C'est la découverte que Rome présentait une théologie et un sacerdoce aux parentés indiennes et iraniennes (Dumézil
comparait le nom même des flamines à celui des brahmanes, les représentants de la première caste en Inde) qui amène le
savant à se pencher sur ses traditions. Il va dès lors de découverte en découverte.
La première est que la tripartition fonctionnelle structure certains mythes. D'abord, le plus important, celui de la fondation
de la ville. C'est l'œuvre de Romulus, fils du dieu Mars. Une guerre éclate peu après avec les voisins, les riches Sabins, à la
suite de l'enlèvement de leurs filles. Jupiter sauve les Romains. La guerre se termine par une alliance; le chef sabin Titus
Tatius vient à Rome et y apporte ses dieux qui tous ont à voir avec la fécondité. Ainsi, Romulus a de son côté des dieux de
première (Jupiter) et de deuxième (Mars) fonctions, les Sabins ceux de la troisième.
C'est ensuite la dynastie des rois de Rome qui apparaît organisée par un héritage conceptuel indo-européen. Dumézil, en
même temps que les trois fonctions, découvrait une partition de la sphère de la souveraineté en deux aspects, nommés
(d'après les données indiennes védiques) le versant Varuna et le versant Mitra 1. Il constate alors que, parmi les rois de Rome
antérieurs aux rois étrusques, le premier, Romulus, se distingue du deuxième, Numa Pompilius, comme Varuna de Mitra; le
troisième, Tullus Hostilius, passe son règne entier en guerres; le quatrième, Ancus Martius, enrichit la ville, fonde un port,
gère sa cité économiquement. Ainsi, les premiers rois de Rome illustrent successivement les trois fonctions, la première étant
distinguée en ses deux aspects (Romulus pour l'aspect Varuna et Numa Pompilius pour l'aspect Mitra).
Et les parallélismes mythiques, que le XIXe siècle avait vainement cherchés, se multiplient: les talismans du roi Numa ont
leurs équivalents chez les Celtes, les Scythes, dans l'Iran ancien; ce qui est raconté du deuxième roi étrusque, Servius Tullius,
trouve ses parallèles dans l'Inde ancienne, tant dans le motif du cens que dans celui de la vache d'abondance; le héros
Horatius Cocles se livre, avec ses yeux ou encore son unique œil 2, aux mêmes grimaces que l'Irlandais Cúchulainn ou
le Scandinave Egill…
1. Voir fiche 14.
2. Voir fiche 15.