
Lorsque éclate, en juillet 1936, la guerre
d'Espagne, Bernanos a d'abord beaucoup d'admiration pour le
soulèvement franquiste. D'ailleurs, son fils Yves
s'engage dans la Phalange. Mais peu à peu, devant la
violence sanguinaire des franquistes et l'attitude d'une
partie du clergé espagnol, Bernanos change de
conviction. En janvier 1937, il évoque l'arrestation
par les franquistes de « pauvres types simplement
suspects de peu d'enthousiasme pour le
mouvement », et fusillés devant le
cimetière d'un village. Une fois morts, on en fait un
tas que l'on arrose d'essence avant d'y mettre le feu.
« Les autres camions amenaient le bétail.
Les malheureux descendaient ayant à leur droite le
mur expiatoire criblé de sang, et à leur
gauche les cadavres flamboyants. L'ignoble
évêque de Majorque laisse faire tout
ça39. » C'est dans ce contexte
que Bernanos écrit Les Grands Cimetières
sous la lune et Nouvelle histoire de Mouchette
dont José Bergamin disait : C'est l'agonie de
l'Espagne. Bernanos affirmera lui-même avoir
commencé à écrire ce livre en voyant
passer dans des camions des condamnés à mort
qui savaient seulement qu'ils allaient mourir :
« J'ai été frappé par cette
impossibilité qu'ont les pauvres gens de comprendre
le jeu affreux où leur vie est engagée.
[...] ![]() 38. Lettre de janvier 1936.
Combat pour la liberté, éd. cit., p.
117
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