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Les Etudes Françaises

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Ioan Panzaru
professeur à l’université de Bucarest

J’enseigne la littérature médiévale à l’université de Bucarest, matière dispensée aux étudiants qui souhaitent obtenir une licence d’Études françaises. En Roumanie, nous devons faire face à des pressions considérables. D’une part, le financement par étudiant a baissé depuis 1989, puisque les effectifs étudiants ont triplé, alors même que les crédits n’ont pas suivi. Pour financer la recherche, il nous reste à postuler pour le Centre national de la recherche scientifique qui nous oppose des raisons de scientificité. L’ancien président du Centre a d’ailleurs signifié que les langues étrangères ne sauraient constituer des disciplines scientifiques.

Les financements de la recherche scientifique s’appuient sur les citations du ISI, une opération commerciale soutenue par Thomson, qui ne tient compte que des revues scientifiques. La Fondation pour la science européenne a du reste souligné que la liste des revues ne tenait nullement compte des sciences sociales ou humaines. Elle s’est donc proposé de créer un index de citations des humanités européennes. D’ici là, nous aurons à essayer de survivre. Or, comment pourrions-nous survivre si nous ne pouvons ni prédire les phénomènes à venir, ni comprendre les phénomènes passés ?

Nous pourrions sans doute définir un concept de scientificité plus large et qui ne se résume pas à un formalisme. Pour ma part, le concept de la testabilité nous permet de nous situer dans un critère de scientificité, dans la mesure où certaines propositions de nos disciplines sont vérifiables.

Par ailleurs, la globalisation touche les Études françaises de manière considérable. Vous savez que l’impact des chercheurs américains dans la littérature médiévale n’est pas des moindres. Récemment, après avoir remis en cause la notion de féodalité, les chercheurs américains s’interrogeaient sur celle d’amour courtois, avec l’article de James Burnes. Les grands spécialistes des troubadours restent des Américains.

Il convient enfin de nous pencher sur les mécanismes de la culture et de la langue dans l’empire mondial, un empire qui n’empruntera rien à l’empire romain. Si, dans ce dernier, l’aristocratie sénatoriale parlait le grec, je n’imagine pas le président Bush parler français avec ses conseillers. Nous avons plutôt à faire ici au type de l’empire babylonien où tous les sujets parlaient l’araméen. Le risque est alors que les cultures de l’empire se replient sur leur ethnicité.

Or, les sciences humaines restent ancrées dans la langue, puisque l’Homme est ancré dans sa langue. Ainsi, il n’est pas possible d’expliquer des situations politiques telles celles que connaissent les Balkans ou la Belgique sans remonter à une explication ancienne. Pour les premiers, les origines de la situation actuelle remontent au XIVe, et au XVe siècle pour la seconde.

De même, nous évoquions ce matin Dante. Bien entendu, pour lire Dante, il faut, préalablement, avoir appris l’italien. Il faut encore comprendre la culture médiévale, Aristote et les commentateurs arabes des XIe et XIIe siècles. Comprendre Proust renvoie à la compréhension d’une culture éminemment européenne. Nous risquons de voir progressivement s’étioler cette vision du monde.

Emmanuelle Saada

Je vous remercie et je cède la parole à monsieur Meschonnic.

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