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Georges Dumézil / Éclairs védiques sur Rome
 

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[...] il suffit d'appeler l'Inde à témoigner : les hymnes du Rig Veda ne décrivent pas de rites, mais donnent, en clair, les mythes.
(Georges Dumézil, Entretiens avec Didier Éribon)

En 1949, Dumézil est élu professeur au Collège de France où il crée une chaire de «civilisation indo-européenne», avec l'appui du linguiste Émile Benveniste (1902-1976) et de l'américaniste Claude Lévi-Strauss.

La méthode qui s'est révélée si fertile antérieurement continue d'être utilisée dans les années 1950: la culture de la Rome primitive présente bien des traits communs avec celle de l'Inde védique; mais autant l'Inde livre des explications détaillées sur ses rites et ses dieux, autant Rome est muette, et ignore souvent pourquoi elle accomplissait ses rites. La clef du travail de Dumézil consistera à expliciter les données romaines par les textes indiens.

Rituels indo-européens à Rome 1 (1954) montre comment certains vieux rituels, mal compris des Romains, et à leur suite des spécialistes de Rome, trouvent leur explication dans les Brâhmana. Ainsi, aux Fordicidia, les Romains sacrifiaient, le 13 avril, une vache pleine. À cela l'Inde védique offre un parallèle, avec le sacrifice de la «vache à huit pattes – c'est-à-dire, également, pleine. Et non seulement elle expose avec un bien plus grand luxe de détails comment s'opérait le sacrifice de vaches pleines, mais encore elle explique pourquoi il fallait que ces vaches le soient. Et c'est de la même façon qu'est éclairée l'opposition, à Rome, entre le temple rond de Vesta et les temples carrés des autres dieux – formes qui sont celles, en Inde, de deux des trois feux du sacrifice védique –, ou que le rituel romain d'october equus, cheval sacrifié en octobre, est rapproché du rituel indien ancien appelé achvamedha, bien mieux connu par les textes.

Déesses latines et mythes védiques 2 (1956) applique un traitement homologue à l'élucidation de quatre déesses latines, Mater Matuta, Angerona, Fortuna Primigenia, Lua Mater. Pour la première, par exemple, déesse de l'Aurore, comment s'explique qu'à l'occasion de sa fête, le 11 juin, les femmes mariées portent les bébés de leurs sœurs, et fassent entrer une esclave dans le temple de la déesse pour ensuite la chasser à coups de verges? En Inde védique, explique Dumézil, Nuit et Aurore sont sœurs, Nuit enfante le Jour, et Aurore en prend soin. Dès lors, aux Matralia, les femmes prennent l'enfant (le Jour) de leur sœur (la Nuit), mais lorsqu'il s'agit pour l'Aurore de chasser la Nuit, une esclave est chargée de jouer le rôle de celle-ci.

1. Rituels indo-européens à Rome, Klincksieck.
2. Déesses latines et mythes védiques, Bruxelles, Latomus.