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René Descartes / Descartes et la princesse Élisabeth
 

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a rencontre de la jeune princesse Élisabeth constitue sans doute l'un des événements philosophiques et personnels majeurs de la vie de Descartes. En exil en Hollande depuis la destitution de son père, le roi Frédéric de Bohême, Élisabeth, passionnée par les sciences et esprit d'une curiosité universelle, fait en 1642 la connaissance de Descartes à La Haye où elle réside avec sa famille et échange avec le philosophe, jusqu'à sa mort, une correspondance qui ne contient pas seulement les plus belles lettres de Descartes, mais au cours de laquelle Descartes approfondit certains points essentiels de sa philosophie et même donne à celle-ci un horizon qu'il n'eût peut-être pas découvert s'il n'avait pas eu cette occasion de confier ses pensées, au fur et à mesure qu'il les élabore, à quelqu'un dont il est certain qu'il les comprendra.

Les principaux points de cette correspondance qui égale en profondeur et en richesse les grandes oeuvres publiées de Descartes sont les problèmes relatifs à l'union de l'âme et du corps (mai et juin 1643) et, dans les grandes lettres des années 1645 et 1646, les problèmes de morale. L'une des grandes questions qu'Élisabeth ne cesse de poser à son ami philosophe, comme si elle s'adressait à un directeur de conscience, est de savoir comment l'âme - à la fois l'entendement et la volonté - peut par sa propre force surmonter les désagréments, les vicissitudes, les disgrâces de la fortune ? A la manière de Sénèque ou d'Epicure, dans les limites de la seule philosophie, et presque sans s'appuyer sur les enseignements de la religion, Descartes tente de déduire des vérités mises au jour dans sa métaphysique les raisons qui montrent la supériorité de la vertu et du contentement que son exercice procure à l'âme sur les biens extérieurs : honneurs, richesses, pouvoirs...

Dans la ligne de ces réflexions, Descartes est amené à donner son opinion sur les livres dont lui parle la princesse, ceux de Sénèque et Le Prince de Machiavel. En ces occasions, il aborde le champ de la politique, et tente d'apporter une solution raisonnée au problème des relations avec autrui, notamment au conflit entre les motifs qui nous poussent au dévouement et ceux qui nous recommandent, ou semblent nous recommander, plutôt l'égoïsme.

Sur tous ces points, n'attendons pas que Descartes ait trouvé des réponses définitives et encore moins inédites. Mais il est rare que des questions aussi rebattues aient été repensées et formulées avec autant de clarté et d'intelligence.