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Les Etudes Françaises

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Françoise Lionnet
professeur, directrice du département d’Études françaises et francophones, université de Californie à Los Angeles

Je voudrais commencer par citer monsieur le Ministre Dominique de Villepin qui a déclaré hier :

"Nous devons nous mobiliser pour inventer une nouvelle architecture mondiale, capable de supporter le poids des peuples et des identités. Nous devons construire un monde plus sûr, où chacun ait sa place, où se forge le destin collectif de l’humanité."

C’est une affirmation que je prends très au sérieux. Elle va dans le sens des questions que nous posons désormais dans le champ des études francophones aux États-Unis : comment parvenir à inventer cette nouvelle architecture ?

Je dirige depuis quelques années le département d’Études françaises et francophones à UCLA et j’ai été amenée à réfléchir sur le rôle que pourrait jouer ce département dans la plus grosse institution publique de l’État le plus peuplé des États-Unis, la Californie. Forte de l’expérience acquise ces dernières années, j’aimerais partager avec vous quelques réflexions d’ordre démographique et pédagogique, pour aborder ensuite des considérations d’ordre épistémologique.

Mon propos porte sur les nouveaux vecteurs qui se dessinent dans nos disciplines. Permettez-moi donc de faire un court survol des conditions pratiques dans lesquelles mes collègues californiens et moi exerçons et de souligner ainsi les conditions d’émergence de ces nouveaux champs d’approche qui répondent directement aux besoins de cette « nouvelle architecture ». Plus que jamais à notre époque, nous allons devoir nous adapter à des changements rapides et à des conditions de travail qui évoluent. Ces évolutions sont liées non seulement à l’émergence des nouvelles technologies mais également à la révolution des systèmes de pensée, aux nouveaux grands débats de notre époque. Il est urgent de mettre les Études françaises et francophones en perspective avec ces grands courants intellectuels qui transforment nos institutions depuis une trentaine d’années.

1 Présentation de UCLA : démographie et pédagogie

UCLA est une institution relativement jeune puisqu’elle a été fondée en mai 1919. Elle est située à Los Angeles, mégapole dont l’identité est ancrée dans sa diversité démographique et son ouverture sur le Pacifique et l’Amérique latine. Ne pas tenir compte de ces éléments risquerait bien vite de nous enfermer dans une vision obsolète de notre rôle et des fonctions qui sont les nôtres en tant que pédagogues, chercheurs et administrateurs. Nous formons partie de réseaux intellectuels de plus en plus complexes dans lesquels l’interdisciplinarité est devenue une réalité institutionnelle, ce qui nous ouvre de nouvelles portes. Mais nous appartenons aussi à des réseaux administratifs qui auraient, eux, plutôt tendance à se rétrécir et à raccourcir chaque année la portée et l’envergure des « humanities » au sein de l’Université américaine. Il faut donc faire face à des éléments contradictoires et essayer de ne pas laisser à d’autres disciplines comme l’histoire, la sociologie, la littérature comparée, ou même aux départements d’anglais, l’enseignement en traduction de nos propres textes littéraires et théoriques. Bien enseigner les cultures et les littératures françaises et francophones, c’est aussi le faire d’une façon qui corresponde aux problématiques qui règnent dans les disciplines connexes, sinon nous risquerions de nous isoler dans des approches désuètes et tout à fait ennuyeuses pour nos étudiants qui iraient suivre des cours ailleurs.

Notre raison d’être en tant qu’institution publique est d’éduquer la population de l’État. Ou du moins, les étudiants sélectionnés parmi les « top 5 % », soit les meilleurs de leur promotion au sortir des lycées et « high schools », selon le critère de sélectivité utilisé. La composition démographique de ces étudiants est d’une diversité qui reflète celle de cette « ville-monde » qu’est Los Angeles et de l’État lui-même. UCLA compte plus de 36 000 étudiants d’origines ethniques très diverses : autochtones et immigrants. Ce sont des Asiatiques, des Latinos, des Iraniens, des Africains, ainsi que des Euro-Américains minoritaires aujourd’hui en Californie. Il nous faut donc tenir compte de ces réalités, et partir de là où se trouvent ces étudiants pour espérer les toucher et surtout les séduire — car il est entendu que la pédagogie bien comprise passe par la séduction de la raison et des sentiments et qu’on ne peut vraiment espérer y parvenir que par un double mouvement :
Vers l’autre, d’abord, pour essayer de se mettre à la place de cet autre qui découvre dans nos littératures une représentation de son monde à lui ou à elle, mais à travers le miroir toujours déformant de la représentation.

Deuxièmement, il s’agit d’obtenir un effet de retour sur le fond et la forme du sujet et sur la matière même de l’échange intellectuel pour nourrir des questionnements féconds dont il nous incombe de tirer profit afin, justement, d’inventer cette « architecture mondiale » où chacun aurait sa place à la table des échanges intellectuels.Les inscriptions dans nos cours de français s’élèvent à environ 1 800 par an. Notre rôle n’est pas simplement d’enseigner la langue, quoique sans cette responsabilité de base tout le reste ne serait sans doute pas possible. Mais nous devons aussi donner à nos étudiants une formation générale et leur apprendre à penser et à découvrir ce monde « où se forge le destin collectif de l’humanité ». Les meilleurs parmi ces étudiants arrivent déjà formés par un enseignement qui leur a fourni des outils d’analyse, les a habitués à poser certains enjeux et à cerner des sujets distincts selon des méthodes en vigueur dans leurs contextes intellectuels et culturels. Ne pas partir de là où ils se trouvent serait à mon avis une erreur fondamentale. Nous risquerions alors de donner dans les clichés, ces « évidences invisibles » dont parlent les anthropologues, et d’adopter des stratégies mal adaptées à l’ordre intellectuel qui s’articule autour de nouvelles donnes culturelles largement acceptées par nos collègues et influençant leurs choix pédagogiques et épistémologiques. Nous sommes tous ancrés dans un champ universitaire qui n’est plus simplement national, mais transnational à de multiples points de vue. De par sa diversité et des exigences que cela nous impose en tant qu’enseignants, UCLA est un véritable laboratoire où se joue l’avenir de notre discipline face aux faits démographiques et culturels que je viens de décrire.

2 Le département d’Études françaises et francophones à UCLA : francophonie et épistémologie

En 2000, mon département a choisi de changer de cap pour s’inscrire dans une visée plurifocale de la discipline. Nous avons voulu faire une vraie place aux études francophones et à l’histoire culturelle des aires coloniales et post-coloniales qui n’étaient pas très bien représentées à UCLA. Nous avons alors changé le nom du département qui est devenu le programme d’« études françaises et francophones », ces deux termes ayant une importance équivalente, car il ne s’agit pas d’en faire des domaines séparés, mais de les mettre en rapport, de créer de vraies possibilités d’interaction de sorte qu’il y ait un éclairage mutuel de l’un par l’autre.

L’intégration des études françaises et francophones s’est donc déroulée à l’intérieur d’un cursus qui maintient l’importance de la vision chronologique ou diachronique. Nous y ajoutons une vue d’ensemble des mondes francophones et de ce qui les relie entre eux. Nous insistons donc sur la nécessité d’une vision de la discipline qui doit se transformer en fonction de l’apport de ces nouveaux éléments dont l’utilité pédagogique a été maintes fois soulignée durant ce séminaire. Ces corpus francophones ont beaucoup servi à enrichir nos méthodes de travail ainsi qu’à nous attirer des étudiants qui y trouvent une vision du monde et une représentation du réel qu’ils jugent sensées. Comme le disait monsieur Todorov précédemment, il est important pour nos étudiants de trouver du sens dans ce que nous leur faisons faire, dans ce que nous leur faisons lire ; mais nous devons aussi remettre en question les dérapages idéologiques qui jalonnent l’histoire littéraire et celle de l’humanisme. Il y va de la vitalité de notre discipline aux États-Unis.

Je viens de souligner l’importance de l’histoire et de la chronologie, mais cette étude diachronique du fait littéraire n’est toutefois vraiment utile qu’à condition de la lier à des approches théoriques et thématiques, donc à des problématiques qui recoupent celles d’autres disciplines. Il s’agit donc de poser des points de repère et de cadrer les arguments de manière à ce qu’ils fassent écho aux préoccupations de ceux parmi lesquels nous évoluons, à leurs questionnements identitaires, idéologiques et épistémologiques.

Notre objectif est de permettre aux étudiants de trouver dans nos cours des outils d’analyse et des contenus aptes à les préparer pour un avenir et un cursus professionnel à la pointe des exigences de leur société. Cela fait partie de notre déontologie et de nos responsabilités.

Ces étudiants comprennent déjà que tout aujourd’hui passe par des branchements, que tout se passe à travers des réseaux qui, d’une part, accélèrent les rapports d’interdépendance dans tous les domaines, mais qui, d’autre part, créent des discordances ou des frictions. Nous avons voulu conceptualiser notre pédagogie des études françaises et francophones à l’image de cette vision d’un savoir mis en réseaux et d’une organisation sociale faite d’intersections, de tissages ou de rhizomes ; une organisation dont nous savons toutefois qu’elle est aussi empreinte de ruptures, de discontinuités epistémiques car c’est ce qui correspond à la réalité multipolaire du monde actuel. Ce que je voudrais donc souligner c’est ce en quoi l’agencement même des savoirs que nous transmettons va soit permettre une meilleure compréhension de cette plurifocalité et des conséquences qui en découlent, soit nous marginaliser dans une vision hiérarchique et dépassée de la culture.

Notre défi consiste à maintenir les initiatives qui ont renforcé nos liens avec d’autres programmes et nous ont apporté davantage de visibilité auprès de ceux ou celles qui n’ont pas d’intérêt pour les cursus purement littéraires et se destinent aux études internationales. En fin de compte, ce sont ces liens avec d’autres programmes qui vont réellement soutenir les efforts de rénovation qui seuls peuvent nous permettre de garder une présence réellement active et vivante sur notre campus. Les unités d’enseignement et de recherche s’organisent sous forme de collaboration intra- et inter-universitaires. Nous risquerions d’en être complètement exclus si nous ne formulions pas nos propres approches transnationales et francophones, si nous ne tissions pas nos propres réseaux en rapport avec les grandes questions universelles de démocratie, de liberté, d’égalité et de solidarité, dignes de la grande tradition française, mais infléchis maintenant par ces nouveaux accents transnationaux qui sont les ponts entre cette grande tradition et les nouvelles aires culturelles qu’elle traverse.

Le concept de liberté d’expression aux États-Unis reste une valeur capitale, même si elle est parfois assiégée aujourd’hui. Dans l’enseignement comme dans la recherche, ce concept prend une forme particulière, c’est l’« academic freedom » ou liberté de pensée que les collègues se disent prêts à défendre vigoureusement contre les ingérences politiques ou administratives. Il n’en reste pas moins que nous sommes obligés de tenir compte des exigences institutionnelles qui sont les nôtres des deux côtés de l’Atlantique. Je voudrais donc, pour terminer, remercier ici pour leur soutien précieux toutes les instances qui nous aident à établir et à développer nos programmes. Leur influence sur ce que nous pouvons espérer accomplir en tant qu’unité d’enseignement et de recherche reste primordiale.

Débat avec la salle

Xavier North

Après cette très riche intervention, le moment est venu d’ouvrir le débat. Nous élaborerons par la suite des propositions. Avez-vous des remarques particulières à émettre ?

Georges Freris

J’aimerais partager avec Bernard Laks une expérience que je vis dans mon pays concernant le français langue étrangère. Au sein de mon département, à chaque fois que nous avons souhaité recruter un expert du français langue étrangère, nous n’avons pu parvenir à nos fins car aucun des candidats ne parvenait à écrire correctement le français. La quantité n’est pas le seul critère, il convient de se pencher également sur le problème de la qualité des études.

Ma deuxième question revient sur le fait que le français langue étrangère a de nombreuses applications dans les domaines industriels, commerciaux et sociaux. Or, à chaque nouvelle implantation d’une société française dans mon pays, tout le système de communication est basé sur la langue anglaise. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi ?

Guilhène Maratier-Declety
direction des Relations internationales de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris

J’aimerais aborder un point en rapport avec les pratiques linguistiques de notre pays. Nous sommes actuellement en train de réaliser une enquête auprès de ••. entreprises dans le but d’analyser l’évolution des pratiques linguistiques. Nous ne disposons pas encore des conclusions définitives de l’enquête, mais nous subodorons que les entreprises abandonnent de plus en plus le français pour se tourner vers l’anglais. Nous souhaitons faire passer le message de l’importance culturelle. Il importe que nos entreprises adoptent sur la scène internationale une image française avant tout. Lorsque je vais à l’étranger, je suis frappée de constater que de nombreuses sociétés françaises cachent leur origine. Je pense qu’il est vraiment temps que nous réagissions face à cela car jusqu’à présent la plupart des entreprises n’ont pas de politique linguistique au sein de leur structure.

Bernard Laks

Cette situation pose également un problème de politique linguistique. J’ai essayé de dire tout à l’heure que la bataille contre l’anglais ne me semble pas une voie intéressante dans la mesure où une langue n’est pas seulement un moyen de faire passer de l’information. Dans ce sens, le fait que la communication de l’information se fasse en anglais ne me pose pas de problème. Par contre, une langue est aussi un véhicule d’intégration, d’identité, de construction de groupes sociaux et de régulation. Je pense que les responsables en ressources humaines des différentes entreprises françaises sont parfaitement capables de le comprendre. De ce point de vue, la bataille contre l’anglais n’est pas encore perdue.

D’ailleurs, la langue la plus menacée à l’heure actuelle est de ce point de vue l’anglais. En effet, dans 95 % des productions publiées dans cette langue, il devient impossible de retrouver une cohérence textuelle quelconque. L’important n’est donc pas de défendre le français dans l’objectif qu’il devienne prépondérant dans le secteur commercial. Il s’agit par contre de le promouvoir comme véhicule d’intégration sociale et de cohésion dans lequel peuvent s’exprimer les spécificités d’une culture d’entreprise. Cet enjeu est sans doute beaucoup plus complexe mais également plus intéressant. Cet aspect intéresse énormément les responsables des ressources humaines.

Erik Orsenna

La bataille pour le maintien d’un système juridique différent du système anglo-saxon relève du même problème. Si toutes les négociations internationales s’effectuent en anglais, personne n’aura intérêt à apprendre le vocabulaire de négociation français. De ce fait, il est primordial d’appuyer les pays qui hésitent encore sur le type de système juridique à mettre en place. Il est extrêmement important que survivent des systèmes de grammaire mentale différents du système anglo-saxon.

Solo Raharinjanahary

Ma question est destinée à Erik Orsenna. Mettez-vous en place des études de grammaire comparative ? Tous les enfants et les étudiants raisonnent dans leur propre langue avant d’effectuer la traduction en français. Cela fait apparaître ce que vous appelez « des malgachismes » dans de nombreuses expressions. Il serait très intéressant pour nous d’avoir accès à des analyses de grammaire comparative.

Par ailleurs, vous parlez du danger encouru par la langue anglaise. Je pense pour ma part que le français subit en Afrique des excentricités qu’il convient de dénoncer.

Erik Orsenna

Mon ouvrage grammatical comporte assez peu de grammaire comparée. En revanche, j’ai eu beaucoup de courrier sur ce domaine. Il est toujours gênant pour moi de me retrouver devant d’illustres savants en face desquels j’ai assez peu de légitimité à m’exprimer sur certains domaines. J’ai cependant tout un réseau de grammairiens nomades qui me donnent leurs opinions sur ce sujet. Par ailleurs, j’ai pris récemment des cours de subjonctif en hiéroglyphes.

Michel Serres

J’aimerais porter un témoignage sur la diversité des auditoires. En réalité, lorsque l’on circule dans le monde, nous n’avons qu’un seul type d’auditoire : « l’auditoire divers ». Je pense que les enseignants présents parmi nous aujourd’hui ne diront pas le contraire. L’auditoire est toujours composite. En revanche, la variation géographique est la composition de ce mélange en lui-même : par exemple, à San Francisco, les étudiants coréens et philippins sont nombreux alors qu’à Tokyo, je m’adresse à un public plus occidental. L’expérience du mélange dans les écoles primaires date de 10 ans. Le pourcentage de non francophones dans les classes de CM1 et CM2 est à peu près constant. Par conséquent, le comparatisme évoqué par notre collègue devient essentiel, non seulement dans le domaine de la grammaire mais également dans celui de la culture. Par exemple, si vous faites un cours devant des bouddhistes ou des musulmans, l’enseignement devra s’adapter au public en question. Le mélange est donc non seulement grammatical mais également culturel et religieux. Ce multiculturalisme est le point central de notre propos.

Je vous soumets un constat. Il y a en effet une crise dans l’enseignement de la littérature et une crise des humanités en général. Or, depuis longtemps aux États-Unis et 3 ans en France, nous assistons également à une crise au niveau des sciences générales que sont les mathématiques, la chimie et la physique. Sur les quinze promotions précédentes, la plupart des scientifiques sont aux États-Unis et non en France.

Enfin, je voudrais aborder le principe de la langue comme outil de communication. Au cours de l’histoire, toutes les langues de communication ont toujours été en danger : le grec, puis l’arabe, le français. On peut imaginer que la prochaine langue de communication sera le chinois, l’espagnol ou autre.

Voilà les trois remarques que je voulais faire sur l’universalité du mélange, la crise parallèle qui touche les sciences et l’histoire des langues de communication.

Bernard Laks

Je voudrais rebondir sur ce que vient de dire Michel Serres car cela me semble effectivement très important. La crise globale qu’il mentionne est sans doute liée, non pas à des problèmes purement pédagogiques ou didactiques, mais plus profondément aux contenus. Nous avons été formés dans un monde qui a quasiment disparu. La question de la rénovation des études linguistiques se pose donc, ainsi que celle de la réforme des codes linguistiques. Il est important de chercher à s’adapter au maximum aux réalités linguistiques que perçoit Erik Orsenna lorsqu’il va sur le terrain. Nous devrions également chercher une adaptation au moins progressive des normes orthographiques dans le but de réduire le malaise perceptible. Nous devons être capables de dire aux jeunes que la grammaire a deux facettes : l’une, profondément logique, conceptuelle et intellectuelle qui est d’une totale beauté et l’autre archaïsante et somme toute assez peu fondée.

Je vous donne un exemple sur les absurdités de la syntaxe. En français, comme vous le savez tous, l’accord du verbe se fait avec le nombre du sujet. Pourtant, lorsque l’on dit « moins de deux personnes sont entrées », le verbe se met au pluriel alors que moins de deux cela fait un. A contrario, on dira « plus d’une personne est entrée dans cette salle ». S’il y a plus d’une personne cela devrait appeler le pluriel ! Quelle que soit la didactique avec laquelle vous chercherez à expliquer cette règle, elle demeurera toujours impénétrable. En revanche, une question similaire concernant le subjonctif est tout à fait compréhensible. Il est donc question d’une approche rénovée faisant la part des choses dans les méandres de la grammaire, de la langue et de l’orthographe. Cette démarche me semble tout à fait capitale face à la rapidité avec laquelle nous nous écartons de nos codes et de nos standards.

Cristina Robalo Cordeiro

J’aimerais saluer nos deux premiers orateurs. J’ai beaucoup aimé leurs communications, et je pense qu’elles sont porteuses d’espoir.

J’aimerais revenir sur l’intervention de monsieur Bernard Laks. Pourriez-vous m’expliquer en quoi les nouvelles filières que constituent les études artistiques, cinématographiques, journalistiques, touristiques et patrimoniales vont favoriser les études françaises dans la mesure où les enseignements s’effectuent en langues locales ?

Bernard Laks

Le français est une langue vivante qui évolue et dont les usages sont divers, ce qui constitue sa beauté et son intérêt. Apprendre le français, c’est aussi être capable de se mouvoir dans la société française. Pour cela, il est utile de connaître le français qui correspond aux différents usages de la vie. Bill Labov me disait en riant qu’avec l’anglais avec lequel je m’exprimais, je ne sortirais pas vivant du métro de Harlem à deux heures du matin. La question linguistique est aussi une question culturelle et sociale.

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