
![]() L'esprit d'enfance est un thème essentiel dans
l'uvre et la vie de Bernanos. Il s'agit bien sûr
d'un thème évangélique :
« Si vous ne devenez comme les enfants, vous
n'entrerez pas dans le royaume des
Cieux15. » Bernanos fait souvent
écho à cette parole du Christ. Dans la
dernière phrase de la préface des Grands
Cimetières sous la lune, il nous dit sa certitude
profonde : « La part du monde encore
susceptible de rachat n'appartient qu'aux enfants, aux
héros et aux martyrs. » Bernanos n'aime ni
les tartufes, ni les lâches, ni les prudents.
« Ne devenez jamais une grande
personne ! », écrivait-il à une
jeune fille brésilienne. « Il y a un
complot des grandes personnes contre l'enfance, et il suffit
de lire l'Évangile pour s'en rendre
compte. » Quelle étrange vision, enfin, que celle dont le curé de campagne sera gratifié au milieu d'une nuit douloureuse : une vision de la Vierge-Enfant. « Je regardais ses mains. Tantôt je les voyais, tantôt je ne les voyais plus, et comme ma douleur devenait excessive, [...], j'ai pris l'une d'elles dans la mienne. C'était une main d'enfant, d'enfant pauvre, déjà usée par le travail, les lessives. [...] Je craignais, en levant les paupières, d'apercevoir le visage devant lequel tout genou fléchit. Je l'ai vu. C'était aussi un visage d'enfant, ou de très jeune fille, sans aucun éclat. C'était le visage même de la tristesse17. » Un peu plus loin, alors que le curé se réveille de son évanouissement, la poignante rencontre avec Seraphita est une rencontre avec l'enfance blessée qui tourmentait l'âme de Bernanos. Et c'est encore à une enfant marquée par le malheur que sera dédiée, un an après le Journal, la Nouvelle histoire de Mouchette (1937). ![]() 15. Matthieu, XVIII, 3
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