|
Georges Freris
professeur à l’université Aristote de Thessalonique
Je vous ferai part de mon expérience comme rapporteur de mon département sur la formation des enseignants de français à l’université Aristote de Thessalonique et comme rapporteur auprès du ministère grec de l’Éducation nationale.
Les deux départements de langue et de littérature françaises en Grèce ont longtemps été dirigés par des Français et nous avons donc suivi la formation qui prévalait en France. Après la réforme universitaire de 1982 et le recul du français, nous avons réformé nos programmes au regard de la qualité. La quantité ne constitue en effet jamais une solution et crée de nouveaux problèmes.
Trois réflexions ont guidé nos choix. Pourquoi enseigner le français dans un pays où il n’est ni la langue maternelle, ni celle de l’administration et encore moins celle d’une quelconque unité ? Combien d’enseignants devons-nous former ? Enfin, sur quels aspects du français devons-nous insister ?
Ces trois questions ont amené trois constats. La langue et la littérature françaises doivent compléter la formation de la culture nationale. Elles doivent être envisagées sous l’angle de l’union multiculturelle de l’Union européenne. Enfin, elles doivent être considérées dans un contexte universel.
Nous avons donc axé notre formation sur la linguistique. Nos futurs enseignants apprennent donc le français oral et écrit. Ils doivent en outre appendre la langue française comme une médiation entre la culture-source et la culture d’arrivée, et ce via la traduction. Par ailleurs, nous avons développé un axe culturel qui envisage la culture française dans une perspective comparatiste pour sa contribution à la francophonie. C’est pourquoi les départements de langue et de littérature françaises en Grèce, sont composés de trois sections (équivalentes aux unités d’études et de recherche) : de linguistique, de littérature et de traduction. Chaque section est également responsable d’un programme d’études de troisième cycle.
La section de linguistique est aussi responsable de la formation en didactique des langues étrangères des éventuels enseignants. La section de littérature, à part l’histoire de la littérature française, forme les étudiants sur la théorie littéraire et le théâtre, sur la littérature comparée et les littératures francophones et bien sûr sur l’histoire de la civilisation française. La section de traduction, à part les cours sur les théories traductives, insiste sur la pratique traductive, aussi bien littéraire que technique et commerciale.
Cette formation permet en outre de choisir entre la didactique et la linguistique et d’opter alors pour la carrière professorale, la littérature et la civilisation françaises et de bénéficier de débouchés sur les relations publiques ou autres, et enfin la traduction, pour s’occuper de toutes ses formes.
Nous avons également développé la coopération universitaire comme condition de survie. Nous collaborons avec d’autres départements grecs et surtout étrangers, non seulement dans une perspective d’échange de points de vue et d’expériences, mais aussi de programmes communs. C’est ainsi que sur le plan des études de IIIe cycle, nous avons en linguistique un DEA et un doctorat en collaboration avec les autres départements des langues et des littératures étrangères de notre faculté et les départements de notre faculté polytechnique. En littérature, nous avons mis en place, en collaboration avec d’autres départements européens de langue et de littérature françaises, un doctorat d’études supérieures européennes, etc. Cette coopération ne touche pas seulement la recherche, mais s’étend aux enseignants du secondaire, que nous formons par des séminaires annuels. Nous encourageons également nos étudiants à effectuer des séjours d’un semestre en France, ou à l’étranger. À présent, ils sont 15 % à bénéficier de séjours. De même, nous profitons des programmes européens pour faciliter la mobilité de nos professeurs et de nos étudiants.Nous sommes ainsi optimistes quant à l’avenir du français en Grèce, puisque notre but n’est pas la quantité, mais la qualité de la formation.
|