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René Descartes / Le morceau de cire
 

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es Méditations métaphysiques, le chef d'oeuvre de Descartes, rompent avec la facture habituelle des ouvrages de philosophie qui sont, pour la plupart (surtout à l'époque de la scolastique dont le long règne s'achève alors), des traités systématiques enchaînant questions et réponses, alourdis d'innombrables références aux commentateurs antérieurs. Dans ces six méditations, Descartes ne cite ni ne mentionne personne, il ne s'appuie sur aucune autorité (pas même celle des vérités logiques), il chemine seul, pas à pas, relatant son expérience comme s'il la formulait à haute voix au fur et à mesure qu'elle se déroule. Ce tête-à-tête que Descartes a avec lui-même s'apparente à ce que Platon appelle le dialogue intérieur de l'âme avec elle-même.

Un exemple de cet entretien solitaire ou de conversation à une voix est donné par la célèbre analyse dite du morceau de cire où Descartes, revenant sur le cogito et s'avouant à lui-même qu'il n'est pas convaincu que cette vérité soit bien plus certaine que celle de l'expérience sensible, fait varier en pensée l'aspect d'un morceau de cire de telle sorte que toutes les propriétés que l'on y recense soient changées les unes après les autres. Pourquoi, se demande-t-il alors, dit-on que la même cire demeure alors qu'aucune des propriétés perçues n'est restée la même ? Il en conclut - revenant par là à l'évidence du cogito renforcée par cette contre-épreuve - que ce ne sont ni par les sens ni par l'imagination que les choses sont connues, mais par une « inspection de l'esprit ».

L'empiriste qui était remonté au créneau est une nouvelle fois repoussé...

« (...) d'où je voudrais presque conclure, que l'on connaît la cire par la vision des yeux et non par la seule inspection de l'esprit, si par hasard je ne regardais d'une fenêtre des hommes qui passent dans la rue, à la vue desquels je ne manque pas de dire que je vois des hommes, tout de même que je dis que je vois de la cire ; et cependant que vois-je de cette fenêtre, sinon des chapeaux et des manteaux, qui peuvent couvrir des spectres ou des hommes feints qui ne se remuent que par ressorts ? Mais je juge que ce sont de vrais hommes, et ainsi je comprends, par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit, ce que je croyais voir de mes yeux. » Deuxième méditation