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André Breton / Arcane 17 (1944)
 

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ès la formation du groupe, le surréalisme avait été sollicité par l'occultisme, l'alchimie, la magie. Ainsi la figure d'un Nicolas Flamel, marchand parisien auquel la légende prêtait une activité d'alchimiste, avait-elle intrigué Desnos et Breton lui-même : par exemple, des passages du Second manifeste - mais non pas, comme on l'a affirmé à la légère, le développement initial sur le « point de l'esprit » où se résolvent les contradictions, idée d'inspiration toute hégélienne - se réfèrent à des classiques comme la Philosophie occulte de Corneille Agrippa. Qu'on ne se méprenne pas sur l'intérêt, parfois passionné, que Breton porte à ces domaines ou sur le prestige qu'ont à ses yeux les livres d'Hermès ou la pensée de Paracelse : celui qui prenait soin de proclamer « Je ne suis pas pour les adeptes » au premier vers de son poème Pleine marge (1940) se refuse tout autant à exclure ceux qui, contre les orthodoxies religieuses et à l'écart de la pensée rationnelle, ont exprimé des aspirations et des rêves profonds de l'homme.

Aux États-Unis, dans l'ébranlement général du conflit mondial, on a vu que Breton avait ressenti le besoin de repenser le surréalisme à la lumière de la notion de mythe. Dans l'élan, il s'était replongé dans les oeuvres d'exil de Victor Hugo et avait poussé ses lectures du côté du XIXe siècle visionnaire, incarné notamment par le mage romantique Éliphas Lévi. Il avait été amené par là au mythe de renaissance contenu dans la légende d'Osiris et aux exégèses du jeu de tarots, dont la 17 e carte, « l'Étoile », montre une jeune femme nue répandant sur la terre des fluides de vie. Naît ainsi le projet de consacrer un livre au symbolisme du tarot, sur lequel il rassemble une documentation.

En décembre 1943 la rencontre bouleversante d'Elisa, qu'il va épouser et à laquelle il liera pour toujours sa vie, réoriente le projet et va le faire aboutir à ce livre inclassable, Arcane 17. La rédaction est entreprise en 1944 au cours du voyage que Breton fait avec Elisa au Canada, dans la péninsule de Gaspé puis dans la région des Laurentides, cependant que parviennent des nouvelles d'abord incertaines, puis rassurantes, sur la libération de Paris. D'où, parmi d'autres résonances, celle qui relie la situation historique à l'idée de la libération de la femme : « Mélusine non plus sous le poids de la fatalité déchaînée sur elle par l'homme seul, Mélusine délivrée, Mélusine avant le cri qui doit annoncer son retour... »

 

Arcane 17 est un va-et-vient exalté entre lyrisme et méditation ; entre l'évocation retenue du tragique de l'existence - occasion d'éprouver la mystérieuse formule rapportée par Éliphas Lévi, « Osiris est un dieu noir » - et l'hymne aux forces de régénération qui émanent de la femme, dispensatrice de l'amour ; entre les traditions immémoriales de l'humanité (Isis et Osiris, la reine de Saba, Mélusine, l'Apocalypse) et les spectacles de mer, d'oiseaux ou de lac que le présent dispense ; entre les destinées individuelles de deux êtres encore palpitants de leur rencontre et le sort des peuples à l'heure où il n'est plus interdit d'escompter un avenir plus clair. D'où l'admirable finale du livre où la vision de l'Ange Liberté, né de Lucifer, dévoile un sens que n'avait pas explicité le romantisme visionnaire :
« On voit comment, en ce qu'elle pouvait avoir encore d'incertain, l'image se précise : c'est la révolte même, la révolte seule qui est créatrice de lumière. Et cette lumière ne peut se connaître que trois voies : la poésie, la liberté et l'amour, qui doivent inspirer le même zèle et converger [...] sur le point moins découvert et le plus illuminable du coeur humain. »

Un autre voyage marquera la période américaine de Breton : en décembre 1945, il se rend à Haïti pour donner une série de conférences. Auprès d'un public d'étudiants, elles auront un effet de catalyseur. L'effervescence contagieuse qui s'ensuivra finira par provoquer la chute du gouvernement. Au printemps de 1946, André et Elisa Breton s'embarquent pour la France : « Je reviens » (Poèmes, 1948).