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Introduction
L’action des départements d’Études françaises
Xavier North
directeur de la Coopération culturelle et du Français.
1 Les évolutions des relations entre les pouvoirs publics et les départements d’Études françaises
Je vous remercie pour votre présence et je me réjouis de vous accueillir à Paris. Nous avons organisé ce séminaire en raison des relations que les pouvoirs publics français entretiennent avec 2 700 départements d’Études françaises dans les universités étrangères et avec leurs 40 000 enseignants, qui dispensent des cours à 3 millions d’étudiants, dont un tiers se consacre exclusivement aux études françaises. Ces départements, qui apportent une contribution exceptionnelle à la diffusion des oeuvres et des idées françaises et de notre influence culturelle et linguistique, constituent donc des partenaires privilégiés voire exclusifs de nos services à l’étranger.
Cependant, dans les quinze à vingt dernières années, ces relations ont évolué sous l’effet de plusieurs éléments.
Premièrement, le lectorat classique a disparu des universités partenaires au profit de formations pédagogiques courtes destinées aux enseignants et aux étudiants étrangers, alors qu’il attirait la plupart des grandes figures françaises dans le domaine des sciences sociales et humaines. Cette évolution a peut-être été conduite par une réflexion sur le magistère de l’enseignant ou par un souci de rentabilité à court terme, qui l’aurait emporté sur des investissements à plus long terme.
Deuxièmement, le développement des sciences humaines et sociales a étendu nos coopérations universitaires à des facultés autres que les départements de Français, qui ont ainsi perdu leur exclusivité et ont fait face à des interrogations sur leur légitimité même. N’était-il pas préférable de poser sur la France le regard de l’historien, du sociologue ou du linguiste ?Troisièmement, nous considérions les francisants, comme on les appelle en Italie, ou les romanistes, comme on les appelle dans un contexte germanique, comme un public acquis ou captif qu’il était inutile de soutenir.
Ce séminaire se fixe donc pour objectif de dissiper un malentendu ou de réparer une injustice, en reconnaissant solennellement le rôle déterminant des Études françaises dans le renouvellement des études francophones, dans le maintien d’un lien vivant avec la littérature d’expression française, dans le développement à haut niveau de la recherche linguistique et dans la formation d’enseignants. N’oublions pas en effet que les départements d’Études françaises à l’étranger ont découvert les premiers la littérature francophone.
2 L’organisation du séminaire
Notre reconnaissance accompagne une volonté de renouvellement et de relance de ces efforts, qu’il nous semble indispensable de fonder sur un état des lieux et sur une perspective que nous dégagerons au cours de ce séminaire. Celui-ci s’articulera donc autour de trois sessions : la première, confiée à la Délégation générale à la Langue française et aux Langues de France et à Bernard Cerquiglini, portera sur les liens entre les Études françaises et la littérature et plus généralement les sciences humaines et sociales. Elle visera à mettre en évidence leur capacité à s’ouvrir à d’autres disciplines comme les études culturelles ou des secteurs de la linguistique en développement, comme la linguistique informatique, et à renouveler les méthodes et les approches.
La deuxième session, confiée à l’Agence universitaire de la francophonie et à Madame la Rectrice Michèle Gendreau-Massaloux, étudiera la coopération universitaire. Partant du constat que les études françaises tirent une large partie de leur force d’une mise en réseau, elle examinera, dans deux tables rondes successives, les problèmes liés à cette dernière. Comment les Études françaises intègrent-elles les dimensions européenne et francophone ? Comment s’adaptent-elles au formidable défi de la mobilité étudiante et de la mobilité en général ?
La troisième session, animée par la Direction générale de la Coopération internationale et du Développement, que je représente, montrera comment les Études françaises ont élargi leur champ, au cours des dernières années, en se tournant vers de nouveaux publics, sans délaisser pour autant leurs publics traditionnels. Cette transformation s’est opérée grâce à de nouveaux vecteurs, comme l’audiovisuel et les nouvelles technologies de la communication, et grâce à des cursus plus proches des évolutions de la société ou du marché du travail. C’est en effet sans scrupule que nous ouvrons ces études à des publics animés par des motivations utilitaires.
3 La relance du partenariat
La relance du partenariat entre les pouvoirs publics et les départements d’Études françaises s’appuie sur plusieurs outils mis au service d’une volonté politique par le ministère des Affaires étrangères, au côté d’autres intervenants. Notre vaste réseau mondial d’établissements culturels et de services, tout d’abord, se trouve aujourd’hui engagé dans une transformation d’outil de diffusion en outil de coopération, pour s’adapter aux nouveaux courants d’échanges dans un monde globalisé. Les difficultés rencontrées dans cette transformation expliquent en partie le relâchement du lien avec les départements d’Études françaises.
C’est cependant à ce réseau qu’il convient de vous adresser pour recourir à nos programmes, tels que les bourses d’études, sans doute insuffisantes mais dont nous avons préservé les principaux contingents, et les aides à la publication ou à la traduction. Ces dernières aident les oeuvres françaises à rayonner dans des régions où elles sont mal connues. Une seule traduction permet, en Chine, de toucher des millions de lecteurs. Nous devrons d’ailleurs nous interroger sur les stratégies à mettre en oeuvre dans les pays émergents.
4 La politique de promotion du français
Enfin, ceux d’entre nous qui se considèrent comme des militants de la langue française se sont réjouis d’entendre plusieurs intervenants marquer la place essentielle qu’elle continue d’occuper dans notre culture. Nous sommes en effet convaincus du lien indissociable entre la diversité culturelle et la diversité linguistique. Nos politiques de promotion du français servent les trois priorités suivantes.Nous nous fixons pour première priorité la défense du plurilinguisme, en Europe et dans le monde anglo-saxon, où nous affichons la devise « English is not enough ». Nous devons définir des stratégies permettant au français de maintenir sa position de langue internationale utilisée par les institutions internationales et européennes et de seconde langue étrangère la plus apprise après l’anglais dans les systèmes éducatifs des pays non anglo-saxons et parfois située à égalité avec l’espagnol dans le monde anglo-saxon. Cette politique s’efforce de s’ajuster aux tendances lourdes à l’accroissement des échanges et de la mobilité étudiante. En Europe et dans le monde anglo-saxon, la promotion de notre langue peut être considérée tout à tour comme un outil et comme une des finalités de la coopération éducative.
La deuxième priorité consiste en la réaffirmation des solidarités francophones. Dans certaines régions, comme en Afrique francophone et, dans une moindre mesure, dans l’ancienne Indochine, nous pouvons utiliser les positions linguistiques héritées de notre passé colonial pour mobiliser nos partenaires autour d’objectifs partagés. Dans d’autres, nous pouvons, au contraire, nous appuyer sur des objectifs politiques pour consolider, au Maghreb et au Liban, ou développer, au Proche et au Moyen-Orient et dans les pays du Golfe, l’apprentissage du français. Cette langue, qui n’appartient pas exclusivement à la France, doit être perçue comme un outil d’aide au développement et d’affirmation de valeurs et d’idées.
La troisième priorité, parfois oubliée mais à laquelle nous accordons une importance accrue, concerne la conquête de nouveaux publics dans les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde, le Mexique et le Brésil, dans des pays appelés à intégrer les principaux circuits commerciaux et culturels internationaux, comme la Russie, ou dans des espaces traditionnellement peu favorables au développement de notre langue, notamment l’Asie hors Asie du Sud-Est.Les enquêtes prouvent que ces régions présentent une demande de français en pleine expansion. Cette demande est difficilement séparable de facteurs économiques et culturels qui déterminent l’apprentissage de la langue. Si nous consentons un effort important de soutien à l’enseignement du français en Chine, c’est naturellement dans l’objectif de favoriser des coopérations ou des formations universitaires. Cependant, cette demande nous encourage fortement à renouveler nos méthodes et nos politiques car nous souhaitons nous baser sur une logique de la demande plutôt que sur une logique de l’offre. Elle permettra peut-être d’augmenter les moyens consacrés par les pouvoirs publics à la promotion de notre langue.
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