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Louis-René des Forêts / A la recherche de l'unité perdue
 

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Le silence

Pourquoi interpeller qui ne peut plus entendre et n'a plus de voix pour répondre, pourquoi défier très naïvement l'énorme silence des morts que nul vivant n'a jamais eu la force de rompre ?

(Ostinato, p.150)

Le silence est au deux bouts de la chaîne de l'existence. Primordial et mythique, il est l'avant-langage. Mais il est aussi le royaume de la mort, l'immense engloutissement de la parole, silence-gouffre où pourtant le père endeuillé voudrait à son tour s'abîmer pour rejoindre sa fille.

Entre les deux, l'être parlant se voue à un dilemme cruel. Parlant, il trahit par besoin des autres tout rapport immédiat avec lui-même. Se taisant, il s'enferme dans l'orgueil vide. Dans les deux cas, il abjure un impossible « vœu de silence ». Pascal Quignard a été sensible à ce paradoxe fondateur. Entre l'écrivain à « la mémoire démentielle » et le frère de Louise, La Chambre des enfants ne propose aucune solution. Une contradiction insoluble habite toute l'œuvre ; une double postulation (s'abandonner au langage, refuser sa médiation trompeuse) écartèle les héros de des Forêts. C'est au Bavard qu'il revient d'aller le plus loin dans cette aporie, comme si, en ruinant le langage comme outil de communication, en le réduisant au « bavardage », on pouvait parvenir à le transformer en chant.

Parler, se taire : l'échec du Bavard vient peut-être de ce que, justement, il continue de parler. Parler et se taire, en même temps, et si c'était précisément cela : écrire ?