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Les aides à la traduction
Xavier North
J’aimerais faire une dernière remarque avant de donner la parole à la salle. Elle concerne la question de la traduction, qui a été insuffisamment traitée au cours de ce séminaire. Je pense notamment à la traduction des travaux universitaires. Quel appui pouvons-nous apporter ?
Il existe un certain nombre de programmes d’aide à la publication, qui ont permis de favoriser la traduction d’environ 4 000 textes français depuis dix ans. Ces ouvrages sont à caractère scientifique, mais la plupart sont généraux, relevant des sciences humaines et sociales ou des ouvrages de fiction. Le principe de ces aides est simple : le Ministère que je représente acquiert des droits, puis des aides à la traduction sont apportées localement par les services culturels de nos ambassades dans le cadre de leurs enveloppes de crédit. C’est l’éditeur local qui décide de publier un titre français, nous apportons quant à nous une enveloppe incitative sous la forme d’une aide à la traduction ou à la promotion. Au cours de la dernière décennie, ces programmes d’aide à la publication ont joué un grand rôle pour faire passer des textes d’une langue vers une autre.
Je pense que nous devrions nous interroger sur une stratégie d’aide à la publication de travaux universitaires. Nous pouvons par exemple inciter nos agents locaux à identifier des relais qui pourraient recommander à des presses universitaires locales un certain nombre de travaux réalisés par des chercheurs français, que nous aurions intérêt à faire publier par des éditeurs universitaires européens. Ceux-ci seraient susceptibles d’accueillir des travaux français si nous étions en mesure de leur apporter une aide à la traduction. En effet, il arrive que l’on constate des pillages effectués par des chercheurs qui puisent joyeusement dans des travaux réalisés dans d’autres langues quand ils ne peuvent pas faire référence à des textes dans la langue locale. En contrepartie, les presses universitaires françaises doivent accueillir des travaux relatifs aux études françaises mais réalisés dans d’autres langues. Nous devons donc mettre en place une stratégie d’échange et de médiation ainsi qu’un programme de promotion de la recherche française à l’étranger. Je pense également à des initiatives très concrètes. Nous pourrions réunir des éditeurs universitaires au cours de prochains salons du livre, avec la collaboration de la DGLF et du ministère de la Culture. Nous pourrions ainsi faire le point sur ces publications.
Je vous ai donc présenté quelques propositions plus ou moins concrètes. Je vous redonne la parole avant que nous nous séparions.
Débat avec la salle
Ieme Van der Poel
professeur à l’université d’Amsterdam
Je suis très intéressée par vos propos concernant les presses universitaires. Pour ma part, je publie en français et en anglais. La première langue a ma préférence, mais les presses universitaires du monde anglo-saxon sont beaucoup mieux diffusées que les presses universitaires de la France. Je suis donc favorable aux aides financières, mais je tiens à souligner qu’il y a un réel problème de diffusion des presses universitaires.
Albert Valdman
J’aimerais rebondir sur plusieurs suggestions faites au cours de cette séance. Dans le domaine de la linguistique se pose un problème concernant les études sur la langue française. D’une part, la plupart des revues françaises dans ce domaine Langages, Langue française, Études créoles, etc. ont la faiblesse d’être thématiques. Les jeunes chercheurs qui n’ont pas encore intégré les réseaux professionnels ne sont pas connus des directeurs de numéro et n’y ont guère accès. Aussi, l’on sait que dans les revues thématiques les articles ne subissent pas un processus d’évaluation par des pairs aussi rigoureux que celui des revues générales. D’autre part, les revues françaises dans le domaine de la linguistique n’ont pas une diffusion aussi large que leurs homologues anglo-saxonnes dont un grand nombre est publié par de puissantes presses universitaires, telles que Oxford University Press et Cambrige University Press. Ainsi, il est paradoxal que la plus grande revue portant sur la linguistique française, Journal of French Language Studies, soit diffusée par cette dernière maison d’édition. Il en résulte que de nombreux articles sont écrits en anglais et que les membres du conseil rédactionnel enseignent dans les universités anglo-saxonnes. Il serait donc intéressant pour les organismes francophones et le ministère des Affaires étrangères de France de promouvoir la création d’une grande revue portant sur la langue française qui serait aussi bien diffusée que les grandes revues anglo-saxonnes.
En ce qui concerne les outils linguistiques, j’aimerais signaler qu’il existe des initiatives très intéressantes visant à décrire les français régionaux qui pourraient intéresser les enseignants des départements d’Études françaises. Il ne s’agit pas des patois, mais des particularités régionales. D’autres ouvrages décrivent les spécificités des français parlés dans les régions où le français est la langue de la communication ordinaire, par exemple en Suisse romande et au Québec aussi bien que celles où il ne sert que de langue véhiculaire et de langue officielle. Je pense qu’il faudrait encourager la normalisation des corpus portant sur le français oral dans toutes ses variabilités, tant en France qu’hors de France.
Jacques Neefs
professeur à l’université Paris VIII
Toutes les propositions sont intéressantes. Celle du Livre Blanc sur l’avenir du français me semble tout à fait fondamentale. J’aimerais en suggérer une autre : les études de français dans les différents pays devraient comporter des composantes sur l’histoire des relations entre ces pays et la France, et constituer une sorte d’archéologie des échanges. Il pourrait s’agir de thèses d’étudiants en liaison avec des historiens, mais aussi avec toutes les disciplines intéressées, et je crois qu’il y a beaucoup de travail à faire dans ce domaine. Dans le cadre de la réalisation du Livre Blanc, il me semble que ce type d’initiative pourrait être encouragé.
En ce qui concerne le maillage, j’aimerais souligner l’importance « internationale » des études françaises dans certains départements d’autres pays. Il est impressionnant de constater que dans certaines universités nord-américaines ou canadiennes, ce sont des étudiants venus de différents pays d’Europe, des étudiants indiens, chinois, ou japonais qui font maintenant ce type d’études françaises. Cela souligne encore une fois la pluralité dont vous parliez tout à l’heure. Cette circulation plurielle est désormais l’avenir de la francophonie. Les échanges entre universités de pays non francophones qui tournent autour des études françaises sont en fait nombreux et doivent être soutenus, me semble-t-il.
Cela a des impacts immédiats sur le domaine de l’édition, et cet aspect est fondamental pour les traductions d’ouvrages relevant des sciences humaines et sociales, et pas seulement de la « littérature ». Sur ce point également nous devons soutenir la transdisciplinarité qui permet les grandes avancées intellectuelles. Dans ce sens, la réciprocité des traductions est fondamentale.
Nedret Oztokat
directrice du département de Langue et Littérature françaises, université d’Istanbul
Je tiens d’abord à remercier les autorités françaises, et notamment la direction générale de la Coopération internationale et du Développement qui nous a offert la possibilité de prendre contact avec les collègues des autres départements, de discuter les problèmes qui s’avèrent à peu près identiques dans les départements de chacun d’entre nous. Mais ce qui est le plus important, c’est de sentir le soutien et la bienveillance des autorités françaises à l’égard de nos départements.
En Turquie les cursus des études françaises comprennent principalement l’enseignement de la langue et de la littérature françaises, la traduction et l’interprétariat en langue française et la formation des professeurs de français. Ces trois domaines constituent respectivement les cursus des départements de langue et littérature françaises, de traduction et de didactique. Les étudiants choisissent l’un de ces départements à la suite du concours d’entrée à l’université. Comme dans un certain nombre de pays, pendant ces dernières années, nous assistons à une diminution du nombre d’étudiants qui s’inscrivent dans les programmes de ces départements-là. Si bien que seules les grandes universités d’État continuent de donner un enseignement du français en lettres, traduction et didactique. Pour remédier à ce problème, les grandes universités (notamment celles qui sont à Istanbul et à Ankara) ont créé des classes préparatoires pour enseigner la langue française afin de rendre possible l’accès à ces départements qui traditionnellement n’acceptaient que les étudiants avec un bon niveau de français.
Cependant il faut noter que dans certaines universités ayant des petites filières en langue française, comme la philosophie, les relations internationales et l’administration, l’activité enseignante continue toujours avec le même nombre d’étudiants. La création de nouvelles filières de français au sein des universités privées quoique très limitées témoignent également de cet intérêt pour le français dans divers domaines d’études. Dernièrement il faut noter que l’université de Galatasaray, qui propose tous ses cursus en langue française, n’a pas connu non plus cette perte d’étudiants à laquelle nous sommes confrontés dans les grandes universités d’État.
L’admission dans les départements de langues et littérature françaises d’étudiants qui ne viennent pas des lycées français mais qui veulent apprendre le français permet une meilleure connaissance de la culture française par un plus grand nombre de jeunes. Cela est clair mais nous sommes vigilants vis-à-vis des nouveaux profils estudiantins qui se dessinent selon les nouveaux besoins. Ainsi serait-il nécessaire de créer des plates-formes de discussion au niveau des universités publiques pour initier de futures trajectoires qui attireraient un plus grand nombre d’étudiants.
Tout à l’heure M. North a évoqué le projet des soutiens pour les publications et les traductions. Il est vrai qu’en Turquie les romans français n’attendent pas aussi longtemps que les ouvrages scientifiques. Je veux donner un exemple très précis : La Peste de Camus que j’ai traduit il y a quatre ans a atteint sa cinquième édition tandis que ma dernière traduction sur la littérature fantastique en France traîne depuis un an et demi chez l’éditeur. Le soutien accordé à des ouvrages scientifiques permettra l’accélération de la publication de ces oeuvres capitales pour les chercheurs. Il existe un autre point important au niveau des publications : dans les départements de littérature française, les thèses et les recherches sont rédigées généralement en français et pour les faire publier nous éprouvons de grandes difficultés. Or un grand nombre de ces recherches sont à un niveau scientifique considérable puisque nous travaillons en suivant de très près les travaux des centres scientifiques de France. Il serait souhaitable de créer également un appui pour la publication des recherches scientifiques.
Juvénal Ngorwanubusa
J’observe que les travaux de nombreux professeurs, et particulièrement ceux qui sont issus des universités des pays du Sud, restent trop peu connus des autres universitaires. Une aide à la publication permettrait une meilleure diffusion de ces travaux qui sont souvent d’une grande qualité.
Par ailleurs, je suis en accord parfait avec l’initiative relative au Livre Blanc sur la situation de la langue française et son devenir dans le monde. Vous avez remarqué qu’un grand nombre de données dont je ne remettrai pas en cause la fiabilité étaient disponibles. Je souhaite néanmoins que ces données soient analysées par des professeurs comme ceux qui sont présents aujourd’hui à ce forum. La participation de ces professeurs à un travail de validation de ces données ne ferait à mon sens que renforcer leur pertinence.
Albena Vassileva
Je ne vous présenterai pas la situation de la langue française en Bulgarie, pays que je représente aujourd’hui, mais je voudrais vous dire à quel point je suis particulièrement favorable à la création de réseaux à l’échelle régionale, ce que nous avons réalisé en Bulgarie, et je souhaite élargir cette coopération avec nos collègues de la région. L’ingénierie linguistique, pour laquelle nous avons développé un projet spécifique, n’est pas le seul domaine qui suscite notre intérêt. En effet, nos actions portent plus généralement sur le soutien des études francophones, ce depuis un an, et attirent réellement de nouveaux publics dans des domaines très divers : des mastères, l’étude des variétés linguistiques et des variétés culturelles ainsi que la communication interculturelle et professionnelle.Je ne saurais enfin trop vous inciter à prendre contact avec nous dans la perspective d’échanges fructueux.
Francis Wolf
Je suggère de soulever deux dernières questions avant de conclure définitivement nos travaux.Rafic ChikhaniPour ma part, j’émets le souhait que les ouvrages soient publiés dans deux langues différentes. En effet, cette méthode permettrait aux personnes qui ne maîtrisent pas la langue française d’en connaître au moins les contenus et de se familiariser progressivement, s’ils le souhaitent, avec la langue française.Ensuite, il me semble que la réticence à l’encontre des études françaises au sein du monde arabe a tendance à diminuer de manière importante. Je suggère que nous profitions de cette occasion pour asseoir des structures capables d’assurer l’avenir de la langue française.
Gianfranco Rubino
Les données statistiques contenues dans le Livre Blanc ne fournissent certes pas les explications des différents phénomènes. Il s’agit néanmoins d’une base de données importante, qu’il convient d’assortir de critères de regroupement pour en faciliter la lecture. Si vous collaborez avec certains membres de forums virtuels ou d’universités locales, nous essaierons par tous les moyens utiles d’effectuer des recherches efficaces.
Par exemple, l’Italie ne compte pas de département de français au sein de son réseau universitaire. Je dirige moi-même le seul département italien consacré exclusivement au français, mais le rôle de celui-ci concerne surtout la recherche et la simple organisation de l’enseignement. Les seules aides que nous pouvons fournir aux étudiants concernent l’organisation de leurs études. Il revient de facto aux services du secrétariat de recenser les étudiants qui effectuent un travail universitaire de haut niveau en langue française. Or ces données sont parfois difficiles à recueillir.
Solo Raharinjanahary
À mon sens, au regard de l’état des lieux qui peut être fait concernant l’utilisation de la langue française et les études françaises, la recherche et la formation doivent être soutenues dans les pays du Sud.
À ce titre, j’approuve la proposition concernant les publications bilingues. Il s’agirait donc de textes rédigés dans les langues de nos pays, puis traduits en langue française. Nous souhaitons par ailleurs des publications trilingues pour favoriser les variétés régionales.
De même, les recherches des formations doctorales pourraient être soutenues, notamment en contribuant à l’augmentation des capacités d’accueil de nos universités et en y affectant plus de professeurs.
Comme mon collègue burundais l’a souligné précédemment, de nombreux travaux de recherche effectués par des universitaires des pays du Sud demeurent méconnus parce qu’ils ne sont pas publiés dans les revues scientifiques. Mon opinion est qu’il pourrait être proposé de publier ces textes oubliés dans le cadre d’un numéro unique, ce qui favoriserait le soutien à une HDR au sein d’une université française.Enfin, eu égard à la disparition de certains systèmes diplômants, les formations bilingues comparatives devraient à mon sens être encouragées.
Francis Wolf
Je remercie l’ensemble des intervenants pour leur contribution.Je vous rappelle enfin que nous avons décidé de nous réunir prochainement pour aborder le thème des réseaux virtuels. Dans l’attente de ce nouveau rendez-vous, je vous souhaite un agréable retour dans vos pays respectifs.
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