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À Jeanne d'Arc alla probablement la préférence de Bernanos.Il lui consacra un petit livre d'une poignante ferveur, Jeanne relapse et sainte 23, quatre-vingts courtes pages essentiellement consacrées au procès. Bernanos évoque la jeune fille, « ce petit page de Dieu », face à ses juges et on sent le dégoût le gagner à la pensée de tous ces évêques, docteurs et licenciés : « Vous faisiez autour de la martyre un rempart de ventres, de cuisses grasses, de crânes polis comme l'ivoire, mais elle a guetté jusqu'au bout, par-dessus vos têtes, un coin du ciel libre, ce ciel de mars âpre et venteux, propice aux longues chevauchées nocturnes, à l'embuscade, aux belles prouesses d'armes. » C'est Jeanne encore qu'il célèbre à la fin des Grands Cimetières sous la lune, Jeanne, « la chevalerie elle-même tombée du ciel, ainsi qu'une petite épée brillante. Fille indocile, qui déserta la maison paternelle, coureuse en habit d'homme des grands chemins ouverts sous l'averse... » Et voici enfin Thérèse de l'Enfant Jésus, que Bernanos appelle « la dernière venue, si étrange, si secrète, suppliciée par les entrepreneurs et les simoniaques, avec son incompréhensible sourire ». Jeanne d'Arc, Thérèse de l'Enfant Jésus : la vénération de Bernanos pour ces deux saintes rejoint sa fidélité à l'enfance, car Jeanne et Thérèse incarnent toutes deux ce « doux scandale de l'enfance » dont l'écrivain était convaincu qu'il empêchait la terre de pourrir. Elles sont aussi, à ses yeux, deux pures images de la France : Jeanne, « fine fleur de chevalerie », et Thérèse à l'agonie dont Bernanos rappelait les paroles qu'elle adressait à sa Prieure : « Comment vais-je faire pour mourir ? Jamais je ne vais savoir mourir !... » « C'est à de telles paroles, et non à celles des héros de Plutarque, que frémiront toujours, d'âge en âge, les étendards de la Patrie24. » ![]() 21. Les Grands
Cimetières sous la lune, Plon, 1938, p. 244
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