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Georges Bernanos / L'enfance et la jeunesse
 

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Georges Bernanos et son père en 1899. © J.-L. Bernanos

Georges Bernanos est né à Paris le 20 février 1888. Enfant, il passe ses vacances à Fressin, dans le Pas-de-Calais, où son père avait acheté une maison. Bernanos fut marqué pour toujours par son enfance.

« Dès que je prends la plume », écrira-t-il à quarante-sept ans, « ce qui se lève tout de suite en moi c'est mon enfance, mon enfance si ordinaire, qui ressemble à toutes les autres, et dont pourtant je tire tout ce que j'écris comme d'une source inépuisable de rêves. » Onze ans plus tard, en 1946, c'est-à-dire deux ans avant sa mort, il écrit encore que dès qu'il essaie d'imaginer des personnages il ne peut les placer ailleurs que dans le pays de sa jeunesse : « En dépit de tout l'attachement que j'ai pour la Provence, ou mon inoubliable Ð sertão ð brésilien [...]. Mais que voulez-vous ? Il y a un mystère de l'enfance, une part sacrée dans l'enfance, un paradis perdu de l'enfance où nous revenons toujours en rêve1. » Dans Monsieur Ouine enfin - son dernier roman -, Bernanos écrira que « la suave enfance monte la première des profondeurs de toute agonie ».
À Fressin, Bernanos lit Balzac. Ses années de collège le conduisent, de 1898 à 1901, chez les Jésuites de la rue de Vaugirard, à Paris, où il est externe. À onze ans il fait sa première communion. De 1901 à 1903, il est interne au petit séminaire de Notre-Dame-des-Champs. Il n'en gardera pas de bons souvenirs, comme en témoigne probablement, dans Les Grands Cimetières sous la lune, l'évocation de « préaux funèbres », de « classes puantes », de « réfectoires à la grasse haleine », et d'« interminables grand'messes à fanfares où une petite âme harassée ne saurait rien partager avec Dieu que l'ennui ».

Le Supérieur du petit séminaire ayant conseillé aux parents de Bernanos de lui faire abandonner ses études classiques pour qu'il se consacre, par exemple, au commerce, ces derniers préfèrent l'envoyer à Bourges où il rencontrera l'abbé Lagrange, son professeur de lettres, puis au collège Sainte-Marie d'Aire-sur-la-Lys, où il achève ses études secondaires. De Sainte-Marie, il adressera à l'abbé Lagrange plusieurs lettres, précieux témoignage sur cette adolescence tourmentée. En mars 1905 par exemple, Bernanos confie : « Au moment de ma première communion, la lumière a commencé de m'éclairer. Et je me suis dit que ce n'était pas surtout la vie qu'il fallait s'attacher à rendre heureuse et bonne, mais la mort, qui est la clôture de tout. » Deux mois plus tard, il écrit encore à l'abbé : « Pendant les premiers mois de mon séjour à Aire, je me suis mortellement ennuyé et, étant toujours un peu malade, j'ai pensé très souvent à cette mort que je crains tant [...] » Pendant ces années, Bernanos lit toujours Balzac, mais aussi Édouard Drumont et Ernest Hello. Il est monarchiste. En 1906, il obtient son baccalauréat, puis commence à Paris une licence ès lettres et une licence en droit.

En 1908, âgé maintenant de vingt ans, Bernanos s'engage parmi les Camelots du roi et participe à des manifestations organisées par l'Action française. En mars 1909, à la suite de l'une d'elles, il est incarcéré pendant quelques jours à la prison de la Santé. Il collabore bientôt à l'Action française ainsi qu'à divers journaux monarchistes.

En 1913, il prend même la direction de l'Avant-Garde de Normandie, hebdomadaire monarchiste dont le siège est à Rouen. C'est dans cette ville qu'il rencontrera sa future femme, Jeanne, descendante de l'un des frères de Jeanne d'Arc. Lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Bernanos, qui avait été réformé en 1911, s'engage néanmoins dans le 6e régiment de dragons. Il y fera toute la guerre et sera plusieurs fois blessé. Vingt-trois ans après l'armistice, dans sa Lettre aux Anglais, écrite au Brésil, il se souviendra de la guerre qu'il a faite avec les « gars français » : « J'ai servi avec eux, au même rang, au dernier rang ; ils m'ont fait l'honneur de vivre et de mourir à mes côtés - non pas sous mes ordres - ils m'ont traité d'égal à égal, nous avons bu dans le même quart - oh ! je les ai tant aimés2 ! »

En 1917, Bernanos s'est marié - son témoin était Léon Daudet. Six enfants naîtront de ce mariage. À la fin de la guerre, contraint de gagner sa vie, Bernanos entre dans les assurances, vivant dès lors dans les trains, les hôtels ou les gares. Pourtant il écrit, c'est sa vocation. « Une page ici, une page là, dans la fumée des pipes ou l'innocente tempête déchaînée par les joueurs de manille, sous le regard impavide de la caissière3. » C'est seulement après le succès de son premier roman, Sous le soleil de Satan (1926), que Bernanos abandonnera sa profession pour se consacrer à la littérature.

1. Lettre du 24 septembre 1946. Combat pour la liberté, Plon, 1971 p. 683
2. Lettre aux Anglais, Gallimard, 1946 ; éd. de 1989, p. 44
3. Lettre à Frédéric Lefèvre du 25 février 1925

François de Saint-Cheron
Né en 1958, maître de conférences à l'université Paris IV-Sorbonne. A publié Senghor et la terre (Sang de la terre, 1988), L'Esthétique de Malraux (Sedes, 1996), Les romans de Malraux (Hatier, 1996). Responsable scientifique de l'exposition André Malraux réalisée par l'adpf en 1996.

Nous adressons nos plus vifs remerciements à Madame & Monsieur Bernanos.
Les photographies utilisées proviennent de la collection J.-L. Bernanos.

Né à Paris en 1888, Georges Bernanos fut dans sa jeunesse un royaliste militant et l'un des disciples de Charles Maurras. En 1914, il s'engage dans un régiment de hussards. Son premier roman, Sous le soleil de Satan (1926), révèle un visionnaire doué d'une rare puissance d'évocation. Avec l'Imposture (1927), La Joie (1928) et Journal d'un curé de campagne (1936) s'impose l'un des grands romanciers du siècle. Il a rompu avec Maurras en 1932.
Bernanos, qui n'est pas riche et que harasse la cherté de la vie en France, s'est installé à Palma de Majorque en 1934, avec sa femme et leurs six enfants. C'est de là qu'il assiste à la guerre d'Espagne qui lui inspirera Les Grands Cimetières sous la lune (1938) où il stigmatise le général Franco et ses partisans catholiques. Établi au Brésil à partir de 1938, il y apprendra en 1940 la capitulation de la France. Désavouant aussitôt le régime du maréchal Pétain, il prend parti pour la France libre et multiplie articles et messages qui seront recueillis dans Le Chemin de la Croix-des-Âmes (1943-1945).
Rentré en France en 1945 à la demande du général de Gaulle, Bernanosest vite dégoûté par l'abaissement de son pays et le « cloaque du marché noir ». Il part alors pour la Tunisie où il écrit Dialogues des carmélites, sa dernière méditation sur l'angoisse et la mort. Bernanos meurt à Neuilly le 5 juillet 1948.

Quand je serai mort dites au doux royaume de la Terre que je l'aimais plus que je n'ai jamais osé dire.

Georges Bernanos