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André Breton / Vers ce qui nous réclame
 

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l ne sera pas dit que le dadaïsme aura servi à autre chose qu'à nous maintenir dans cet état de disponibilité parfaite où nous sommes et dont maintenant nous allons nous éloigner avec lucidité vers ce qui nous réclame. » (Les Pas perdus)

Rapports devenus difficiles avec Tristan Tzara, réticences grandissantes devant les activités dadaïstes, prise de conscience du risque éthique contenu dans la révolte systématique : à partir de 1922, Breton se détourne de Dada. Dans l'atelier qu'il occupe désormais rue Fontaine, autour de lui et de sa femme, Simone Kahn, épousée l'année précédente, se réunissent Crevel, Desnos, Péret : amorcée par les manifestations de Dada, la conscience du groupe acquiert sa pleine dimension et inspire des activités authentiquement collectives. C'est une véritable exploration du domaine mental qui s'opère à travers les révélations déroutantes et les transcriptions des rêves, ainsi que les jeux collectifs. Un peu plus tard, très différentes des séances où le spiritisme banal cherche la communication avec l'au-delà, les expériences de sommeil hypnotique, dans lesquels Crevel et surtout Desnos joueront un rôle de premier plan, se multiplient, parfois dangereusement, au point que Breton se décidera à y mettre fin. Renouant avec l'idée romantique d'inspiration si refoulée par l'époque, Breton espère alors que l'« entrée des médiums » donne accès aux confidences de l'inconscient aussi bien qu'au libre déploiement des virtualités du langage. C'est ainsi que Simone Breton évoque dans une lettre les aptitudes exceptionnelles de Desnos à prophétiser « dans un style mystérieux, symbolique, des choses mieux que la vérité si elles ne sont pas la vérité, et d'un ton impressionnant, comme devaient être pour les Grecs les oracles de leurs sibylles. Plus impressionnant, parce que ce n'est pas une femme nerveuse qui parle, mais un poète, imprégné de tout ce que nous aimons et croyons s'approcher du fin mot de la vie ». À quoi s'ajoutent les messages singuliers captés dans le quotidien : rencontres, paroles saisies au vol, signaux aussi impérieux qu'énigmatiques.

Plutôt la vie, du recueil de poèmes Clair de terre (1923) laisse entrevoir ce que ces réorientations existentielles ont à la fois de périlleux et d'attirant :

« Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d'évasions
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là [...]
Plutôt la vie avec ses salons d'attente
Lorsqu'on sait qu'on ne sera jamais introduit [...]
Plutôt la vie défavorable et longue
Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
Plutôt la vie »

Autre sollicitation forte en ces années : la peinture. Outre l'inclination personnelle qui lui a fait acquérir très tôt le troublant Cerveau de l'enfant de Chirico ou soutenir les difficiles débuts de Max Ernst à Paris, Breton depuis 1920 a une fonction de conseiller artistique auprès du couturier Jacques Doucet. Ce n'est pas son moindre mérite que d'avoir fait entrer dans la collection du mécène Les Demoiselles d'Avignon de Picasso, toile considérée comme initiatrice du cubisme - aujourd'hui au Musée d'Art moderne de New York . Plus encore, elle est à ses yeux une pièce considérable dans l'aventure moderne. Comme il l'écrit à Doucet le 6 novembre 1923 pour l'inciter à l'achat, « c'est là une oeuvre qui dépasse pour moi singulièrement la peinture, c'est le théâtre de tout ce qui se passe depuis cinquante ans, c'est le mur devant lequel sont passés Rimbaud, Lautréamont, Jarry, Apollinaire et tous ceux que nous aimons encore ».