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André Breton / Aubes
 

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'est peut-être l'enfance qui approche le plus de la vraie vie », lit-on dans le Manifeste du surréalisme de 1924. Appréhendées de l'extérieur à travers quelques documents ou revivant grâce aux rares confidences de l'écrivain sur cette période, l'enfance et l'adolescence d'André Breton, né en 1896, semblent peu justifier cette affirmation passionnée qui relance la célèbre formule de Rimbaud. Apparemment, les années de l'enfance et de l'adolescence furent grises et solitaires, s'écoulant dans les tristes paysages suburbains de la banlieue Nord de Paris. La famille, au sein de laquelle la douceur et l'humour du père, petit employé, sont écrasés par la rigidité d'une mère dévote, appartient à la très petite bourgeoisie. Breton conservera une image émue des séjours qu'il passa chez son grand-père maternel, installé à Saint-Brieuc. Le vieil homme, qui savait à ses heures se montrer bon conteur, lui communiqua le goût des plantes, des insectes, des pierres singulières : le poète des Champs magnétiques et de Langue des pierres saura s'en souvenir.

Breton sera élève à l'école communale de Pantin : il en gardera toute sa vie le goût des cahiers d'écolier à couverture illustrée - scènes historiques, animaux exotiques, villes et paysages du monde - et celui des livres d'aventures écrits pour les enfants : « splendide illustration des ouvrages populaires et des livres d'enfance, Rocambole ou Costal l'Indien ». Les compositions de Max Ernst lui en restitueront beaucoup plus tard la magie. En 1907, il entre non pas au lycée, qui dispense aux jeunes bourgeois l'enseignement classique traditionnel, mais au collège Chaptal où est proposée une formation plus pragmatique, sans étude du latin ni du grec. Sans doute peut-on déchiffrer dans les convictions révolutionnaires de Breton adulte la revanche de « l'enfant hagard et quelque peu traqué » dont, peu avant sa mort, il déclarait à une familière, Marguerite Bonnet, retrouver encore en lui l'image. De cette grisaille subie, émergent l'amitié complice du sarcastique Théodore Fraenkel, déjà grand amateur d'Alfred Jarry, et les conseils de lecture d'un professeur de lettres, Albert Keim, qui initie son élève à Baudelaire et à Mallarmé.

La vraie vie, c'est donc dans la littérature et dans l'art qu'elle se laisse entrevoir. Animé par sa passion du symbolisme, fasciné par le renoncement exemplaire de Paul Valéry qui a choisi en toute lucidité d'en finir avec l'exercice de la poésie et qui rejoint à ses yeux le destin de Rimbaud, Breton adresse le 7 mars 1914 une lettre à Valéry, à laquelle il joint ses premiers essais de poèmes. Lettre d'un adolescent à la fois enthousiaste et averti : « Outre La Soirée avec Monsieur Teste en laquelle le degré d'analyse et la faculté d'expression me font voir un des plus incontestables chefs-d'oeuvre du symbolisme, je suis assez l'admirateur de vos poèmes pour leur en égaler bien peu. » Valéry répondra aussitôt à son admirateur avec une bienveillance amusée et attentive ; il s'ensuivra une correspondance de plusieurs années, d'une constante qualité intellectuelle et humaine.

Du côté des peintres, ce sont Bonnard, Vuillard, Ker-Xavier Roussel, les Préraphaélites anglais, et surtout Gustave Moreau qui l'attirent. « La découverte du musée Gustave Moreau, quand j'avais seize ans, a conditionné pour toujours ma façon d'aimer. La beauté, l'amour, c'est là que j'en ai eu la révélation à travers quelques visages, quelques poses de femmes. »