Publications et écrit

 Retour à la liste
des thèmes

France Chine

suivant 

 Préface

On se souvient d’un départ pour la Chine, il y a déjà longtemps. La France et la Chine étaient sur le point d’établir des relations diplomatiques, on passerait quelques mois à Hong Kong avant de franchir le pont de Lowu, qui, symboliquement, marquait le point de passage entre les nouveaux territoires de l’ancienne colonie britannique et la province du Guangdong. Mais avant le départ — Messageries maritimes, quatre semaines à bord du Laos, le canal de Suez et Aden, Bombay… d’autres temps ! —, on avait voulu faire une moisson d’ouvrages sur la Chine. Nous n’étions pas sinologue, on avait pourtant frappé aux bonnes portes, semble-t-il, mais la récolte avait été maigre. La Chine était lointaine, alors, oui… Quelques témoignages de voyageurs, souvent hommes politiques qui avaient fait trois cent mètres sur la Grande Muraille avant ou après avoir rencontré un ministre chinois — parfois Zhou Enlai ou Mao —, et quelques récits, anglo-saxons ou autres, de la Longue Marche ; quelques classiques, naturellement, de la littérature, fort peu d’ailleurs et, pour les modernes, Lu Xun ou Guo Moro, publiés par les Éditions chinoises en langues étrangères, c’était peu : après tout, nous n’avions peut-être pas frappé aux bonnes portes ! Arrivés à Hong Kong, on lisait des revues économiques publiées en abondance par des institutions souvent ambiguës, chargées (par qui ?) d’observer la réalité chinoise.-Ce fut donc surtout à Pékin même, dans l’inoubliable librairie de livres anciens de l’ancien marché couvert de l’Est — un centre commercial y trône aujourd’hui, à l’angle de Wanfujing et du Jinyuhutong devenu une artère à six voies —, qu’on dénichait avec émerveillement les éditions publiées dans les années vingt ou trente de quelques grands autres « classiques » de la sinologie française ou anglo-saxonne dont, de semaine en semaine, on guettait l’éphémère apparition sur les rayons. Ou alors, on fouillait des demi-journées entières dans le formidable désordre de ce qu’il restait de la bibliothèque de l’ancien Centre culturel français de Taijichang.

C’était peut-être peu, c’était tout de même fabuleux. Pour le novice qu’on était quant aux choses de la Chine, il fallait alors vraiment la gagner, sa Chine !

À la fin du mois de janvier 2004, on a célébré le 40e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. En octobre 2003 ont commencé les Années culturelles croisées-entre la France et la Chine. La tour Eiffel a été illuminée en rouge, et des milliers de Chinois de toutes les origines ont descendu les Champs-Élysées pour la fête du Nouvel An et l’entrée dans l’année du Singe. En France comme dans le monde entier, on continue à explorer de nouveaux pans d’un cinéma chinois d’une proliférante vitalité tandis qu’on découvre à présent un art contemporain chinois qui stupéfie les critiques par la manière dont il a su faire siens les canons de l’art contemporain occidental pour les détourner à son profit, en une étonnante vision proprement chinoise, tissée de thèmes et d’inquiétudes qui sont ceux de la Chine de toujours comme ceux de cette Chine en pleine mutation que les artistes de la Chine entière vivent intensément. Quant à la nouvelle littérature chinoise, qui conjugue les mêmes thèmes avec ceux des années de plomb de la Révolution culturelle, grands éditeurs français comme petites maisons d’édition font la chasse aux titres, aux auteurs, parfois à de très jeunes auteurs auxquels il arrive de traîner dans leur sillage un étonnant parfum de scandale.

Ainsi, alors que le Salon du livre 2004 est consacré à Paris aux livres chinois, la Chine est-elle plus qu’à l’ordre du jour : elle apparaît bel et bien être partout. L’« offre de Chine », proposée à quelques spécialistes hier, envahit à présent tous les marchés culturels. Qu’on nous pardonne d’évoquer, peut-être trop hardiment — ou plutôt, toute proportion gardée —, la (re)découverte de l’Amérique, cinéma, littérature, peintures, musiques, au lendemain de nos années de plomb à nous, après 1944. Et là aussi, comme dans cette euphorie d’il y a plus d’un demi-siècle, des « passeurs » (encore que nous n’aimions guère le mot, galvaudé à l’excès) jouent un rôle de premier plan. Maisons d’édition, certes, mais aussi une pléiade de nouveaux traducteurs, des critiques, tout simplement des enthousiastes, parfois bien loin du champ strictement défini de la sinologie — encore que celle-ci, en témoignent les prodigieux progrès de l’enseignement du chinois à tous les niveaux, scolaires et universitaires, connaît chaque année de nouveaux développements. Mais on devine déjà le moment où le rôle des passeurs en question — que nous aimons et qui, bien souvent, sont nos amis — ira décroissant dans la mesure où c’est tout seuls, comme des grands, qu’on ira à la Chine. Comme on peut, aujourd’hui, se rendre seul et comme on veut dans toute la Chine, sans le secours d’organisations spécialisées. Et c’est bien cette banalisation — pour une fois heureuse ! — de la Chine que traduit la bibliographie que propose aujourd’hui l’Adpf. Dans chacune des catégories étudiées, les auteurs et les titres recensés constituent une manière de vademecum de l’ouverture vers la Chine. On n’osera pas dire « une bibliographie idéale », car nous y figurons. Mais ces quelques titres mis entre parenthèses, qu’il s’agisse du spécialiste qui retrouvera là ses marques, de l’amateur qui souhaitera l’être davantage, c’est-à-dire aimer plus et mieux, ou du néophyte qui voudra découvrir, c’est un bel éventail de classiques, d’ouvrages de référence ou de nouveautés aujourd’hui accessibles, qui est déployé dans ces pages. La brève introduction à chaque chapitre dégage en outre les lignes de force de l’évolution actuelle des genres envisagés et constitue plus qu’une entrée en matière : c’est une véritable vue cavalière de la Chine telle qu’on peut la découvrir en France en un instant donné, qui est ce printemps 2004.

Au fond, notre seul regret serait peut-être que demain, dans six mois, dans un an, cette vision soit déjà dépassée. Mais telle qu’elle est aujourd’hui, elle constitue une base essentielle pour les années à venir. Et puis, qu’elle soit à terme dépassée n’est rien d’autre qu’un autre signe de la vitesse avec laquelle la Chine s’ouvre au monde et de celle à laquelle le monde, et singulièrement la France, s’ouvre à la Chine.

  suivant