Dominique de Villepin ministre des Affaires étrangères
Je vous souhaite la bienvenue à ce premier séminaire international consacré aux Études françaises. J’espère que nos travaux s’avéreront fructueux car le contexte international justifie notre mobilisation et notre réflexion.
Le maintien de la présence française dans le monde
Hélène Carrère d’Encausse secrétaire perpétuel de l’Académie française
La présence française dans le monde a connu une époque bénie au XVIIIe siècle, au temps de la République des Lettres, lorsque l’Europe, c’est-à-dire ce que nous considérions comme le monde, parlait français. Les joutes de l’académie de Berlin se déroulaient en français. Les deux cours les plus éblouissantes d’Europe, celles de Frédéric II et de Catherine II, de hauts lieux de la culture française, possédaient dans nos philosophes et nos écrivains leurs véritables souverains car la réelle souveraineté était celle de l’esprit français.
Aujourd’hui, le monde ne parle plus français. Pourtant, la République des Lettres existe encore grâce à votre action dans le monde, qui poursuit celle de nos penseurs, même si la religion de la langue et de la culture françaises que vous y entretenez contraste avec la négligence à leur égard qui s’observe dans notre pays. Ainsi, certains candidats au baccalauréat de cette année ont pris Saint-John Perse pour un auteur anglais.
J’aurais souhaité vous accueillir à l’Académie française, institution jeune et en évolution, comme le prouve Erik Orsenna, mais également dépositaire et gardienne de la langue française, qu’elle conserve sans la pétrifier car elle ne constitue pas un conservatoire. Son attitude varie de la déploration à l’admiration. Au temps de la République des Lettres, elle vous aurait facilement reçue au Louvre, qui lui avait été offert par Colbert avec l’accord du roi de France. Aujourd’hui, grâce à Bonaparte, nous disposons d’un toit, l’Institut de France, le palais Mazarin, mais nous le partageons avec d’autres académies, si bien qu’il nous est impossible de vous y inviter un jour qui ne soit pas le nôtre, c’est-à-dire le jeudi.
Les Académiciens connaissent votre action et savent qu’elle participe à l’oeuvre qu’ils construisent. Ils participeront à vos travaux jeudi et apporteront un élément décisif à votre réflexion sur l’avenir hors de France de la langue française, que vous garantissez en maintenant dans le monde, grâce à vos millions d’élèves, la connaissance de la littérature française, qui perd du terrain en France.
Au nom de l’Académie et de ses 370 ans d’histoire, je vous remercie, ainsi que nos deux ministres, pour ces efforts que nous nous tenons prêts à soutenir. Je vous conjure de rester les défenseurs et les passeurs de notre langue et de notre culture, qui, par leur permanence, plus que la puissance politique ou militaire éphémère, ont donné sa grandeur à la France.