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Les Études françaises et la coopération universitaire
Xavier North
directeur de la Coopération culturelle et du français
Ce propos va nous permettre de lancer le débat. Pour commencer, j’aimerais tenter de répondre aux deux questions qui viennent d’être posées.
La première concerne la place des Études françaises dans les politiques d’appui à la francophonie. Le deuxième thème est la distinction entre la coopération universitaire dans le domaine des études littéraires d’une part et les actions pédagogiques et linguistiques dans le domaine du français d’autre part.
1 La place des Études françaises dans les politiques d’appui à la francophonie
Sur le premier point, il me semble que la légitimité même des Études françaises est l’enjeu du débat. Si vous avez un doute sur la place qu’occupent les Études françaises dans nos préoccupations, il vous suffit d’écouter Dominique de Villepin pour dissiper toute ambiguïté. Vous n’êtes pas des interlocuteurs comme les autres, car vous avez le double privilège de nous connaître sans partager nos travers et d’appréhender notre culture tout en conservant la distance d’un regard étranger. Cette proximité distante vous permet de nous apprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes, notre histoire, nos curiosités et notre panthéon littéraire. Vous avez été les premiers à connaître nos écrivains et à nous extirper de l’ethnocentrisme dans lequel nous baignons trop souvent pour nous apprendre qu’il y avait d’autres écrivains francophones qui méritaient toute notre attention.
Par ailleurs, il y a peu de peuples qui aient mis la littérature au coeur même de leurs pratiques culturelles ou de leur organisation sociale. Dans quel autre pays consacre-t-on des émissions de télévision aux livres ? Je pense à « Bouillon de culture » ou « Apostrophe ». Où voit-on se multiplier les manifestations consacrées aux livres comme c’est le cas en France avec les festivals « Étonnants voyageurs », Brive-la-Gaillarde, Paris, Bordeaux, etc. Ce n’est sans doute pas un hasard si la plupart des hommes politiques entretiennent avec le livre et plus particulièrement le texte littéraire un rapport très fort au point d’en écrire eux-mêmes.
Vous avez donc doublement raison de chercher dans le texte littéraire français et dans la relation passionnelle que nous entretenons avec lui quelques traits distinctifs de notre identité nationale. Notre peuple est encore à la recherche de son identité, celle du passé comme celle que nous allons construire. Cette identité est présente dans la mélopée des poèmes, sur les tréteaux de nos dramaturges et dans les fictions de nos romanciers. Si le texte littéraire est dépositaire de l’essence même du message français, son étude permettra non seulement de comprendre la culture mais aussi les valeurs dont la civilisation française est porteuse. J’espère ainsi vous convaincre de la place privilégiée qu’occupent les Études françaises dans nos préoccupations. Cette place est très importante car vous touchez sans doute à ce qu’il y a de plus vif au sein de notre identité.
2 La distinction entre la coopération universitaire dans le domaine des études littéraires et les actions pédagogiques et linguistiques dans le domaine du français
Benedetta Craveri a dit qu’il fallait distinguer le soutien à la coopération universitaire et aux études françaises de l’appui que nous pouvions apporter à l’action linguistique et pédagogique. Je pense qu’elle a raison, c’est d’ailleurs l’une des leçons les plus fortes que nous pouvons tirer de ce séminaire. Les trois notions de langue, culture et littérature ne se recoupent pas, même s’il y a des zones d’intersection. Par exemple, on ne peut pas comprendre la culture française si l’on ne mesure pas la place qu’y occupe le texte littéraire.
Comment comprendre le texte littéraire si l’on ne connaît pas la langue française ? Il s’agit de trois cercles sécants, mais d’ampleurs différentes. En revanche, nous pouvons très bien apprendre la langue française sans approcher d’une quelconque manière notre littérature ni éprouver d’intérêt pour notre culture. C’est tout l’inconvénient de la logique des métiers. De la même manière, il faut pouvoir s’intéresser au texte littéraire comme le haut lieu où se dépose l’identité française sans pour autant avoir besoin de s’intéresser à l’ensemble de la culture française. D’ailleurs, de nombreux spécialistes de la France ne s’intéressent que secondairement au champ de la littérature proprement dite. Il faut donc bien distinguer les trois domaines et surtout veiller à ne pas mêler les politiques de soutien que nous menons.
Nous sentons percer au travers des diverses interventions une inquiétude sous-jacente sur l’avenir de la langue française dans le monde. Je pense notamment à une remarque de Tzvetan Todorov qui s’interrogeait sur le sens même des Études françaises. Pourquoi se consacrer aux Études françaises à une époque où la France n’est plus la grande puissance qu’elle était auparavant ? Je me demande si nous ne soutiendrions pas les Études françaises avec plus de rigueur si nous n’étions pas plus au clair sur la réalité du français dans le monde. Sur ce sujet, nous entendons des discours très divergents. Nous ne disposons d’aucune statistique sur laquelle nous fonder.
En Grande-Bretagne a été confiée à des chercheurs une étude sur l’avenir de l’anglais. Le British Council s’interroge sur le futur d’une langue très répandue dont il est le creuset historique, révélant une inquiétude naissante. L’anglais, cette forme d’espéranto moderne, est en train de se morceler en quelques dizaines de langues, même si nous ne le verrons sans doute pas de notre vivant. Des indications statistiques laissent à penser qu’en 2050, l’anglais ne sera plus la langue globale. Peut-être des variétés de l’anglais entreront-elles en concurrence les unes avec les autres. Toujours est-il que la période pendant laquelle l’anglais constitue la langue globale se restreindra sans doute au début du XXIe siècle.
Quelle est la place du français dans ces évolutions ? Je me demande si nous ne devrions pas interpeller les pouvoirs publics sur l’intérêt de rédiger un Livre Blanc sur l’avenir du français. Ce livre contiendrait des données statistiques fiables et vérifiables, des extrapolations et des sondages. Il constituerait un document de référence permettant d’éclaircir l’avenir. Si les Britanniques l’ont fait, je pense que nous pourrions également mettre en oeuvre un tel projet.
Je pense que nous devrions nous interroger sur la structuration des départements d’Études françaises à l’étranger. Certes, ils sont constitués en réseaux juxtaposés. Certains rassemblent les facultés de sciences et de lettres, d’autres des formateurs. Peut-être serait-il intéressant d’organiser lors de ce séminaire un forum qui se réunirait à intervalles réguliers pour faire le point sur l’évolution de cette discipline et sur l’appui qu’il convient de lui apporter pour le conforter.
Je vais donner la parole à Marc Cheymol pour qu’il nous dise quelques mots sur les réseaux tels qu’ils fonctionnent aujourd’hu
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