Publications et écrit

 Retour à la liste
des auteurs

Georges Bernanos / L'Espagne
 

 précédent | suivant 

Si Bernanos décide, en octobre 1934, de partir avec sa famille pour Palma de Majorque, c'est tout simplement parce que la vie y est moins chère qu'en France. « Je me suis réfugié dans une île parce que le prix du bœuf et des pommes de terre y est encore abordable38. »

Lorsque éclate, en juillet 1936, la guerre d'Espagne, Bernanos a d'abord beaucoup d'admiration pour le soulèvement franquiste. D'ailleurs, son fils Yves s'engage dans la Phalange. Mais peu à peu, devant la violence sanguinaire des franquistes et l'attitude d'une partie du clergé espagnol, Bernanos change de conviction. En janvier 1937, il évoque l'arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d'enthousiasme pour le mouvement », et fusillés devant le cimetière d'un village. Une fois morts, on en fait un tas que l'on arrose d'essence avant d'y mettre le feu. « Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L'ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça39. » C'est dans ce contexte que Bernanos écrit Les Grands Cimetières sous la lune et Nouvelle histoire de Mouchette dont José Bergamin disait : C'est l'agonie de l'Espagne. Bernanos affirmera lui-même avoir commencé à écrire ce livre en voyant passer dans des camions des condamnés à mort qui savaient seulement qu'ils allaient mourir : « J'ai été frappé par cette impossibilité qu'ont les pauvres gens de comprendre le jeu affreux où leur vie est engagée. [...]
Et puis, je ne saurais dire quelle admiration m'ont inspirée le courage, la dignité avec laquelle j'ai vu ces malheureux mourir40. » Pour dire son dégoût face à l'attitude des tueurs et de leurs complices, Bernanos rappellera qu'il fut élevé dans l'horreur de la Révolution de 1793 et du régime des suspects, mais qu'il a vu les catholiques et les prêtres de Majorque accepter cet héritage. Et à ceux qui parlent de guerre sainte, il répond : « Ce n'est pas avec Hoche ou Kléber, c'est avec Fouquier-Tinville et Marat que vous avez trinqué41. »

38. Lettre de janvier 1936. Combat pour la liberté, éd. cit., p. 117
39. Lettre du 18 janvier 1937. Combat pour la liberté, éd. cit., p. 170
40. Œuvres romanesques, éd. cit., p. 1886
41. Lettre publiée dans Temps présent, 7 juillet 1939. Combat pour la liberté, éd. cit., p. 257