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Georges Bernanos / La mort
 

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Georges Bernanos en 1947. © J.-L. Bernanos

Depuis son enfance, Bernanos fut tourmenté par l'angoisse de la mort. « Je crains la mort et [...] j'y pense toujours », écrivait-il à l'âge de seize ans. Comme lui, le jeune curé d'Ambricourt a peur de la mort et, dans cette grande méditation sur la mort que sont les Dialogues des carmélites (1949), Bernanos retrouvera une dernière fois la hantise de toute sa vie. Alors qu'elle est déjà entrée dans l'agonie, la Prieure dit à Mère Marie : « J'ai plus de trente ans de rofession, douze ans de supériorat. J'ai médité sur la mort chaque heure de ma vie, et cela ne me sert maintenant de rien77 !... » Un peu après, juste avant de rendre l'âme, les derniers mots qu'elle balbutie sont : « Peur... peur de la mort... » Le Christ lui-même, au jardin des Oliviers, « a eu peur de la mort78 ». Dans le dernier tableau de la pièce, alors qu'elle vient d'apprendre l'arrestation de ses sœurs du Carmel et que Mère Marie veut rentrer à Compiègne, Blanche s'écrie : « je ne veux pas mourir ! » et s'enfuit. Mais elle vaincra sa peur, comme avait fait le curé d'Ambricourt.

Gravement malade du foie, Georges Bernanos doit s'aliter en mars 1948, alors qu'il se trouve en Tunisie. On le ramène à Paris au mois de mai. À l'hôpital américain de Neuilly, une opération est tentée par le professeur de Gaudart d'Allaines, mais en vain. À l'un de ses amis, venu le visiter à l'hôpital, Bernanos déclare : « Mon pauvre pays, qui va le secouer après moi ? Je vous jure, mon vieux, ils vont lui injecter leur morphine, c'est leur intérêt évident. Il faudrait demander à Mauriac, à Camus ; il faudrait demander à Malraux... Malraux, il ne devrait pas se dérober ; il est le héros de la mort79. »
Le lendemain, Malraux lui rend visite. Il évoquera cette dernière rencontre dans les Antimémoires et rapportera ces propos de Bernanos : « Vous voyez, je souris ; et pourtant, je n'ai pas envie de sourire. Mais je ne cesserai que lorsque je serai mort80. »

Entouré des siens et de l'abbé Pézeril, Bernanos meurt à l'aube du 5 juillet, après avoir prononcé plusieurs fois le prénom de sa femme, Jeanne.

77. Dialogues des carmélites, dans Œuvres romanesques, éd. cit., p. 1598
78. Ibid., p. 1668
79. Propos cités par J.-L. Bernanos, Georges Bernanos à la merci des passants, éd. cit., p. 455, n. 1
80. André Malraux, Œuvres complètes, Bibl. de la Pléiade, t. III, p. 456