
Vertiges
La Chambre des enfants tente de fixer le vertige des voix. Mutisme du soldat noir américain ; miracle du don qui fait de Molieri un être double : chanteur sans égal, petit homme médiocre ; jeu des enfants mimant la règle des maîtres ; recherche anxieuse du passé par « une mémoire démentielle » et jeux de miroirs entre le jeune écrivain et sa cousine qu'il espionne : telles sont les étapes d'une même quête. Se saisir de ce qui nous échappe, s'entendre avec l'oreille de l'autre, attirer hors du silence celui qui se refuse à l'échange sont les figures principales de dispositifs pervers ou piégés, tendus pour capturer l'insaisissable.
Chaque récit décline l'impossibilité de s'identifier avec le « je ». Les enfants imitent les voix d'autrui ; Molieri incarne Don Juan parce qu'il est vide. Chacun cherche dans le miroir que lui tend son semblable à discerner des traits qui se brouillent. La délirante reconstitution du passé, dans le quatrième récit, montre bien que « le seul enfant que sa mémoire ne saurait lui restituer, faute de l'avoir vu » manque. Son absence condamne l'écrivain à la fabulation, à perdre l'enfant qu'il a été. Chaque récit fait de cette enquête, relancée par le désir de se voir enfin, un drame. Nulle abstraction mais l'inquiétude que l'incarnation ne suffise jamais à fonder l'être. Et le lecteur ne peut échapper au questionnement, qui l'attire à son tour. Voici la fin du livre :
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