
Depuis son enfance, Bernanos fut tourmenté par l'angoisse de la mort. « Je crains la mort et [...] j'y pense toujours », écrivait-il à l'âge de seize ans. Comme lui, le jeune curé d'Ambricourt a peur de la mort et, dans cette grande méditation sur la mort que sont les Dialogues des carmélites (1949), Bernanos retrouvera une dernière fois la hantise de toute sa vie. Alors qu'elle est déjà entrée dans l'agonie, la Prieure dit à Mère Marie : « J'ai plus de trente ans de rofession, douze ans de supériorat. J'ai médité sur la mort chaque heure de ma vie, et cela ne me sert maintenant de rien77 !... » Un peu après, juste avant de rendre l'âme, les derniers mots qu'elle balbutie sont : « Peur... peur de la mort... » Le Christ lui-même, au jardin des Oliviers, « a eu peur de la mort78 ». Dans le dernier tableau de la pièce, alors qu'elle vient d'apprendre l'arrestation de ses surs du Carmel et que Mère Marie veut rentrer à Compiègne, Blanche s'écrie : « je ne veux pas mourir ! » et s'enfuit. Mais elle vaincra sa peur, comme avait fait le curé d'Ambricourt. Gravement malade du foie, Georges Bernanos doit s'aliter
en mars 1948, alors qu'il se trouve en Tunisie. On le
ramène à Paris au mois de mai. À
l'hôpital américain de Neuilly, une
opération est tentée par le professeur de
Gaudart d'Allaines, mais en vain. À l'un de ses amis,
venu le visiter à l'hôpital, Bernanos
déclare : « Mon pauvre pays, qui va le
secouer après moi ? Je vous jure, mon vieux, ils
vont lui injecter leur morphine, c'est leur
intérêt évident. Il faudrait demander
à Mauriac, à Camus ; il faudrait demander
à Malraux... Malraux, il ne devrait pas se
dérober ; il est le héros de la
mort79. » Entouré des siens et de l'abbé Pézeril, Bernanos meurt à l'aube du 5 juillet, après avoir prononcé plusieurs fois le prénom de sa femme, Jeanne. ![]() ![]() 77. Dialogues des
carmélites, dans uvres romanesques,
éd. cit., p. 1598
| ||||||
|
|