L'étude des Ossètes traverse la vie de Dumézil, et est en un sens au point de départ de ce qu'il considérera comme la plus
grande découverte de sa vie 1. Si l'on peut dire qu'elle trouve précisément son apogée dans la magistrale étude de l'épopée
ossète que constitue la troisième partie du premier tome de Mythe et épopée 2, une somme publiée dix ans plus tard 1978 :
année de l'élection de Dumézil à l'Académie française , en partie réunion d'articles, propose, sous le titre Romans de
Scythie et d'alentour 3, une merveilleuse analyse de l'ancienne société et de la religion des Scythes à la lumière des
traditions de leurs descendants, les Ossètes.
L'analyse est donc une anamnèse: elle éclaire ce que nous savons sur les Scythes par le livre IV des Histoires
d'Hérodote, surtout, et par d'autres écrivains antiques, par l'archéologie, les décors de vases grâce à l'immense littérature
orale des Ossètes. Là surtout se vérifie la qualité de cette tradition: qu'il s'agisse du dieu de la guerre, de la déesse
«Chauffante et «Éclairante, de la «maladie de femme qui affectait les prêtres Enarées, selon Hérodote, et qui affecte le Narte
Xaemyc, dans la légende ossète, du thème des fils d'aveugle, de la neige de plumes ou d'ouate, des données sur les rituels
funéraires ou sur le chaudron du souverain, c'est non plus l'héritage indo-européen qui est mis le plus souvent en lumière,
mais bien, à l'intérieur d'une tradition culturelle spécifique, la longue continuité culturelle allant des Scythes à un petit peuple
du Caucase.
1. Voir fiches 5 et 6.
2. Voir fiche 9.
3. Romans de Scythie et d'alentour, Payot, coll. « Bibliothèque historique ».