
Louis-René des Forêts écrivant. D.R.
Si Les Mendiants reçoit un accueil favorable de la presse, Le Bavard est presque ignoré. La radicalité de cette mise à nu de la littérature répond mal au climat existentialiste. Bataille l'admire et Blanchot en rendra admirablement compte dans « La parole vaine », en 1963. L'uvre de des Forêts fait son chemin souterrainement, à l'écart des écoles, encore intimidante par son exigence. La Chambre des enfants reçoit en 1960 le prix des critiques et Tel Quel publie un entretien de l'auteur. Nouveau silence pour Les Mégères de la mer, poème très éloigné de l'écriture blanche, alors en faveur. Connue et estimée de ses pairs (Michel Leiris, Raymond Queneau, Maurice Blanchot, Philippe Jaccottet, Yves Bonnefoy, etc.), l'uvre conquiert aussi secrètement de plus jeunes auteurs, comme Pascal Quignard, Richard Millet, Gérard Macé, ou Jean-Benoît Puech, qui voient en des Forêts un de leurs maîtres. Il faut attendre la republication des récits dans la collection « L'Imaginaire » (Gallimard) pour que, dans les années 80, la critique universitaire s'y intéresse : Serge Canadas dans Critique, ou Dominique Rabaté dans Poétique. Puech et Rabaté organisent, en 1989, le premier colloque à Paris, qui débouche sur le Cahier du temps qu'il fait. L'uvre émerge, dans les années 90, comme l'une des plus originales de la littérature actuelle : le livre de Rabaté chez Corti en prend la mesure ; l'étude de Bonnefoy en signale la valeur capitale, comme les deux livres de Jean Roudaut. En 1997, lorsque Ostinato paraît, il est unanimement salué comme un événement - et les ventes prouvent qu'un large public reconnaît enfin la singularité d'une voix essentielle. ![]() Avec Yves Bonnefoy en Nouvelle-Angleterre. D.R. | ||||
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