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Aujourd'hui on consacre cet événement : la rue Saint-Victor à Lyon est rebaptisée Rue du Premier-Film. Mais sur le moment, qu'a représenté cette invention ? Une des nombreuses expériences de laboratoire éphémères présentées lors des expositions universelles ? Peut-être pas. Louis Lumière n'y a vu lui qu'« une invention sans avenir » qui devait avoir une petite vie d'attraction de foire, celle en tout cas de ses inventions qui lui a le moins coûté (la photographie couleur reste la grande aventure de sa vie). Néanmoins il fut le premier producteur et le premier distributeur de films à imprimer sa marque, son style en formant plusieurs opérateurs qui parcoururent le monde (dont Eugène Promio et Félix Mesguich). Le cinématographe sera présenté à Londres, Bruxelles, Vienne, Madrid, Berlin, Genève, Belgrade, New York, en Inde... au cours de l'année 1896. En quoi cet appareil, cette merveille qui projette « un rêve sur un mur » vaut la primauté à la France ? Si le brevet du kinétoscope d'Edison a devancé de plus de quatre ans l'invention Lumière, celle-ci résout le handicap majeur de l'appareil américain en permettant la projection sur un écran : le cinématographe permet la prise de vues et la projection ; sa compacité, sa légèreté, sa facilité d'emploi, la rapidité de visionnement des films tournés, vont en multiplier les usages documentaire, journalistique, familial, fictionnel, scientifique...
L'essor et la multiplicité des usages cinématographiques font donc de l'histoire du cinéma français celle d'un pays, de son industrie, le reflet d'une société, des hommes, de leurs habitudes, espérances, craintes (les gloses n'ont, par exemple, pas manqué sur les films contemporains du début de la Seconde Guerre mondiale). Nous tenterons de dégager les atmosphères caractéristiques de certaines périodes du cinéma français, les traits perdurant au long de son histoire à travers même une production diversifiée (documentaire, cinéma expérimental, films de fiction, etc.). Nous nous attacherons à travers ces cent années aux techniques (le son, la couleur) et aux formes (le montage, la lumière, les dialogues) ; des séquences, des images précises seront alors évoquées, décrites, parfois un peu longuement, car le texte filmique demeure « introuvable » 7. Que ce soit un enchaînement d'images en mouvement, un dialogue (on en perd le corps, le timbre et le ton de la voix) ou un exemple d'éclairage (l'image fixe ne restitue pas l'essence de la lumière mouvante). Décembre 1995 ![]() 6. Depuis le début de l'année, les occasions se sont multipliées :
le 22 mars à Paris, projection de La Sortie des usines après la
conférence de Louis Lumière sur l'industrie photographique (suivie de photos en
couleurs) ; le 10 juin à Lyon, projection de huit films pour le Congrès des
sociétés françaises de photographie dont l'arrivée des congressistes
filmés la veille ; le 11 juillet à la Revue générale des
sciences.
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