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Guy Debord / Faits et gestes
 

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1.4. Faits et gestes
Les premières années de l’IS

« Contre le spectacle, la culture situationniste réalisée introduit la participation totale. »
Internationale situationniste, 4, p. 37

L’aventure de Potlatch, qui aura consisté à refuser toute forme de compromis avec le milieu intellectuel et artistique de ce temps, arrive à son terme en 1957. Avec le peintre danois Asger Jorn, qui est passé notamment par l’expérience de Cobra (1948-1951) et qu’il rencontre en 1954, Debord prend alors l’initiative d’un nouveau groupe : l’Internationale situationniste (IS). Dans un premier temps, celle-ci sera plus proche de la tradition avant-gardiste que ne l’avait été l’Internationale lettriste. Outre Guy Debord et Asger Jorn, on y trouve, au cours de ces premières années, Michèle Bernstein (que Debord a épousée en 1954) et des plasticiens qui sont en général des amis d’Asger Jorn (notamment le Hollandais Constant, les Italiens Pinot-Gallizio, Olmo, Verrone et Simondo), ainsi que l’Anglais Ralph Rumney. L’IS publie, de 1958 à 1969, la revue Internationale situationniste (12 numéros parus) qui donne la mesure de la créativité du groupe, ainsi que celle de la diversité et de l’évolution de ses intérêts.
Constituée dans un premier temps essentiellement d’artistes, l’IS vise cependant un dépassement de l’art, fût-il d’avant-garde. Elle se propose de franchir une frontière au-delà de laquelle l’art d’avant-garde redevient communication, participation de tous et réintégration du poétique dans la vie quotidienne transformée en jeu : « Le fait que le langage de la communication s’est perdu, voilà ce qu’exprime positivement le mouvement de décomposition moderne de tout art, son anéantissement formel. Ce que ce mouvement exprime négativement, c’est le fait qu’un langage commun doit être retrouvé – non plus dans la conclusion unilatérale qui, pour l’art de la société historique, arrivait toujours trop tard, parlant à d’autres de ce qui a été vécu sans dialogue réel, et admettant cette déficience de la vie –, mais qu’il doit être retrouvé dans la praxis, qui rassemble en elle l’activité directe et son langage. Il s’agit de posséder effectivement la communauté du dialogue et le jeu avec le temps qui ont été représentés par l’œuvre poético-artistique 1. »
La marge de manœuvre ainsi définie est étroite. Entre l’usage expérimental de l’art devant conduire à son dépassement et la mise en place d’une avant-garde de plus, la ligne de partage est parfois imperceptible. Autour du projet situationniste – qui est essentiellement le projet de Debord –, les malentendus ne manqueront pas et conduiront celui qui en est à l’origine à rompre avec presque tous les artistes membres de l’IS. Principale exception : Asger Jorn, dont il conserve la fidèle et généreuse amitié 2.

1. La Société du spectacle, thèse 187.
2. En témoignent notamment un texte d’Asger Jorn sur Debord, (« Guy Debord et le problème du maudit » (1964), in Discours aux pingouins et autres écrits, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris, 2001) et un texte de Debord sur Jorn (« De l’architecture sauvage », in Jorn, Le Jardin d’Albisola, Turin, 1974, reproduit dans La Planète Jorn, Adam Biro, Paris, 2001).