"A" Avant-propos Avant-Propos
Quelques faits : je suis un Écossais né et élevé en Afrique occidentale. Je suis allé en classe puis à l’université en Angleterre. J’avais dix-sept ansquand j’ai visité la France pour la première fois, en 1969. J’ai passé une année à l’université de Nice en 1971. Je me suis installé en Angleterre (à Oxford)en1975. J’ai quitté Oxford en 1983 pour aller vivre à Londres. En 1991, ma femme et moi avons acheté une maison dans le sud-ouest de la France. Nous habitons à la fois Londres et notre maison du Sud-Ouest.Tout ce qui suit à propos de ces deux pays étrangers, que j’en suis venuà connaître assez bien durant les dernières décennies, est définitivement, résolument, subjectif et personnel. Il me paraît que ce soit la seule manièrede cerner un sujet aussi monolithique et à multiples facettes que la naturedu rapport entre deux nations.
Les généralisations concernant les pays et leurs habitants sont le plus souvent spécieuses, tendancieuses ou tout bonnement stéréotypées.Les seules observations d’un intérêt quelconque sont celles qui proviennent de l’expérience personnelle mais, l’expérience de chacun étant différente,le mieux, me semble-t-il, est de présenter ces observations commeelles viennent, mais rangées selon un modus operandi par exemple un alphabet. De ce classement d’apparence fortuite pourrait émerger une sorte de compréhension, un je ne sais quoi de significatif qui peut-être s’accorderait à l’expérience d’autrui.
A few facts: I am a Scot who was born and raised in West Africa.I went to school and university in Scotland. I first visited France in 1969 when I was 17. I studied at the University of Nice for an academic yearin 1971. I moved to live in England (in Oxford) in 1975. I moved from there to live in London in 1983. In 1991 my wife and I bought a house in South-West France. We still live in London and we still live in our house in South-West France. Everything that follows about these two alien countries that I have come to know fairly well over the past few decades is irreducibly, unapologetically, subjective and personal. It seems to me that this is the only way to encompass such a monolithic and multifaceted subject as the nature of the relationship between two nations. Generalisations about countries and their peoplesare usually specious, tendentious or blandly stereotypical. The only observations of value are those that arise out of personal experience and since everyone’s experience is different it strikes me as best to present such observations as randomly as they come, but marshalled under some kind of overriding modus operandi such as an alphabet. Out of such apparent haphazardness some sort of understanding, something meaningful and possibly harmonious with others’ experiences may emerge.
"B" Brasseries et bistrots Brasseries and bistrots
Dans un village proche de notre maison en Dordogne existait le parfait bistrot. Il s’appelait le Café de France et tout l’intérieur le bar, les sièges, la table de billard, la radio, le décor appartenait aux années 1930. Aller y prendre un verre ou un repas, c’était en quelque sorte voyager dans le temps. Puis, voici deux ans, les propriétaires sont partis, d’autres leur ont succédé, et le poids de la modernité s’est abattu sur le café. Depuis, nous n’y mettons plus les pieds : le vieux mobilier a disparu le comptoir en zinc y compris et la rénovation a visé l’efficacité. Dans cette affaire, quelque chose de précieux un modeste emblème de la France et de la francité a été détruit. Je ne cesse de chercher le bistrot ou la brasserie « par excellence » : force est d’admettre qu’ils se font de plus en plus rares. Paradoxalement, de tels établissements sont plus communs dans les villes anglaises, où l’on peut trouver des versions élégamment rétro d’un bistro du coin typique. Versions recréées avec amour mais inévitablement dépourvues d’authenticité. Des ersatz. Qui n’en demeurent pas moins des symboles fascinants : la traduction anglaise d’une vie française qui continue d’exister dans nos rêves.
In a nearby village close to our house in France there used to be a perfect bistrot. It was called the “Café de France” and everything in it the bar, the seats, the billiard table, the radio, the décor was from the 1930s. Going in there for a drink or a meal was a form of time-travel. Then two years ago the owners retired, the cafe was sold and the dead hand of modernisation took over. And so now we never go there: all the old furniture was thrown out the old zinc bar too and the place was smartened up and made more efficient. And in the process something valuable a little emblem of France and Frenchness was destroyed. I search constantly for the perfect brasserie and bistrot in France and I have to say they are becoming very hard to find. Paradoxically, such establishments are more common in British cities, where you can find fashionably retro versions of a typical brasserie du coin. They are lovingly recreated but they inevitably remain ersatz and inauthentic. But they are intriguing symbols, nonetheless: a British version of une vie française that lives on in our dreams.
"C" Camus Camus
Albert Camus est-il l’auteur français le plus célèbre d’Angleterre ? Je le pense encore qu’il soit suivi de très près par Gustave Flaubert. La raison en est, à mon sens, que, objet d’étude quasi obligé en classe, L’Étranger continue de hanter l’esprit des lecteurs longtemps après que l’obligation a disparu. La modernité du roman ne se dément pas. Ni celle de son auteur. Camus semble être le prototype de l’écrivain français : beau, engagé, morose, intellectuel, sexy. Et il aimait le football. Bien entendu, comme c’est le cas de tous les gens qui meurent jeunes, le temps a figé son image. Un de mes amis le rencontrait souvent aux réceptions Gallimard dans les années 1950 « toujours entouré de jolies filles ».
Is Albert Camus the most famous French writer in the United Kingdom ? I think it very likely though he is run a close second by Gustave Flaubert. The reason is, I think, that almost everyone studies L’Étranger at school and the novel continues to haunt its readers long after the need to study it has gone. It remains enduringly modern in spirit. As does its author. Camus seems a prototypical French writer: handsome, engagé, moody, intellectual, sexy. And he liked football. Of course, like all those who die young his image is fixed in time, unchangingly. A friend of mine used to see him at parties at Gallimard in the 1950s “always surrounded by pretty girls.”
"D" Dordogne Dordogne
Quand on me demande où j’habite en France, j’hésite toujours à répondre « en Dordogne » parce que je me rends compte que, dans l’esprit des gens, la région est quasi synonyme d’Angleterre. En fait, je ne connais pratiquement pas d’Anglais dans les parages presque tous nos amis et voisins sont français. Mais, en même temps, je suis très conscient que cette partie de la France possède un attrait puissant et curieux pour mes compatriotes. Je l’aime autant qu’eux, je soupçonne, mais pourquoi ne veux-je pas être trop étroitement associé à ces nouveaux colonialistes ?
When people ask me where I live in France I always hesitate to say “the Dordogne” because I realize it is so associated with the British. In fact I know hardly any British people in the area almost all our friends and neighbours are French. But at the same time I am very conscious that this part of France has a powerful and curious draw for my fellow countrymen and women. I love it as much as they do, I suspect, but why do I not want to be too closely associated with these new colonialists ?
A E E Eurostar Eurostar
Deux cent mille Français, dit-on, vivent à Londres ou dans les environs, et l’Eurostar en amène des dizaines de milliers de plus chaque fin de semaine. Parfois, en arpentant King’s Road dans Chelsea, où j’habite, je n’entends parler que français. J’ai l’impression que les Français adorent Londres et qu’en fait, pour la plupart d’entre eux, « Londres » représente « l’Angleterre » : ils ne voyagent guère plus loin. Ce qui n’est pas vrai dans l’autre sens. Les Britanniques s’éparpillent dans toute la France, beaucoup choisissant
[d’éviter Paris.
There are, reputedly, some 200,000 French people living in and around London and the Eurostar link brings tens of thousands more each weekend. Sometimes when I walk up the King’s Road in Chelsea, where I live, I hear nothing but French voices. My impression is that the French love London and indeed that “London” represents “Britain” for most of them: they do not voyage further afield. This is not true the other way round. The British range throughout France, many of them choosing to avoid Paris.
A F E France France
Les Anglais ont en tête une certaine idée de la France qui tient du fantasme. Aucun pays ne saurait correspondre longtemps à un tel idéal. Sans aucun doute, les Français se font-ils une idée tout aussi fantaisiste des Britanniques. « Le style anglais », par exemple, est un concept très français. Ou disons une définition très française d’une certaine forme d’anglicité non délibérée. J’ai un ami français qui s’habille d’une manière qu’il imagine appropriée pour un gentleman veste en tweed, cravate rayée, richelieux, une certaine coupe de cheveux. En réalité, il a une allure fort élégante et parfaitement française rien à voir, ni de loin ni de près, avec celle d’un gentleman anglais.
Mais l’image qu’ont les Anglais de la France est plus complexe et, je pense, plus profonde. Il ne s’agit pas simplement d’attitudes, de valeurs ou de modes vestimentaires. Et c’est à la poursuite de ce rêve qu’ils accourent depuis tant d’années. Avec, à la base, j’en suis sûr, la conviction que, de tous les pays du monde, la France est celui qui a le mieux résolu le problème de la qualité de vie, du savoir bien vivre.
There is an idea of France that exists in the minds of the British that is a fantasy. It is impossible for any country to live up to an ideal that is so persistent and so prevalent. No doubt there is an equivalent French fantasy about the British. “Le style anglais,” for example, is a very French concept. Or let’s say a very French evaluation of a form of unreflective Englishness. I have a French friend who dresses in a way he imagines is appropriate for an English gentleman tweed jacket, striped tie, brogues, a certain type of haircut. In fact he looks very elegant and completely French not remotely like an English gentleman.
But the British dream of France is more complex and I think more profound. It’s not just a question of attitudes, values and fashion styles. It is this dream of France that sends the British there year after year, decade after decade. At its essence, I feel sure, is the conviction that, of all the countries on earth, the French have solved the problem of the quality of life, of how to live well.
"G" Bonnes manières Good Manners
Onze ans que nous vivons en France et, je dois dire, l’accueil que nous réservent nos voisins, commerçants et gens que nous rencontrons chaque jour, est toujours aussi chaleureux et sans façons. Et je me demande souvent : si j’étais, mettons, un Français vivant dans la campagne anglaise ou écossaise, serais-je reçu avec autant de cordialité ? J’ai le très fort sentiment que mes concitoyens souffriraient de la comparaison. La différence se fait sentir notamment dans le comportement quotidien, des petites choses banales pour les Français, déconcertantes pour les Anglais. Les serrements de main, les embrassades, la manière de prendre congé (« Bonne continuation », « Bonne fin d’après-midi »), les Messieurs-Dames qui saluent votre entrée dans une boutique bondée. Cette politesse, nous la remarquons d’autant plus, nous Anglais, qu’elle nous fait défaut dans la vie ordinaire.
I have to say that after some eleven years of living in France the welcome we have received from our neighbours, the tradesmen and the people we deal with on a day to day basis has been both warm and unaffected. I often wonder if, say, I had been a Frenchman living in the English or Scottish countryside would the welcome I’d receive there measure up in the cordiality stakes. I have a strong feeling we would suffer in comparison. You see something of the difference in the small formalities of everyday behaviour that are commonplace in France but are still somewhat baffling to the English. The handshake, the kissing, the salutations on parting “Bonne continuation, Bonne fin d’après-midi” the “Messieurs-Dames” acknowledgement as one enters a crowded shop. This quotidian politesse is very marked but we British notice it because it is lacking in our own daily lives.
"H" Chasse Hunting
Un grand nombre de nos voisins et amis, en France, sont des chasseurs passionnés. Les plus fervents tuent des palombes qui migrent en octobre. Ils les attirent avec des glands, puis ils les trucident à partir de « palombières », d’extravagantes plates-formes de tir pourvues de cabanes, édifiées dans les chênes de la forêt qui entoure notre maison. Notre palombière locale est une version de luxe, comportant cuisine et salle à manger à quelque vingt mètres au-dessus du sous-bois. En France, la chasse est un sport populaire et omniclasse, me semble-t-il, dans la mesure où il est à la portée de tout le monde : riches et pauvres. En Angleterre, la chasse est un sport de classe, un sport d’exclusion. Rien n’illustre peut-être mieux ce qui divise les deux pays. On pourrait écrire un livre là-dessus.
Many of our French friends and neighbours in France are avid hunters. The most ardent kill migrating doves in October, luring them to feed on acorns and then shooting them from “Palombierès,” extravagant firing-platforms cum tree-houses in the oak woods that surround our house. Our local palombière is a deluxe version fitted out with a kitchen and a dining room some twenty metres above the forest floor. Hunting in France is classless, it seems to me insofar that it’s for everyone: rich and poor. Hunting in Britain is steeped in class: it’s designed to be socially exclusive. Perhaps no one concept better illustrates the divide between the two countries. A book could be written on it.
"I" Immensité Immensity
Je vis ma vie anglaise dans le sud-est du pays, l’endroit le plus densément peuplé d’Europe. Par contraste, en France, même au plus fort de l’été, je me sens souvent isolé, solitaire. On oublie combien la France est grande, comparée au Royaume-Uni combien il est facile de se retrouver dans un paysage désert. Un mois d’août, revenant en voiture de la Côte d’Azur, nous nous sommes trouvés dans un énorme embouteillage sur l’autoroute. Nous avons décidé de prendre le chemin des écoliers les routes départementales et communales pour rentrer chez nous, et nous avons traversé l’Hérault et l’Aveyron en direction de Cahors puis de la Dordogne. De vastes étendues apparemment vides, avec quelques traces de cultures et de vieux villages. Il nous a fallu une journée entière pour arriver à bon port mais, quand j’ai regardé sur une carte le trajet parcouru, la distance ne s’est pas révélée si grande nous n’avions traversé qu’un petit coin de l’Hexagone. On peut, certes, éprouver un même sentiment d’éloignement en Grande-Bretagne, mais il faut bien chercher. En l’occurrence, il nous a suffi de quitter l’autoroute et l’enfer du trafic estival méditerranéen, et voilà : nous roulions sur les petites routes à une voie à travers un désert quasi total.
My English life is lived in the South East of England, the most densely populated place in Europe. By contrast in France, even in the height of summer, I often feel isolated, a solitary presence. You forget how big France is compared to Britain how easy it is to find yourself in an unpeopled landscape. One August, driving back from the Côte d’Azur we were caught up in a massive traffic jam on the autoroute. We decided to take the backroads home the C and D roads and drove across the Herault and the Aveyron in the general direction of Cahors and then on westwards to the Dordogne. I had an impression of great tracts of emptiness, with a few signs of cultivation and the odd ancient village. It took a full day to make our journey home but when I looked at a map of France to see the way we had come it didn’t seem that great a distance just the crossing a corner of the Hexagon. You can, of course, find a similar sense of remoteness in Britain but you have to go looking for it. In our case we just turned off the motorway from the broiling hell of the Mediterranean holiday traffic and there it was and we followed the minor, single track roads through a virtually untouched wilderness.
"J" Juillet July
23 juillet 1993 pour être précis : c’est la date à laquelle je place le commencement de ma vie française. Date de la première nuit passée dans la vieille ferme que nous avons achetée et retapée sur le plateau de Monbazillac, au sud de Bergerac. Nous avions acquis la maison deux ans plus tôt, spontanément, sans en avoir vraiment les moyens mais séduits par sa parfaite situation. C’est une ferme solide, aux murs épais, avec une vaste grange en pierre, entourée de bois, posée sur une colline dominant une vallée, et desservie par un chemin en zigzag d’un kilomètre de long. Elle répondait à tous nos rêves de la maison dans laquelle nous imaginions vivre un jour.
L’ayant achetée avec le projet de la restaurer petit à petit pièce par pièce, dans la mesure de nos capacités financières , nous avons eu alors un de ces coups de veine dont tout le monde a besoin de temps à autre. En 1994, l’année suivant l’achat, un film a été tiré de mon roman Un Anglais sous les Tropiques : soudain, nos problèmes de liquidité se sont arrangés et nous avons pu demander aux entrepreneurs de mettre la gomme. J’ai considéré cette histoire comme un bon présage, pas seulement parce qu’elle reliait ma vie africaine d’autrefois à ma nouvelle vie en France, mais aussi parce que Sean Connery avait accepté de jouer le rôle du médecin écossais, le « Dr Murray », un portrait de mon père disparu en 1978. J’ai vu dans ces concordances biographiques une sorte de bénédiction pour cette vie nouvelle dans laquelle nous nous embarquions un choix que nous n’avons jamais regretté un seul instant. Je sais cependant que, sans la participation de Sean Connery, le film n’aurait pu se faire. C’est pourquoi, parfois, nous parlons de notre maison comme de « la maison que Sean a construite ».
July 23 1993 to be precise: this is the moment when I date the beginning of my French life. This was the first night that we spent in the old farmhouse we had bought and renovated on the Monbazillac plateau, south of Bergerac. We had bought the house two years previously, spontaneously, not really able to afford it but captivated by its perfect location. It’s a solid, thick walled farmhouse with a large stone barn, surrounded by woods, set on a hill overlooking a quiet valley with a winding drive one kilometre long. It answered all our wishful dreams about the kind of house we imagined living in.
Having bought it and having planned to do it up piecemeal room by room, as we could afford it we were then visited by one of those strokes of luck that everyone needs from time to time. In 1994, the following year, a film was made based on my novel, A Good Man in Africa, and suddenly our cash-flow problems were eased and we were able to instruct the builders to go full steam ahead. I looked on this as a good omen, not just because it linked my old African life with my new one in France but because Sean Connery had agreed to play the role of the Scottish doctor, “Doctor Murray,” one of the two “Good Men” in Africa that the title alludes to. “Doctor Murray,” moreover, is a portrait of my father who died in 1978. I took all these auspicious biographical congruencies to be a form of blessing on this new French life we were embarking on a choice that has never prompted a moment’s regret ever since. However, I know it was only because Sean Connery agreed to be in the film that the film was ever made. This is why, sometimes, we refer to our home as “the house that Sean built.”
"K" Kings’s Road King’s Road
Notre vie en France est essentiellement campagnarde ; la ville de quelque importance la plus proche est Bergerac. À l’occasion, nous allons à Périgueux. Une existence si tranquille présente pour un écrivain du bon et du mauvais : de longues plages de temps ininterrompu propices au travail de l’imagination, mais aussi l’absence, au fil des semaines, de la stimulation que constitue le spectacle de la rue. On ne peut être romancier sans être un observateur invétéré de ses frères humains, et c’est ainsi que me vient, tandis que l’été s’étire et que juillet le cède à août, la nostalgie de Londres, de Chelsea, de King’s Road. King’s Road n’est plus aussi bohème qu’elle l’était, mais je passe une bonne partie de ma journée, quand je suis à Londres, à la parcourir d’un bout à l’autre. Elle ne manque jamais de m’apporter quelque chose de surprenant, d’étrange, de séduisant, de fascinant. Si j’ai envie d’observer tout l’éventail des types humains que le monde recèle, King’s Road me les offre en abondance.
Our life in France is largely rural; our nearest town of any size is Bergerac. Occasionally we will visit Perigueux. Such a tranquil life has mixed blessings for a writer: there is plenty of uninterrupted time for the imagination to work but there is an absence, monetheless, as the weeks roll by, of the stimulation of the passing parade. You cannot be a novelist without being a compulsive observer of your fellow human beings and I find myself, for example, as the summer wears on and July gives way to August, hankering for London, for Chelsea, for the King’s Road. The King’s Road is not as bohemian as it used to be but I spend a good portion of each day, when I am in London, wandering up and down it. It never fails to deliver something surprising, strange, beguiling, intriguing. If I want to witness the full gamut of human types the world has to offer the King’s Road has them in abundance.
"L" Lunch Lunch
Pendant la restauration de notre ferme, les ouvriers travaillaient de 8 heures à midi, puis s’arrêtaient pour déjeuner. L’apéritif (du Pernod, en général) était suivi d’un déjeuner de trois plats dont un chaud (fourni par l’épouse du chef de chantier) avec vin et pain à volonté. Le travail reprenait à 14 heures pour se terminer à 18 heures.
Lorsque nous avons refait notre maison de Londres, les ouvriers sortaient à n’importe quelle heure de la journée acheter boissons gazeuses, sandwiches, hamburgers et tablettes de chocolat, qu’ils avalaient à toute vitesse, souvent sans même prendre la peine de s’asseoir.
When we were having our house renovated in France the builders would work from 8-12, then they would stop for lunch. There would be an aperitif (Pernod, usually) then a full three course lunch with a hot main course (provided by the wife of the head builder) served with wine and as much bread as you could eat. Work would start again at 2 and go on until 6.
When our house was being renovated in London the builders would go out at odd times of the day to buy fizzy drinks, sandwiches, hamburgers and chocolate bars. They ate them fast, often not bothering to sit down.
"M" Manifestations Manifestations
Les Français sont de bien meilleurs protestataires que les Britanniques. Je me suis trouvé un jour à Marmande face à une montagne de tomates jetées devant la mairie. On m’a refusé l’accès à Bergerac parce que les ambulanciers du coin manifestaient contre l’insuffisance d’une augmentation de salaire. J’ai raté des avions pour cause d’autoroutes bloquées par les camionneurs. Un dicton veut que certains pays fassent de mauvais citoyens et de bons soldats, d’autres l’inverse. Il me semble qu’être un bon citoyen veiller à ses droits, protester en leur nom, tenter de les protéger contre un gouvernement trop puissant est bien plus pertinent par les temps qui courent.
The French are much better at political protest than the British. I was once in Marmande where a mountain of fresh tomatoes had been dumped in front of the mairie. I was denied access to Bergerac because local ambulance drivers were protesting about an insignificant pay rise. I’ve missed planes because lorry-drivers have blocked motorways. There is an easy formulation that claims some countries make bad citizens and good soldiers and others where the inverse applies. It seems to me that being a good citizen caring about your rights, protesting about your rights, trying to safeguard your rights against an overpowerful government is more valid in this day and age.
"N" Nice Nice
J’ai visité pour la première fois la France à l’âge de dix-sept ans. Je suis resté une semaine à Paris avant de descendre en auto-stop vers la Méditerranée. J’ai passé les derniers jours dans un hôtel bon marché de Nice et j’ai conçu une profonde affection pour cette ville. Ce qui m’y a ramené deux ans plus tard quand, à la fin de mes études secondaires, j’ai eu l’occasion d’entrer dans une université française. J’ai choisi Nice sans hésitation (j’aurais pu me décider pour Aix, Montpellier, Tours, Grenoble.) Au cours de l’année scolaire 1971, une interminable grève des postes en Angleterre m’a empêché durant plusieurs semaines de recevoir le moindre centime. Je n’ai jamais été aussi pauvre ni aussi seul. Je ne pouvais me permettre qu’un seul repas frugal par jour au restaurant de la Fac de Lettres. J’habitais une petite chambre au-dessus d’un café, dont le propriétaire, me prenant en pitié, me permettait de manger gratis pro Deo chaque soir ce qui lui restait en fait de croissants, pains au chocolat et pizzas. J’ai donc survécu pas trop mal jusqu’à la fin de la grève. J’étais loin de ma famille, mes amis, ma langue, mon pays et sa culture. De bien des façons, je pense que Nice m’a formé le caractère.
I first went to France when I was 17. I stayed in Paris for a week before hitch-hiking to the Mediterranean. I spent my last few days in a cheap hotel in Nice and came to like the town enormously. This drew me back two years later when I had the chance to study at a French university after I left school. I chose Nice unhesitatingly (I could have chosen Aix, Montpellier, Tours, Grenoble). When I lived in Nice as a student in 1971 there was a protracted postal strike in Britain which lasted many weeks, meaning that no money (my allowance) could be sent out to me. I have never been so poor and so alone. I could afford to eat one frugal meal a day at the restaurant of the Fac de Lettres. I lived in a small room above a café. The café owner took pity on me and every evening allowed me to eat what remained of his croissants, chocolatines and pizza free of charge. So I survived pretty well until the strike ended. I was away from my family, friends, language, country and culture. In many ways I think Nice was the making of me.
"O" Chênes Oaks
Le chêne est le symbole de l’Angleterre. Mais en France, je vis entouré d’une épaisse forêt de grands et vieux chênes. Nous avons aussi une chênaie sur notre propriété. Cette année, je planterai cinquante jeunes arbres. Ainsi que l’année prochaine. Et l’année suivante.
Symbol of England. But in France I live surrounded by dense oak woods, with tall ancient trees. We have a large oak wood on our property. This year I am planting fifty oak saplings. And the next year. And the next.
"P" Paris Paris
J’adore vivre à Londres. Paris serait peut-être la seule autre ville où je pourrais m’installer. Pourtant Paris, comparé à Londres, paraît si petit. En une heure, voire moins, on peut aller à pied de Montparnasse à Montmartre, alors qu’une heure de marche dans Londres ne vous amène pratiquement nulle part.
Durant ma semaine à Paris en 1969, j’ai dormi à même le sol d’une maison de l’île Saint-Louis, tout en concoctant mon aventureuse virée en auto-stop jusqu’aux rivages de la Méditerranée. Même alors, l’élégante beauté de la ville a frappé mon regard inexpérimenté. Aujourd’hui, je m’y rends souvent et, aussi banale que la remarque soit, la prétention de Paris à demeurer la plus belle capitale du monde se justifie chaque fois à mes yeux sans effort.
I love living in London. Perhaps the only other city I could move to would be Paris. Yet Paris, beside London, seems so small. In an hour or less you can walk from Montparnasse to Montmartre, but an hour’s walk in London hardly gets you anywhere.
I spent a week in Paris in 1969 when I was 17, sleeping on the floor of a house on the Isle St. Louis, planning the great adventure of the hitch-hike to the Mediterranean coast. Even then my callow eyes were struck by the city’s classy beauty. Now I go to Paris several times a year and, banal observation though it is, its claim to be the most beautiful great city of the world is effortlessly re-established.
"Q" Quiétude Quiet
Rien n’est plus tranquille que notre maison en France. Au lit, la nuit, les volets clos, le bruit le plus fort qu’on entende est celui du bruissement du sang dans les oreilles. Dans l’obscurité totale de la chambre, on a l’impression de participer à une expérience sur les privations sensorielles. La conséquence de ce silence nocturne, c’est une sensibilité anormale au bruit dans la journée. Le chant des oiseaux l’appel du coucou répercuté à travers les bois , le son coléreux d’une lointaine tronçonneuse, le craquement de vieilles poutres, les coups répétés d’un insecte contre un abat-jour, le crachotement de la pluie contre les vitres, le bourdonnement des abeilles dans la lavande, le vent dans les grands chênes, voilà les sons de la France profonde.
Nowhere is as quiet as our house in France. In bed at night with the shutters closed the loudest sound you hear is the blood rushing in your ears. In the total darkness of the bedroom it is almost as if you are taking part in a sensory-deprivation experiment. The consequence of this silence in the night is that you become abnormally sensitive to noise in the day. The sound of birds the cuckoo’s call echoing through the woods the angry sound of distant chainsaws, the creak of old beams, the battering of a stink-bug against a light shade, rain spitting on window panes, the hum of bees in the lavender, the wind in the big oaks. These are the sounds of la France profonde.
"R" Républicanisme Republicanism
Je sais que le fait d’avoir vécu périodiquement en France depuis plus de dix ans a renforcé en moi cette tendance, ce sentiment antimonarchique, antiaristo, anticlasse. Non que la France jouisse d’un système sans classe toute société possède un système de classes d’une façon ou d’une autre, toute société sécrète un certain snobisme , mais dans cette république qu’est la France, l’idée que chaque citoyen vaut bien son voisin semble plus ou moins conditionner la vie sociale. Un égalitarisme implicite me paraît présider à mes rapports avec les Français, hommes et femmes, qu’il s’agisse d’un capitaine d’industrie ou d’un plombier, d’une femme de ménage ou d’un romancier, d’un maire ou d’un instituteur, d’un vigneron ou d’un député. Nous sommes tous « monsieur » ou « madame » ; personne n’a besoin de faire de courbettes ; personne n’est, de prime abord, décrété inférieur ou supérieur. Je goûte d’autant plus cette simplicité de communication que je sais qu’en retraversant la Manche je vais retrouver le Pays du Rang et du Statut artificiel. Un pays où le rang social que l’on vous attribue détermine quantité de jugements et d’aspirations, de succès ou d’échecs. Et bien pis, un rang social qui n’a aucun rapport avec les aptitudes, le talent ou la réussite, mais n’est dû qu’à un hasard de naissance ou à un parrainage.
De cette situation inique résultent, à mon sens, d’autres effets nocifs : snobisme, prétention, hypocrisie, haine de classe, complexes sociaux, etc. Presque tout ce que je déteste de la société anglaise trouve sa source dans ce type de classement aristocratique, avec ses valeurs désuètes.
I know that the fact I’ve been living on and off in France for the past ten years has made this tendency in me this anti-royal, anti-aristo, anti-class feeling more pronounced. It’s not because France has no class-system every society has a class-system of some kind, every society contains snobbery but the saving grace is that because France is a republic the notion that every citizen is as good as the next seems hard-wired into the social life you lead. I feel that in my dealings with the French men and women that I meet whether a captain of industry or a plumber, a femme de ménage or a novelist, a mayor or a schoolteacher, a vigneron or a deputé there is an implicit and strong egalitarianism that functions in that encounter. We are all “monsieur” or “madame”; no one need defer or kow-tow; no one need assume superiority or inferiority. I find it enormously refreshing to relate and communicate with other people in France because I know that when I cross the channel back to England I go back to the Land of Rank and Artificial Status. And, moreover, I go back to a country where so many judgements and aspirations, so many ideas of success and failure are determined by your perceived social classification. Furthermore, and even worse, this social ranking has nothing to do with ability or talent or achievement. It’s all a result of an accident of birth or an expression of patronage.
I think that this is an iniquitous and degenerate situation and it breeds other noxious side effects: snobbery, pretentiousness, hypocrisy, class-hatred, social shame and so on. Almost everything I dislike about British society can be traced back to this type of aristocratic ranking and its outmoded values.
"S" Sud South
Là où j’habite en France, c’est là, je le sens, que l’Europe du Nord finit et que le sud le Sud commence. Certains situent cette ligne de démarcation plus haut, au nord de la Loire, mais pour moi, c’est la Dordogne qui la matérialise. La transition est nette : à dix kilomètres au nord de la rivière, l’impression est différente de celle qu’on a à dix kilomètres au sud. Périgueux, la capitale du Périgord, n’a rien à voir avec sa rivale régionale, Bergerac, à quarante kilomètres au sud, à cheval sur la rivière. Un de mes amis, un Bergeracois qui vit à Périgueux et travaille à Bergerac, m’affirme que le temps n’y est pas le même non plus, et que ces quarante kilomètres signifient quelques degrés de chaleur en plus pour Bergerac. Difficile cependant de déterminer en quoi réside cette différence au nord de la Dordogne peut-être s’agit-il d’une caractéristique atmosphérique, une moindre luminosité, une prépondérance de forêts de pins sombres , mais, dès que vous traversez la rivière, vous notez un vrai changement : le paysage est plus tendre, le ciel paraît plus haut, l’air plus doux. D’autres signes sont plus facilement vérifiables, plus évidents : non seulement les masses de vignobles, mais aussi, en été, les champs de tournesols et de maïs, les tuiles saumon pâle tachetées qui couvrent les fermes et les grands toits en pente de leurs granges. Pourtant nous ne sommes pas ici dans la zone des agrumes aucune orange, aucun citron ne survivrait aux gelées hivernales , et vous ne verrez pas non plus d’oliveraies ; mais, vers le bas de la vallée du Lot, au-delà d’Agen, en direction de Toulouse, le paysage s’imprègne déjà de la Méditerranée, encore à quelques centaines de kilomètres et pourtant présente dans la qualité minérale, pure du soleil, dans le crépi des églises campagnardes, et les volets solidement clos des villages à partir de midi.
Where I live in France is, I feel, where northern Europe ends and the south the “South” begins. Some people place that demarcating line further north at the Loire valley, but for me it is signified by the Dordogne river. The transition is marked: five miles north of the Dordogne feels and looks completely different from five miles south. Périgueux, the capital of the Perigord, possesses a quite different ambience from its regional rival, Bergerac, forty kilometres south, and straddling the river. A friend of mine, a Bergeracois who lives in Périgueux and works in Bergerac tells me that the weather is different too and that those forty kilometres mean that Bergerac is usually a noticeable few degrees warmer. It’s hard to determine what’s different about north of the Dordogne maybe it is something fundamentally atmospheric, a less luminous quality of the light, a preponderance of dark pine woods but once you cross the river you notice some distinct change has taken place the landscape is gentler, the skies seem higher, the air is sweeter. There are other more easily verifiable, more obvious signs of the south too: not just the clustered vineyards but also, in summer, the fields of sunflowers and maize and the pale mottled salmon-pink tiles on the low farm buildings and the great pitched roofs of their barns. And yet here we are not in the citrus belt, no oranges or lemons will survive the winter frosts and neither will you see any olive groves; but as you venture south to the Lot valley, down past Agen towards Toulouse, the landscape is imbued with a hint of the approaching Mediterranean, another few hundred kilometres away, but present somehow in the mineral, pure quality of the sunlight, in the flaking crépis of the rural churches, the shuttered fastness of the villages at noon.
"T" Tomates Tomatoes
Dans notre potager, nous faisons couramment pousser entre quinze et vingt variétés de tomates. En juillet et août, je mange une salade de tomates au moins une fois par jour salade composée de tomates brunes, pourpres, jaunes, vertes et orange autant que des rouges habituelles. Du coup, je trouve presque impossible d’en manger en Angleterre. Résultat : s’il existe un fruit que j’associe particulièrement à ma vie en France, c’est bien la tomate.
In our vegetable garden in France we grow, routinely, between fifteen and twenty varieties of tomatoes. In July and August I eat a flavour-rich tomato salad at least once a day salads composed of tomatoes coloured black, purple, yellow, green and orange as well as the more normal red. I find it almost impossible to eat a tomato in England as a consequence. So if there is one fruit I particularly associate with my life in France it is the tomato.
"U" Métro Underground
Je prends l’underground à Londres et (moins souvent) le métro à Paris. Tous deux sont des modes de transport urbain souterrains mais là s’arrête toute comparaison. Parmi les multiples choses que les Anglais envient fermement à la France, il y a, par ordre d’importance, le Lycée, le Métro et le Tgv.
I travel on the London Underground and (less frequently) on the Paris Metro: both are subterranean modes of transport but there all comparisons effectively end. Amongst the many things the British really, truly envy France are in pride of place the Lycée system and the Metro, and the Tgvs.
"V" Vin Wine
Quand il m’arrive de m’inquiéter de la quantité de vin que je bois chaque jour, je me console ou je me justifie avec la pensée que j’en bois comme un Français. C’est presque un péché, me semble-t-il, que de se mettre à table sans un verre de vin. Et comment signaler la fin de la journée sans ouvrir une bouteille ?
Quand nous avons acheté notre maison, elle possédait un vieux vignoble. Notre fermier qui est aussi un vigneron de premier plan a suggéré que nous arrachions les vieilles vignes et en replantions de nouvelles. Aujourd’hui, nous avons notre petit vignoble, qui produit sept mille bouteilles par an : un cabernet sauvignon fruité, tannique, appellation Côtes de Bergerac contrôlée. Notre première vendange date de 1996. Le cru de 2003 attend en cuve d’être transvasé dans des fûts de chêne. Je n’ai pas la prétention d’être un expert en vin, mais vivre près d’un vignoble m’a permis de connaître autrement cet étonnant breuvage, de comprendre la manière dont le lieu, le temps et la culture sans compter la chance contribuent au produit fini. Complètement impossible désormais de vivre sans.
When I occasionally begin to worry about how much wine I drink each day I console myself or excuse myself with the thought that I drink wine like a French person. It seems to me almost sinful to sit down to eat food without a glass of wine. And how does one signal the end of the working day without opening a bottle ?
When we bought our house in France there was an old vineyard attached. Our farmer who is also a major vigneron in his own right suggested we tear out the old vines and replant them. Now we have our own small vineyard that produces 7,000 bottles a year: a fruity, tannic cabernet sauvignon, appellation Côtes de Bergerac contrôlée. Our first vintage was 1996. 2003 sits in its vats awaiting transfer to its oak barrels. I don’t claim to be any kind of a wine expert but living beside a vineyard has given me a new understanding of this amazing drink, of how the place, the weather and the cultivation and the luck shape the end product. Completely impossible, now, to live without it.
"W" Guerre War
Le souvenir visible de la guerre est plus présent en France qu’il ne l’est en Grande-Bretagne. Je parle de la Première Guerre mondiale. Les monuments commémoratifs le poilu et son fusil, l’ange, l’obélisque en marbre se dressent dans chaque petit village. Les quelques douzaines de noms inscrits témoignent du prix en hommes qu’a payé la France au cours de ce conflit. Notre village ne compte plus guère qu’une centaine d’habitants, et pourtant son monument aux morts comporte plus de vingt noms de jeunes gens tombés en 1914-1918. Impossible d’imaginer, en contemplant le château, l’église et les quelques groupes de maisons, l’effet d’un tel bilan sur la communauté.
Les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, aussi, sont plus répandus que de l’autre côté de la Manche. Sur les plages de l’Atlantique, les tempêtes hivernales poussent peu à peu les immenses blockhaus hitlériens vers la mer. Chaque année, ces monstres cimentés glissent le long des dunes tandis que s’érode la côte. Et ici et là, sur des chemins vicinaux perdus, on tombe sur une plaque ou une stèle commémorant une folle embuscade de la Résistance, une liste de « fusillés par les Allemands » avec la date de la rencontre fatale.
The visible memory of war lives on in France more than it does in Britain. I’m talking about the First World War. You see the memorials the rifle-toting poilu, the angel, the marble obelisk in every tiny village. The few dozen names inscribed there testify to the human price France paid in the First World War. Our local village still has a population of little more than a hundred yet its small memorial records over twenty names of young men who died in 1914-18. It’s impossible to imagine, as you look round at the chateau, the church, the few clustered houses, what such a death toll must have done to the community.
Memorials of the Second World War also linger more prevalently than across the Channel. On the Atlantic beaches the winter storms slowly slide Hitler’s vast blockhouses out to sea. Each year these monstrous concrete gun emplacements creep further down the dunes as the coast erodes. And here and there on remote country lanes you will come across a plaque or a headstone marking some frantic ambush of the resistance movement, a list of the names “fusillés par les Allemands” and the date of the fatal encounter.
"X" Xavier Rolland Xavier Rolland
C’est le nom d’un jeune fermier qui habite près de chez nous. Il tient sa ferme tout seul, trait ses cent cinquante chèvres, laboure et récolte ses quelques hectares de blé, de tournesols et de maïs. Il est peut-être le plus impressionnant travailleur que j’aie jamais rencontré. Les obligations de son interminable routine quotidienne en dépit de la machinerie rendent sa qualité de vie plus proche de celle d’un paysan du xixe siècle que de celle d’un fermier d’aujourd’hui. La précarité de son existence est due aux exigences de la Politique agricole commune de l’Union européenne. Il laboure ses champs jusqu’à l’extrême bord de la route. Il supprime haies et vieux fossés, abat arbres et bois pour gagner quelques mètres carrés afin d’accroître sa subvention. Il s’accorde deux jours par an pour aller au Salon de l’agriculture à Paris. Il est « près de la terre » mais son rapport avec la nature ressemble plus à celui d’un locataire avec un propriétaire rapace et exigeant. Il semble n’avoir aucun amour de la campagne : la taille du champ, sa récolte et la compensation qu’il reçoit de Bruxelles semblent le rendre aveugle à la beauté du lieu où il habite et travaille. C’est un homme jeune les décennies s’étirent devant lui. Je m’interroge sur son avenir.
Is the name of a young farmer who lives near our house. He works his farm alone, milking his 150 goats, ploughing and harvesting his few hectares of fields with corn, sunflowers and maize. He is possibly the hardest working person I have ever encountered. The demands of the unending routine of his daily round despite the advantages of machinery make the quality of his life closer to a 19th century counterpart than a modern farmer. The precariousness of his existence is shaped and controlled by the exigencies of the Common Agricultural Policy of the European Union. He ploughs his fields to the very edge of the roads. He obliterates hedgerows and ancient ditches and cuts down trees and woods to gain a few extra square metres to increase his subsidy. He takes two days off a year to visit the Agricultural Fair in Paris. He is “close to the land” but his relationship with nature seems more like that of a tenant with a rapacious and demanding landlord. There seems no love of the countryside: the size of the field, its harvest and the compensation he receives from Brussels seem to blind him to the beauty of the place he lives and works. He’s a young man the decades stretch ahead. I wonder what will become of him.
"Y" Jeunesse Youth
L’année dernière, je suis retourné à Nice et j’ai visité les lieux que j’avais fréquentés à dix-neuf ans. En 1971, j’avais loué une chambre, rue Dante, dans l’appartement d’une vieille dame. En 2003, planté devant la porte ouvrant sur l’escalier, je me suis dit que, trente ans plus tôt, je me trouvais exactement à cet endroit. Cet endroit précis. J’ai bu une bière dans le café que je fréquentais chaque soir. Le décor n’avait pas changé, [mais l’aimable patron était depuis longtemps à la retraite. J’ai pris une photo du petit hôtel où j’avais passé ma première nuit. J’ai arpenté le quartier que j’avais si bien connu mais sans pouvoir ressusciter mon fantôme aucun frisson proustien. Pourtant, ces quelques mois passés à Nice, en 1971, ont été vraiment formateurs. C’est à Nice que j’ai appris à parler français, à Nice que, pour la première fois, j’ai vécu tout seul et que je me suis découvert. Rien d’étonnant à ce que la France m’ait rappelé à elle.
Last year I went back to Nice and revisited the places I used to frequent as a 19 year-old. In 1971 I rented a room in an old lady’s flat in the rue Dante. In 2003 I stood at the door to the stairway and told myself that, thirty two years ago, I had stood on this exact spot, this very spot. I had a beer in the café I used to visit every night. The décor was the same but the kindly patron had long since retired. I took a photograph of the small hotel I had stayed in on my first night. I walked around the quartier that I had known so well but could summon up no ghostly version of my younger self I experienced no Proustian shiver. Yet my few months in Nice in 1971 were wholly formative for me. It was in Nice that I learned to speak French and where, for the first time, I lived alone and found myself. It comes as no surprise to me that France called me back.
"Z" Zone Zone
« Le Zone », ainsi se nomme un petit bar de plage sur la côte atlantique, près d’Arcachon, que je fréquente de temps à autre. J’adore l’Océan et la plage, mais je n’aime pas être au soleil : Le Zone fournit la solution idéale. Je m’installe à l’ombre d’un vaste parasol en compagnie d’une bière et d’un livre, et, tout en écoutant le bruit des vagues, j’observe les gens aller et venir, et les rouleaux déverser leur écume sur le sable.
Par un après-midi londonien sombre et pluvieux, en plein milieu de la Seconde Guerre mondiale, l’écrivain et critique Cyril Connolly traça un cercle sur une carte du sud-ouest de la France et s’autorisa à formuler quelques souhaits, en rêvant à la paix. Souhait nº 1 : une ferme-manoir à l’intérieur de ce cercle magique… « une maison classique dorée, haute de deux étages, un grenier pourvu d’œils-de-bœuf avec vue sur l’eau, une terrasse pour l’hiver, un grand arbre pour l’été et une pelouse pour les jeux, une colline boisée derrière et une rivière au-dessous… » Ce rêve de plaisir et d’évasion, nous y cédons tous de temps à autre. J’y ai moi-même succombé. Je me rends compte de la chance que j’ai de mener cette double vie, cette existence anglo-française. Et bien que nous habitions une maison dotée d’un certain nombre des éléments requis par Connolly, c’est sur cette plage de l’Atlantique que je me sens le plus en harmonie avec mon pays d’adoption.
C’est dû en partie, je crois, à la démocratie inhérente d’une plage en été. Les tenues, l’oisiveté essentielle et le plaisir de la vie balnéaire effacent les divisions et les tensions de la société, un peu à la manière dont un bronzage unifie les teints. Dans ce bar de plage, nous sommes tous anonymes. La plupart du temps, tandis que je lis mon livre (et prends des notes), circulent autour de moi de jeunes Français, des adolescents. Je pourrais tout aussi bien être invisible. J’écoute leurs conversations, j’observe leurs manœuvres, leurs jeux et leurs stratagèmes. Ces garçons et ces filles pressés, vifs, agiles, ne prêtent aucune attention à l’homme d’âge mûr que je suis, avec sa bière, son livre et son stylo. Dans ce bar au bord de l’Océan, sur la côte ouest de la France, je sens que j’ai été accepté. Je suis dans mon cercle magique. Mon cercle magique français. Anglo-français, franco-anglais se mêlent et fusionnent pour ne faire plus qu’un.
“Le Zone,” to give it its full name, is the name of a small beach bar on the Atlantic Coast near Arcachon that I frequent from time to time. I love the ocean and the beach but I don’t like being in the sun: “Le Zone” provides the perfect solution. I sit in the shade of a wide umbrella with a cold beer and a book and watch the comings and goings of the beach, the breakers creaming in, the sound of surf in my ears.
In a dark and rainy London in the middle of the Second World War, the writer and critic Cyril Connolly drew a circle on a map of south-west France and indulged in a little wishful thinking, dreaming of peace. Wish number one: a yellow manor farm inside this magic circle… “A golden classical house, three stories high with œil de bœuf attic windows looking out over water… a terrace for winter, a great tree for summer and a lawn for games, a wooded hill behind and a river below…” and so on. Connolly was articulating a dream of pleasure and escape that we all indulge in from time to time. I understand its power and I have responded to its siren call. I realise how lucky I am to have this double life, this Anglo/Franco existence. And, though we live in a house with some of the components Connolly requires, I find that it’s on this Atlantic beach that I feel most at one with my adopted country.
I think this has something to do with the inherent democracy of a beach in summer. Beach clothing, the essential idleness and contentment of beach life, erase society’s divisions and stresses in the same way as a tan homogenises complexions. In this beach bar we are all anonymous. Most of the time as I sit here and read my book (and make notes) the people around me are French adolescents. I might as well be invisible. I sit and listen to their conversations, I watch their manoeuvrings, their games and ploys. These urgent, bright, lithe girls and boys pay no attention to me, a middle aged man with a beer, a book and a pen in hand. In this beach bar on the edge of the Atlantic on the west coast of France I feel I have been accepted. I am in my magic circle. My magic French circle. Anglo/Franco coalesce and co-mingle, become one.