Debord est hostile aux syndicalismes officiels comme aux partis (et groupuscules) politiques dits d’avant-garde (du communisme stalinien au maoïsme en passant par le trotskisme). Il refuse toute forme de représentation de la classe ouvrière par ses militants-fonctionnaires autoproclamés, et il a toujours soutenu les luttes et les révoltes les plus autonomes, ainsi que les conseils ouvriers – l’autogestion absolue de la vie des travailleurs par les travailleurs – et ce, notamment, en Mai-68 3. La seule exception au retrait auquel il se tient après Mai-68 consiste d’ailleurs en un soutien, en 1980, à des militants libertaires espagnols, sortes de Robins des bois modernes emprisonnés à Ségovie pour de nombreux vols et attaques à main armée. Debord admet leur parfaite autonomie et les soutient en rédigeant d’anonymes Appels de la prison de Ségovie, signés « Les Amis internationaux » et diffusés dans toute l’Espagne 4. Ultime intervention et ultime hommage aux anarchistes espagnols, perdants magnifiques, seuls détenteurs au moment de la guerre civile espagnole du véritable espoir révolutionnaire.

1. La Société du spectacle, thèse 110.
2. Ibid., thèse 105.
3. Les conseils ouvriers sont également défendus dès la fin des années 1960 par le groupe Socialisme ou Barbarie, avec lequel Debord a été lié un certain temps. Il prendra cependant ses distances avec ce groupe, pour diverses raisons, dont un désaccord sur la Yougoslavie, considérée par certains membres du groupe comme exemplaire en matière de conseils ouvriers.
4. La « traduction » française des Appels de la prison de Ségovie paraît en 1980 aux Éditions Champ Libre.