La France s'honore de posséder un autre très grand mythologue en la personne de Claude Lévi-Strauss. On connaît l'œuvre
de ce dernier: venu de la philosophie à la sociologie, il s'est intéressé aux structures symboliques, et est passé, pour les
envisager, à la mythologie. Les quatre tomes de ses Mythologiques (1964-1971) sont une des œuvres majeures du XXe siècle.
On s'est plu à rapprocher les deux savants l'un et l'autre sont «structuralistes» ou à les opposer. En effet, leur champ
d'étude et leurs méthodes les opposent totalement: Dumézil a travaillé sur des textes de sociétés anciennes, appartenant à la
même famille linguistique, son but étant de reconstituer une pensée commune à cette famille, le structuralisme étant pour lui
une méthode de travail; Lévi-Strauss travaille sur une littérature orale (les mythes recueillis, principalement aux XIXe et
XXe siècles, chez les peuples amérindiens), contemporaine, appartenant à une multiplicité de familles linguistiques, son but
étant de comprendre les modes de fonctionnement de l'esprit humain, et le structuralisme est pour lui une doctrine.
Paradoxalement, le philologue Dumézil a fait œuvre anthropologique, en étudiant la pensée et le système de valeurs d'un
groupe humain donné (les Indo-Européens), tandis que l'anthropologue Lévi-Strauss a fait œuvre philosophique, en
établissant des règles psychiques communes à toute l'humanité.
Pourtant, Dumézil et Lévi-Strauss ont éprouvé l'un pour l'autre une forte estime et se sont toujours soutenus: le premier a
aidé l'autre à entrer à l'École des hautes études puis au Collège de France, le second a accueilli le premier à l'Académie
française.
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Car, au-delà de l'intérêt commun pour les mythes, au-delà du structuralisme en fait beaucoup moins ambitieux chez
Dumézil que chez Lévi-Strauss, il y avait la reconnaissance d'un sérieux, d'une rigueur et d'une exhaustivité dans la
documentation qui garantissaient l'avancée de la recherche quelque différents qu'aient été les résultats.