
Ce premier ouvrage de Chateaubriand se présente comme une recherche destinée à fonder des prévisions politiques. À la base de cette tentative, un postulat : l'histoire se répète, parce qu'il n'y a pas de progrès. Ainsi le passé est-il comme un réservoir de modèles qui peuvent rendre intelligible le monde moderne, à condition de découvrir auquel de ces modèles se conforme le présent. Concrètement, quelle révolution rejoue la Révolution française ? Notre intérêt ne porte aujourd'hui plus tant
sur son effort pour la comparer avec les différentes
révolutions modernes et antiques, qui du reste est
demeuré inachevé, que sur la part d'aveux qui
se sont glissés dans l'ouvrage. Dans certaines pages
étonnantes, il porte le témoignage de tous les
dédains, rejetant dos à dos les adversaires :
rejet hargneux de l'Ancien Régime qui s'est
suicidé (« les folies et
les imbécillités du gouvernement
exaspéraient l'esprit du peuple »
11), et refus des horreurs sans lendemain
de la Révolution dans sa phase la plus radicale
(« des forfaits que tous ceux de
l'histoire mis ensemble pourraient à peine
égaler » 12),
dénonciation des effets pervers des Lumières,
mais aussi méfiance envers la foi
chrétienne. Surtout, cette réflexion est déjà
l'uvre d'un grand artiste, où le futur
poète épique perce déjà à
travers le pamphlétaire, lorsque par exemple il
décrit la levée en masse des troupes
révolutionnaires : « Au
même instant, mille guillotines sanglantes
s'élèvent à la fois dans toutes les
cités et dans tous les Le romantique s'annonce aussi, dont le « mal du siècle » trouve des racines dans une situation personnelle objectivement désastreuse, et qui, par l'inadéquation du cur trop vaste des hommes à un univers où rien n'est à leur mesure, explique leur disponibilité à l'Histoire et la fascination française pour les idées nouvelles. ![]() 11- Essai sur les révolutions, p. 264. | ||||
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