Labsence de grands mouvements structurés ne doit pas non plus faire
oublier le rôle que peuvent jouer, dans la création et la diffusion,
les regroupements de poètes autour de certains pôles dattraction:
revues ou collections déditeurs. Les affinités, lamitié,
les services échangés, le carnet dadresses jouent un grand
rôle dans ce type dorganisation, plus sociologique quidéologique.

Les revues
Il y a dabord trois revues auxquelles nous avons - en raison de leur rôle
essentiel - réservé trois panneaux: La NRF,
Action poétique et Po&sie.
La NRF. Née en 1909, cest
la revue des éditions Gallimard. Elle a été dirigée
successivement par Jacques Rivière, Jean Paulhan, Georges Lambrichs,
Jacques Réda et, aujourdhui, Michel Braudeau. Cest la plus
prestigieuse des revues de littérature générale. Attentive
à la création contemporaine, sans exclusive ni complaisance, elle
a toujours marqué une forte attention à la création poétique.
Adresse: La NRF, 5, rue Sébastien-Bottin,
75007 Paris.
Action poétique. Créée en 1950, dirigée à
lheure actuelle par le poète Henri Deluy. Elle a dès labord
été marquée par un fort engagement dans le progressisme
littéraire et politique. Elle est aujourdhui ouverte à toutes
les expérimentations, sans dogmatisme. Elle compte dans son comité
de rédaction de nombreux poètes (Claude Adelen, Olivier Cadiot,
Marie Étienne, Joseph Guglielmi, Emmanuel Hocquard, Gil Jouanard, Alain
Lance, Lionel Ray, Maurice Régnaut, Jacques Roubaud, Bernard Vargaftig...)
Adresse: Action poétique, 3, rue Pierre-Guignois,
94200 Ivry-sur-Seine.
Po&sie. Fondée en 1977 par Michel Deguy (qui en est le directeur),
elle réussit la gageure dêtre à la fois une publication
à forte identité et un vrai carrefour des créations françaises
et étrangères. Revue de création, de traduction et de théorie,
elle sest imposée comme lun des lieux majeurs où se
publient de vrais débats et de grands poèmes. Dans son comité
de rédaction on croise, entre autres, Claire Malroux, Xavier Bordes,
Michel Chaillou, Olivier Appert, Robert Davreu, Alain Duault, Robert Marteau,
Laurent Jenny, Jean-Paul I. Amunategui, Bruno Grégoire, Hédi Kaddour,
Claude Mouchard, Pierre Oster, Jean-Yves Pouilloux, Antoine Raybaud, Jacques
Roubaud et Dumitru Tsepeneag.
Æncrages & Co. Fondée par Roland Chopard en 1978. Elle
est liée aux éditions qui portent le même nom. On retrouve
dans ses sommaires des textes de Bernard Vargaftig, Jean-Baptiste Para, Olivier
Appert, Bernard Noël.
Adresse: Æncrages & Co., Prés
de la Scierie, 88400 Xonrupt-Longemer.
Argile. Aujourdhui disparue, cette revue avait été
fondée en 1973, un peu pour prendre la succession de LÉphémère
aux éditions Maeght. Son directeur était le poète Claude
Esteban. Elle contribua à diffuser beaucoup de traductions de lespagnol,
du russe et de lallemand, ainsi que les textes de Bonnefoy, Du Bouchet,
Jaccottet, Thomas...
Change. Aujourdhui disparue, cette revue (fondée à
la suite des événements de mai 1968 par Jean-Pierre Faye, Jacques
Roubaud et Maurice Roche) avait pour propos de «démonter les formes
pour les changer».
Europe. Fondée en 1923 par Romain Rolland, aujourdhui dirigée
par Jean-Baptiste Para, cest une revue de littérature générale
qui comporte un cahier de création ouvert aux poètes. Elle a été
de toutes les grandes batailles de la liberté, en politique comme en
littérature. On trouve dans son comité de rédaction les
noms de Jean Metellus, Gérard Noiret, Marc Petit, Bernard Chambaz, Charles
Dobzynski, Lionel Ray, Bernard Vargaftig...
Adresse: Europe, 64, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris.
Inhui. Fondée en 1977, cette revue est profondément
ancrée dans le sol picard, au nord de la France. Elle sait cependant
dépasser les clivages régionaux et souvrir à la création
contemporaine française et étrangère. Elle est dirigée
par luniversitaire Jacques Darras.
Java. Fondée en 1989 par Jean-Michel Espitallier, qui la dirige,
elle a conservé une certaine vocation pour ce qui sappela, pendant
les années quatre-vingt, «la modernité».
Adresse: Java, 116, avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris.
LÉphémère. Aujourdhui disparue, cette
revue avait été fondée en 1966 par Yves Bonnefoy, André
Du Bouchet, Louis-René des Forêts et Gaëtan Picon. Le grand
poète germanophone Paul Celan fit également partie de sa direction.
La Délirante. Cette revue, dirigée par Fouad El-Etr, a
été fondée en 1967. Ouverte sur la création contemporaine
française et étrangère, elle a su maintenir une tradition
de qualité.
La Revue des belles lettres. Cette revue genevoise fondée en 1836
sest fait une place importante dans le domaine de la création poétique
contemporaine. Beaucoup de poètes tiennent à figurer à
son sommaire.
Adresse: La Revue des belles lettres,
CP 456, 1211 Genève 4.
Le Mâchelaurier. Cette revue récente a été
fondée en 1994 par François Boddaert, entouré par un groupe
de poètes dont Christian Doumet et Gilles Ortlieb. Elle poursuit aujourdhui
une entreprise de découverte des uvres nouvelles.
Adresse: Le Mâchelaurier, 11, rue Beaurepaire,
89100 Sens.
Le Nouveau Commerce. Aujourdhui disparue, cette revue fut fondée
en 1963 sous le patronage de Jean Paulhan. Elle fut dirigée par André
Dalmas, puis par Marcelle Fonfreide. Ce fut essentiellement une revue de découverte,
qui se trompa rarement. À son sommaire on vit passer, entre autres, Michel
Deguy, Aïgui, James Sacré, Claude Mouchard...
Nioques. Fondée en 1989 par Jean-Marie Gleize. Cest lune
des rares revues qui assume aujourdhui la tradition de lavant-gardisme
en poésie. Elle est attentive à tout ce qui peut se présenter
- avec des fortunes diverses - comme une écriture de rupture.
Adresse: Nioques, éditions Al Dante,
27, rue de Paris 93230 Romainville.
Poésie 2001. Cette revue fut fondée en 1984 par Pierre
Seghers et dirigée par lui, puis par Colette Seghers et Pierre Dubrunquez.
Le titre porte le millésime de lannée en cours. Cest
une revue de présentation générale de la création
contemporaine.
Adresse: Poésie 2001, Maison de la Poésie,
161, rue Saint-Martin, 75003 Paris.
Polyphonies. Créée en 1985 et dirigée par Pascal
Culerrier. Cette revue a su se faire en quelques années une place honorable
dans le monde de la création poétique. Elle publie aussi des articles
danalyse.
Le Nouveau Recueil. Dirigée par Jean-Michel Maulpoix, cest
une revue de littérature générale. Avec un penchant au
lyrisme, ne craignant pas lémotion, elle reste ouverte à
beaucoup dexpériences. On y retrouve les signatures de Benoît
Conort, Olivier Barbarant, Jean-Claude Pinson.
Adresse: Le Nouveau Recueil, Éditions
Champ Vallon, 01420 Seyssel.
Théodore Balmoral. Fondée en 1985, cette revue
a su se faire une place reconnue dans la création contemporaine.
Adresse: Théodore Balmoral , 5, rue
Neuve-Tudelle, 45100 Orléans.
TXT. Aujourdhui disparue, cette revue fut créée en
1969 par Christian Prigent et Jean-Luc Steinmetz. Pendant vingt ans, elle tenta
de rester en permanence sur des positions davant-garde. Elle vécut
des crises successives et publia (entre autres) des textes de Prigent, Valère
Novarina et Jean-Pierre Verheggen.

Les éditeurs
Beaucoup de «grands» éditeurs se sont désengagés
de la poésie dans le dernier quart du siècle. Activité
à long terme, dont la rentabilité est rarement immédiate,
la poésie intéresse de moins en moins les groupes dédition
désormais guidés par de strictes préoccupations de rentabilité
annuelle. On ne peut que saluer ici les efforts que continuent à fournir
certaines maisons importantes, comme Flammarion et surtout Gallimard.
À côté de ces maisons aux
collections importantes, voici un rapide panorama (non exhaustif) des éditeurs
qui continuent à se consacrer totalement ou partiellement à la
poésie.
- André Dimanche: 10, cours Jean-Ballard, 13001 Marseille
- Arfuyen: 35, rue Le Marois, 75016 Paris
- Atelier La Feugraie: 14770 Saint-Pierre-la-Vieille
- Belin: 8, rue Férou, 75278 Paris cedex 06
- Champ Vallon: 3, rue Gérin, 01420 Seyssel
- Cheyne: 43400 Chambon-sur-Lignon
- Compact: 157, Carré Curial, 73000 Chambéry
- Dumerchez: BP 356, 60312 Creil cedex
- Fata Morgana: Fontfroide-le-Haut, 34980 Saint-Clément-de-Rivière
- Flammarion: 26, rue Racine, 75278 Paris cedex 06
- Fourbis: 29, rue Chalmel, 37000 Tours
- Gallimard: 5, rue Sébastien Bottin, 75007 Paris
- José Corti: 11, rue de Médicis, 75006 Paris
- La Différence: 47, rue de la Vilette, 75019 Paris
- Le Cherche Midi éditeur: 23, rue du Cherche Midi, 75006
Paris
- Le Collet de buffle: 19, rue Fontaine, 75009 Paris
- Le Bleu du ciel: 61, rue Judaique, 33 000 Bordeaux
- Le Dé bleu: Chaillé-sous-les-Ormeaux, 85310 Saint-Florent-des-bois
- Le Temps des cerises: 6, av. Édouard-Vaillant, 93500 Pantin
- Le Temps quil fait: 31, rue de Segonzac, 16100 Cognac
- Mercure de France: 26, rue de Condé, 75006 Paris
- Obsidiane: 11, rue de Beaurepaire, 89100 Sens
- Pierre Fanlac: 12, rue du Professeur-Peyrot, BP 2043, 24002 Périgueux
- P.O.L.: 33, rue Saint-André-des-Arts, 75006 Paris
- Rougerie: Mortemart, 87330 Mézières-sur-Issoire
- Seghers: 24, av. Marceau, 75008 Paris
- Thierry Bouchard: 33, quai de la Hutte, 21170 Saint-Jean-de-Losne
- Unes: BP 205, 83006 Draguignan cedex
- Ulysse Fin de Siècle: Éditions Virgile, 3, rue Colonel
Clere,21121 Fontaine-lès-Dijon
- Verdier: Rieux-en-Val, 11220 Lagrasse
- William Blake and Co.: BP 4, 33037 Bordeaux cedex
Il convient dajouter à cela le rôle
joué par quelques périodiques:
Le Monde
essaie de suivre le mouvement de création dans son ensemble.
Libération
est plus soucieux des modes et des polémiques. La poésie ny
apparaît que rarement.
LHumanité
maintient une rubrique régulière de poésie, ainsi que
Le Figaro littéraire.
Les grands magazines littéraires comme
La Quinzaine,
Le Magazine littéraire,
Lire
(auxquels on peut ajouter le sympathique
Matricule des anges)
publient parfois des articles sur la poésie.
À la télévision, la poésie
noccupe quune place infime, même sur les chaînes de
service public. On la célèbre lors du décès dun
poète ou à loccasion de festivités obligées
comme le Printemps des poètes (série de manifestations réparties
sur une semaine et lancées en 1999 à linitiative de Jack
Lang).
La situation est à peu près aussi
sinistre à la radio, à lexception notable de France Culture,
où André Velter, Jean-Baptiste Para, Alain Veinstein, Mathieu
Bénézet et Jean Daive maintiennent, chacun à sa façon,
une tradition daccompagnement de la création.
Faut-il se lamenter de cet état de fait?
De cette absence du poétique dans le médiatique? Certains poètes
aimeraient avoir tout ensemble la gloire de Mallarmé et les honneurs
du «20 h» à la télévision. Cela semble assez
contradictoire.
Si les médias sont indifférents,
la République est plutôt bonne fille pour les poètes. Aujourdhui,
le mécénat dÉtat est, en France, la forme la plus
répandue daide à la création. Le Centre national
du livre (CNL) se trouve au centre de tout un système complexe daide
aux auteurs et à lédition. Il dispose dune cagnotte
financée par une taxe prélevée sur chaque photocopieur
vendu dans le pays.
Une commission «poésie» (parallèlement
à celles prévues pour le théâtre, le roman, etc.)
examine les demandes de subvention. Elle est composée dune douzaine
dauteurs et déditeurs qui siègent pour une durée
de trois ans. Elle distribue soit des aides à lédition pour
tel ou tel projet de livre (cela va de 10000 à 20000 F en moyenne), soit
des bourses directement versées aux poètes (entre 50000 F pour
une bourse dencouragement et 160000 F pour une année sabbatique).
En province, les centres régionaux du livre
sorganisent de façon identique pour aider lédition
locale. Le réseau fonctionne bien: en 2000, un jeune poète a beaucoup
plus de chances de se faire publier quil y a une cinquantaine dannées.
Les écrivains et artistes peuvent également
sappuyer sur le système dit des résidences: les conseils
régionaux ou départementaux, les municipalités mettent
à la disposition des créateurs un appartement et une bourse, à
charge pour les lauréats de produire une uvre en relation avec
le lieu qui les aura aidés à vivre et à produire.
Dautres institutions favorisent les activités liées à
la littérature. La Maison des écrivains a mis au point deux programmes:
«Poètes dans la classe» et «Lami littéraire».
Co-financés par lÉducation nationale et le ministère
de la Culture, ces programmes permettent à des poètes danimer
des ateliers de création poétique en milieu scolaire.
De même, la RATP (lentreprise nationale
qui gère le métro et les bus de la région parisienne) publie
régulièrement sur grandes affiches des poèmes contemporains.
La Mairie de Paris a installé et subventionne au Théâtre
Molière (157, rue Saint-Martin, 3e arr.) une Maison de la poésie
qui multiplie les spectacles et les lectures, et qui est dirigée par
Michel Demeaulne.
Le Conseil général du Val-de-Marne,
quant à lui, finance une Biennale des poètes qui, tous les deux
ans, organise des lectures de poésie française et étrangère
(en prenant en charge voyages et frais de séjour des écrivains).
Enfin, le ministère des Affaires étrangères
offre aux poètes de nombreuses missions qui contribuent au rayonnement
de la création française dans le monde et accorde aux éditeurs
étrangers des aides pour publier en leur langue des livres dauteurs
français.
Face à ces efforts du secteur public, le
mécénat privé ne joue quun rôle réduit
(les gros bailleurs de fonds préfèrent aider la musique classique).
Il consiste essentiellement dans le risque que certains éditeurs acceptent
de courir en éditant la poésie, domaine à faible tirage
et rarement bénéficiaire. Certains éditeurs, et cest
à leur honneur, prennent aussi en charge la totalité ou une grosse
partie des frais de fonctionnement dune revue.
Au plan international, les séjours quoffrent
aux poètes les universités américaines et canadiennes représentent
également une source non négligeable de revenus.