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Georges Dumézil / Les études indo-européennes
 

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La famille linguistique indo-européenne a été reconnue à partir du XVIIe siècle, lorsqu'on remarqua que certaines langues d'Europe et d'Asie présentaient des ressemblances dans le vocabulaire – ainsi les noms de nombres, ou ceux de la parenté.

Au début du XIXe siècle, Bopp et le Danois Rasmus Khristian Rask précisent les choses en étudiant systématiquement ces langues. Ils s'aperçoivent alors que celles-ci – à savoir le latin, le grec, les langues germaniques, celtiques, baltes, slaves, iraniennes et indiennes – présentent non seulement des ressemblances de vocabulaire – dont le nombre croît considérablement dès qu'on dispose de textes et de dictionnaires –, mais surtout des ressemblances grammaticales, qui peuvent encore moins que le vocabulaire s'expliquer par le hasard ou l'emprunt d'une langue à l'autre.

Ainsi est définie cette famille: l'apparentement de ces langues ne peut s'expliquer que si elles proviennent toutes d'une langue commune, préhistorique, disparue. On qualifie bientôt cette famille d'«indo-européenne», et l'«indo-européen la langue disparue dont les autres sont issues.

Au milieu du XIXe siècle se fait jour l'idée que si une langue, ancêtre des langues historiques, a existé, les hommes qui la parlaient disposaient d'une civilisation, d'une religion. On tente alors de les reconstituer, par comparaison des mythes et des rites des différents peuples de langue indo-européenne.

Mais, après un grand enthousiasme, il fallut en rabattre: à une exception près, aucun nom de dieu ou de héros ne paraissait commun aux diverses langues indo-européennes, les rites, les prêtres, avaient des noms différents; quant aux rites et aux mythes qu'on avait étudiés (telle l'origine du feu), ils se retrouvaient ailleurs, et n'avaient donc rien de spécifiquement indo- européen.

L'explication indo-européenne du monde n'est qu'un des rêves de l'humanité, et elle n'est pas, quant à son contenu, un rêve privilégié. Mais elle l'est, quant aux conditions de l'observation […] : dans aucun autre cas, on n'a l'occasion de suivre parfois pendant des millénaires, les aventures d'une même idéologie dans huit ou dix ensembles humains qui l'ont conservée après leur complète séparation. Le tableau que constituent ces créations quand on les rapproche témoigne avant tout de la fertilité de l'esprit humain […].
(Georges Dumézil, Mythe et épopée I)