Le XIXe siècle avait largement reposé
- en littérature, en art, en politique - sur lopposition du classicisme
et du romantisme. La première moitié du XXe doit beaucoup aux
conflits et oppositions engendrés par le surréalisme. Pendant
un siècle et demi, sur le modèle des idéologies politiques,
le suffixe en «isme» a paru être une garantie suffisante de
légitimité. La poésie trouvait hors delle-même,
dans lalignement apparent sur une doctrine, la justification de ses uvres.
À ces écoles il fallait des maîtres: de Victor Hugo à
André Breton il nen manqua point. La poésie se déclamait.
Elle pouvait dire, dans Les Châtiments :
«Je suis le caillou dor et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.»
ou dans Nadja :
«La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas.»
De toutes ces assurances notre époque est largement revenue, comme elle
est revenue des «engagements» qui avaient été ceux
des générations précédentes. Leçon de lhistoire
oblige: le poète engagé a trop souvent fait un piètre poète
et un militant peu habile.