Disparition du surréalisme, fin des engagements: cela ne veut cependant
pas dire que toute forme de groupement ait disparu. Pour les dernières
décennies, la critique a coutume de distinguer une grande opposition
entre les tenants dune poésie-texte et ceux dune poésie-chant.
La poésie-texte ou la page contre la parole
«Parce que. OUI.
Chanté.
Sans son.
Il flotte. Noir.»
Cette citation de Jean Daive peut tenir lieu demblème
à tout ce qui a tenté de saffirmer comme revendication de
lécriture contre les traditions de la parole: laconisme, ellipse,
énigme, jeux de typographie. À aucun moment la phrase ne se voit
accorder lespace nécessaire au moindre envol. Travail expérimental,
logique dépuration, la poésie se porte demblée
à ses propres limites, le texte accepte doffice les risques de
lillisibilité. À cela peut sajouter dans dautres
uvres une montée en puissance du blanc typographique comme matérialisation
de léclatement du poème, du sujet et du réel.
Anne-Marie Albiach, une poétesse de la même génération:
«la tension prend
figure graphique
dans limpossible du corps
à lAutre»
Lun de ses commentateurs, Henri Deluy, écrit à ce propos:
«La fonction du travail dAnne-Marie Albiach est de mettre à
bas la parole dun réel de pacotille pour le réel porteur
de la langue dans son mal...» Cela sest aussi appelé, dans
une formule évocatrice, «lécriture blanche».
Dans son entreprise de mise à mal de la parole, cette écriture
peut aller jusquà se mettre en cause elle-même et trouver
son achèvement non plus dans les mots mais dans le silence.
La poésie en vient à sétrangler, comme peut le noter
un troisième représentant de cette tendance,
Claude Royet-Journoud :
«un nud enserre le dehors
dautres viennent mourir sur la table
le silence est une forme»
Jean-Marie Gleize:
«Vous inventez la littérature. Vent froid. Lidée quil
descend, coupe. Tout est lavé là-dedans. Passé
avec eau sale et sable dans la boule de fer. Main-
tenant, les phrases agissent. Intérieurement bat-
tues. Depuis que.
Accélérations, déplacements libres, incalculables.
Non, pas de chants (jardins, psaumes). Sous roche.»
Chez Anne Portugal, le propos peut se teinter de fantaisie:
«le pli sur le pantalon cest rue
des Morillons
quon retarde lenregistrement
je fais comme
Blaise sous les tropiques
ce décor simple et bien composé me rappelle
une chose
le nom
du complet-veston»
Christian Prigent, la volonté de déconstruction joue dune
profusion à en perdre le souffle. Lauteur recherche la masse critique
à partir de laquelle le langage se déstabilise et sautodétruit:
«(...) elle sest prise damour pour les plantes vertes, la
voilà accro, dépendante, dopée, elle dépense ses
sous, ceux qui sont à nous, pour des ficus et des cactus, des sumacs
suspects, des yuccas coquins, des caoutchoucs cochons quon importa, ça
aggrave son cas, de pseudo-démocraties dAmérindies, doccidentales
capitales du capital le plus glacial, des langues de belle-mère comme
on en voit sur les étagères dans les garçonnières
de la jeunesse dorée de la bourgeoisie pourrie des affaires de la banque
de limpérialisme US et des deux cents familles [...]»
Olivier Cadiot aboutit lui aussi à une figure de silence et de
signe réduit à sa simple marque phonétique:
«Le bois ne peut flotter
Ce projet ne peut vivre
Ces insectes peuvent nuire
Cette idée ne peut pas compatir
avec la mienne»
Je veux que ce soit silence
«[kraw]
[kraw]»
Il faudrait ajouter à ces noms celui de Jacques Dupin,
qui depuis Gravir en 1963 jusquà Grésil
en 1996 na cessé de déconstruire la parole poétique
dans laridité et lascèse:
«Je suis sans identité
comme, coupant, par les bois
le pas dun autre,
toujours
un autre, à la fin
par les bois»
Jean-Claude Renard semble venir dun autre âge. On y trouve
parfois des éléments de recherche formelle mais lensemble
reste marqué par une volonté de sagesse. Euphonie à tout
prix recherchée de lexpression et spiritualisme affirmé
sont les traits de cette poésie qui se veut encore incantation du monde,
dans la tradition dun Sully Prudhomme et dun François Coppée:
«Tout le poumon cosmique dilaté
dans la respiration de la gloire.
Ô que les vieilles vases de la mort
tombent de mes os sous le vent marin
La laine de Dieu a le goût des feuilles
et des fontaines - et la vigne y pousse.»
Claude Vigée :
«Celui qua terrassé la violence
Nest-il pas retranché pour toujours de lui-même?
Pèlerin du soleil aux trousses de son ombre,
Renaîtra-t-il, errant combien dannées encore,
Cherchant la vérité dans une place étrange?
Prier
Cest écouter
Aux portes du silence.»
Sans renoncer au chant, Marie-Claire Bancquart tire
son originalité dun rythme un peu plus syncopé et dune
pensée qui prend parfois les risques de lincertitude:
«Mais nous à la dérive
nos mains réunies sans mots pour prier
sécartent vers le haut
laissant passer un grand corps dange timonier.
Nous glissons à sa suite
sans lieu sinon lattente.»
Bernard Delvaille :
«Cest loccasionnel qui serait beau
comme un miroir où il ny a plus rien linstant daprès
Iris où boire le soleil
où réduire en cendres les figures de feu
qui nous ont brûlés.»
Jacques Darras assume lui aussi le lyrisme, avec lambition décrire
un poème à la mesure du monde. Cette poétique ne craint
pas de prendre appui sur les procédés les plus éprouvés
de la rhétorique:
«il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul»
James Sacré y recourt également, mais dans la recherche,
à travers sa prose rythmée, dun va-et-vient entre le poème
et le monde. Il sensuit que le travail de lécriture ne cesse
de se réfléchir dans lécriture elle-même:
«[...] je commence à mieux deviner ce que pourrait être ce
nouveau livre: des endroits de prose ou de poème dont les mots et la
syntaxe donnés (dune façon mal définissable mais
quon sait précise) par des paysages vécus, permettraient
quon passe directement dun espace de forêt très propre
(ses arbres comme écrits sur la couleur de boues fragiles et le tissu
fin du ciel) à celui dun livre qui ne serait pas une description,
ni lexplication daucun mystère, mais la continuation de ce
que cest vivre en aller-retour du cur entre le monde et les mots.»
Jean-Pierre Lemaire, le lyrisme va de pair avec une
affirmation délibérée de croyance religieuse. Poète
catholique, Lemaire reste cependant attaché une vigoureuse représentation
de la matérialité du monde:
«Il vient dautres couleurs à la fin de lété:
le ciel est bleu pâle, on voit les phlox mauves
et le gravier sombre lavé par la pluie.
Ce nest pas le même pays qui se fane
cest un ancien printemps. Il tinvite au départ
comme le Nord où tu as grandi sans bouger
en te confiant ses fleurs, ses arbres, ses prairies
pour lété qui passe au loin chaque année
lété mystérieux de la Terre promise.»
Sétant dès le début placé sous le signe dOrphée,
Jean-Michel Maulpoix poursuit une uvre où
la mélancolie vient en permanence teinter la célébration
du quotidien:
«Écrire est un dimanche. Un après-midi de neige et de suie.
Une histoire contée à mi-voix. Il ny a là personne,
pas même celui qui tient la plume. On entend des bruits à lentour
et le crissement du métal sur la feuille: le travail impersonnel et se-cret
dun peuple de fourmis.
Cela souvent se passe ainsi: on est attablé
dans la chambre où le couvert est mis pour un singulier repas. Juste
une rame de papier blanc.»
«Texte contre parole» ou «poétique
de la parole» : nous sommes conscients de ce que nos catégories
de classement peuvent avoir de sommaire et darbitraire, et ce nest
pas sans scrupule que nous en proposons maintenant une troisième. Cette
nouvelle catégorie aurait pour fonction de rendre compte dun phénomène
pourtant directement observable dans la production contemporaine: sans renoncer
au chant, la poésie entend assumer dans sa forme les dissonances et les
diffractions qui sont aussi celles de notre monde. Comme le dit Bernard Noël,
«la poésie a trop chanté: il faut quelle déchante
et trouve là le véritable chant».
Bernard Noël, entreprise plus aride, plus incertaine de son identité,
plus appuyée au silence:
«quest-ce que le temps
tu manges le papier
la bouche sefface
tu fermes la fenêtre
pour compter lair
un reflet se lève
un corps den face
le tu dun toi
le contre visage»
Maurice Régnaut, et il retient en lui toutes les forces qui voudraient
le briser:
«Ce corbeau qui semplit de fumier chaud et rit,
Ce lapin qui grignote un cou écorché vif
Et ce porc qui dévore un autre porc qui hurle,
Ce moribond qui sans arrêt vomit et lape
Et ce chauve incendiaire agenouillé dextase
Devant le feu puissant qui fait craquer la nuit
Ce hors-le-monde ivre damour qui va tuant»
Ouvert à toutes les recherches formelles de son siècle, Henri
Deluy ne renonce pas pour autant au chant, à la tradition de la
chanson des troubadours, pour y mettre à nu le désir amoureux,
ses élans, ses rejets:
«[...] - Tu disais:
Lorsque je partirai, je partirai loin
Et sans regrets. - La chambre était
Tout entière dans cet amas confus
De paroles, près de la robe, et
Dans ce paysage, qui disparaît
Vers le haut de tes cuisses.»
Claude Esteban, le lyrisme est dautant plus
travaillé par des ruptures quil porte les marques durables dun
deuil:
«un soleil invisible sur la mer, ce rose
dans les roseaux, comme
du vent solide, lair qui devient
dur, cétait
une falaise avec la main
qui linventait
sur un carré de toile et trois couleurs.»
De ce deuil, Ludovic Janvier sait aussi éviter
la dérive narcissique. Au pire de la douleur, son poème reste
un atelier où se forge lessentiel dune relation au monde,
entre calme et syncope:
«On promettait sa parole au silence
Une chanson vous mène au bord de ladieu
Lorsque la morte en souriant fait face
Appelée par la voix qui fredonnait
On était ce moulin de peurs et de murmures
Broyés sans fin pour la fleur de mémoire
Le moins du monde est entré sans rien dire
Il ressort calmement par le sanglot»
Paul-Louis Rossi, lexpression lyrique est également marquée
par la retenue et parfois lironie. La distance sy accentue parfois
jusquà se faire disjonction:
«La langue des amants ne se joint pas pour parler et
sils se touchent parfois rien ne les unit vrai
Ment que cette chair si prête à se défaire où rien
ne leur suivit rien à peine étreint le corps déjà
Séloigne un regard qui sétait posé et déjà
perdu»
Le chant dAntoine Raybaud se construit comme
un «mur», en se détruisant. Il laisse voir ses fissures,
à moins quil ne sagisse de son jointement. Ainsi brisée,
la ligne mélodique ne cesse de tenir, accueillant soupirs et silences
- prières aussi peut-être? Elle offre dans son unité maintenue
de multiples syncopes. Ainsi, dans Mur à Venise:
«Une entrée de musiciens ambulants à pianoter airs dépareillés
bastringue de follie du temps un ébat dombres différés
sur le mur de réverbère à canal des silhouettes à
contre-jour un fantôme à la poursuite des battements de son cur
dans la nuit dune place longue à rumeurs le silence des jeunes
baisers eux ont goût de leurs bouches»
Lorand Gaspar, laffrontement se poursuit sans limite entre matière
et mots, spectacle de bataille qui nest pas sans retrouver, à même
ses cassures, une certaine tension épique:
«Soie drue ocre et or de laube minérale
où nous parle encore la beauté que fend
dun trait sans défaut la nageoire
dorsale et la peur, puis tout se retend
sans plis sans couture»
À sa manière, la poésie de Bernard Vargaftig
est aussi une poésie de failles, de creux. Dans ce lyrisme dune
économie remarquablement maîtrisée, les entailles sont là
comme autant de traces de lenfance:
«Un sillage en moi
Un désert emporté par les dunes
La dispersion souvrait
Loubli est un souffle
Comme glisse lenfance
Jusquaux acacias
Quand soudain lespace efface tout» Bernard Heidsieck
na laissé passer aucune des expériences de sa modernité.
Homme du refus de lharmonie, homme du bruitage, il a été
jusquà abandonner le support du livre au profit dune mise
en spectacle de la poésie sur le trottoir des grandes villes:
«... alors... alors... quy a-t-il à redire à ce que
ça tourne, tourne, valse... ici... là... tout autour... tournoie...
autour... tout autour... virevolte et voltige... autour autour de cette colonne/serpentin...
ce vrai poème narcisse vermisseau tortillard de sur la Lettre S»
Xavier Bordes au contraire se situe au plus près de lélémentaire
pour en capter le chant secret et les rythmes dans toute leur amplitude: ses
poèmes donnent rendez-vous à toutes les forces qui innervent le
monde, dans une mise en contraste de lordre et du chaos:
«Rien comme un bruit de source dans la nuit, et le rêve argenté
sur létang dont un vrai grand hêtre anime et brise lapparence.
Rien comme la statue endormie sur son coude et qui écoute
une chanson secrète qui senfonce très loin entre les étoiles.
Tel qui voudrait un sens second reste prisonnier du premier
dont le moulin du temps broie de plus en plus fin le ruisselant
murmure; [...]»
Alain Duault sont écrits dans une nostalgie du grand chant dont
ils gardent lamplitude, mais avec une vraie science de la dissonance acceptée
comme telle, recherchée pour leffet de réel quelle
impose à la forme:
«Écoutez la coulée de ses cuisses le crissement dailes
Des cormorans tisse la soie du sexe salé en robe sueur
Jusquau sang jusquà lobsession du soir qui samasse
Aux ramures du vent Des sarcelles rasent sarclent lécume
Comme une rosée dhirondelles délie les lèvres louves
de Lhiver»
Claude Mouchard ont une double qualité: ils déploient un
univers familier et suscitent en même temps lénigme qui nous
donne envie de poursuivre. Bord de banlieue et bord du monde cette poésie
offre un sens et provoque la demande active dun supplément jamais
totalement galvaudé:
«Il faudra, dans la rue,
demander asile
à lenvers de toute maison,
au gel mince de tout dehors.»
Chez Claude Adelen, linterrogation sur le monde
se retourne souvent en interrogation sur le langage, ses pouvoirs et ses failles:
«La flamme dune phrase ou son ombre sur leau
Bleue ou brune liris changeante la couleur
Des désirs nous sommes-nous entrevus dans lil
Secret du langage surpris lun lautre»
Gérard Noiret tente de déceler, à même la
trame du quotidien, lhistoire sociale de notre temps:
«Lépouse du pompiste a les yeux dans le vague
servant dépais camionneurs
qui peuvent bien tenter leur chance
ils ne comprennent rien aux femmes»
Luvre poétique de Bernard Chambaz
accomplit une double restitution ironique du poème à la prose
du monde et de cette prose à un «dict» poétique dégrisé
de lillusion lyrique:
«roule comme les cailloux dans la bouche Démosthène
la prose en vers
libre
moutonne sous le même horizon infini encombré
170 à lheure, combien par siècle?»
Benoît Conort poursuit depuis une dizaine dannées
une tentative qui se veut à la fois chant du monde et témoignage
de rupture:
«Ayant descendu toutes les marches
Jusquà la plus basse où morne dans le noir
De nouveau sourd aveugle et dans les mots muré
Je penche vers cette marge que hante le silence»
Lironie de Jean-Baptiste Para décèle
un rire de la nature jusque dans les images les plus désenchantées.
Pour lui, le poète est aussi celui qui peut redonner une saveur au monde.
«Par degré, le rire des ormes
sous lil cireux des malades
assis au soleil.
Par degré être lhomme
qui pose du sel sur les pierres»
Pascal Commère, la parole sait trouver la modestie quil
faut pour dire lessentiel dune relation au paysage et à la
nature:
«Paysage quelle réponse, sinon la rencontre
dune voix qui couvait - cheminant
avec mouches et guêpes (longues
pattes comme un fil) Et soudain
la couleur.»
La poésie dEmmanuel Moses peut tout accueillir:
lhistoire, la nature, la vie quotidienne, jusquau divorce:
«Elle ne peut sempêcher de penser à son cur
Qui bat là-bas, en terre étrangère,
Sur le sein dune autre et elle hait
Ce muscle palpitant qui la trahie.
Elle nentend plus que lui
Dans le silence de son quartier tranquille.»
Ariane Dreyfus poursuit une expérience de diction du réel
qui transforme les aspects traditionnels du lyrisme féminin:
«Lamour grandeur nature, heureusement
la chaleur du doigt dans les poils.
Une autre joue de la couleur
À être très belle et très silencieuse.
Le danseur plie ses deux genoux,
et puis debout cest possible»
Gilles Ortlieb est un poète chez qui lil et la voix
sunissent souvent dans un mouvement de caméra pour serrer au plus
près la réalité du monde:
«La chambre quatorze, à croisillons, de lhôtel
de lHommelet rouge à Strasbourg donnait
sur la rue des Couples et le quai des Bateliers
doù lon peut voir glisser, comme un os de seiche
tiré par le courant, les cygnes au col immergé
du palais Rohan».
Jean-Noël Chrisment, le malaise de la présence
au monde nest jamais si extrême quil ne puisse se transformer
en travail des mots pour dire quand même limpossible émotion:
«Quand la terre est devenue rance,
Et la mort parvenue si près,
Le temps superbe et la souffrance
Ont la même fluidité»
Le poème dEsther Tellermann se dénude
jusquà nêtre plus que tendons à vif pour figurer
la rigueur dune déconstruction de la voix et du regard:
«Jamais
nul archet
naccorde prise
et vous
desserré dans la fatigue
desserré
ou ébloui
vous
dont je déconstruisais
léclat.»
Dominique Grandmont sait représenter le monde à hauteur
dhomme, dans des effets dimmédiateté doù
ne sont pas absentes la violence et linquiétude:
« mais le soleil à bout portant (et lair lui-même massacré
par le mouvement des paupières) les visages soudain les mêmes dans
un sens comme dans lautre le temps toujours comme un rai de lumière
sous la porte»
Chez Dominique Pagnier, lentreprise de poésie
ne bascule jamais dans une croyance naïve. Elle reste placée sous
légide dun «comme si» délibérément
assumé, mais qui nempêche pas lémotion de passer:
«[...] des parfums darbres et ceux de livres gâtés
se touchent dans une embrasure où se tient lange sans poésie,
hésitant entre la raison et lextase; et voici que son air détaché
nous invite à le suivre jusquà lentre-deux automnal
comme sil suffisait que sur le seuil dune école désaffectée,
nous cessions de nous faire porter par notre ombre»
André Velter, la poésie retrouve les grands espaces et
les thèmes épiques. Les circonstances font parfois quelle
est aussi traversée de motifs de deuil qui lui font retrouver les traditions
du lyrisme élégiaque, de ses harmonies et de ses dissonances:
«Il est des voix dans ma mémoire
jamais entendues jusquici
avec lintensité du cri
perçant à jour toute lhistoire»