
Dans les mythes et les littératures que j'étudie, ce qui m'a surtout frappé, c'est l'incroyable diversité des variantes —
proliférations et mutilations, transferts et inversions, décentrages, osmoses etc. — qui se forment sur ce que je simplifie en le
présentant comme un schéma commun. En fait, à partir de la découverte de 1938, Dumézil découvre
deux ordres de choses. D'une part, la multiplicité des organisations
trifonctionnelles, non seulement dans les mythes et les organisations
des dieux ou des hommes, mais en outre dans tous les ordres d'êtres,
d'objets, de phénomènes concevables. D'autre part, ce sont des
pans entiers de mythologie commune qui se décèlent, d'un bout
à l'autre du domaine indo-européen par exemple le mythe
des origines de Rome1 a un parallèle rigoureux dans le mythe
de la première guerre des dieux dans l'Edda: le conflit oppose
en effet un groupe de dieux, les Ases, parmi lesquels se trouvent Odhinn
et Thórr, et un autre groupe, les Vanes, qui est composé avant
tout de Freyr, de Njördhr, de Freya, c'est-à-dire des dieux de la fécondité:
comme à Rome, un mythe de fondation (de la société divine,
ici) oppose les deux premières fonctions à la troisième. Ce sont les mêmes « lieux géométriques » que j'étudie. Simplement ils font des petits. Si vous voulez on commence par avoir une vue globale et confuse. Et en précisant tel ou tel point, on en voit d'autres, jusqu'alors obscurs, s'éclairer. Et d'autres problèmes surgissent. (Georges Dumézil, Entretiens avec Didier Éribon) 1. Voir fiche 9. | ||||
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