
Où la sonorité du vers est aussi affaire de musicien Ces exemples en disent assez sur lidée shakespearienne que se faisait
Berlioz de la structure dramatique de ses livrets. Mélange dépique
et de burlesque, de noble et de familier, bien sûr; mais aussi création
du personnage de Cassandre dans Les Troyens, seulement esquissé
chez Virgile; ou de Somarone dans Béatrice et Bénédict,
maître de musique caricaturé par lui à partir de souvenirs
personnels, remplaçant les officiers municipaux grotesques de Shakespeare
dans Beaucoup de bruit pour rien. Ce sont aussi les deuxième et
troisième parties de LEnfance du Christ, «La Fuite en Égypte»
et «LArrivée à Saïs», qui développent une
simple mention de lÉvangile selon saint Matthieu.
Il y a le style noble «à lantique» des Troyens, qui harmonise des tournures Grand Siècle en plein romantisme:
Et ce nest pas seulement la musique du scherzo final de Béatrice et Bénédict qui gambade avec des ailes au talon, mais bien les paroles françaises imaginées pour égaler Shakespeare:
Berlioz navait que vingt-deux ans lorsquil envisagea de composer un opéra-comique, Richard en Palestine. Il échangea alors avec son librettiste, Léon Compaignon, une série de lettres où il ne cesse de lui donner des leçons de versification adaptée à la musique. Une vingtaine dannées plus tard, se lit dans un de ses feuilletons, repris ensuite dans Les Grotesques de la musique, cette profession de foi: »La poésie est esclave du rythme quelle sest imposé, la musique, non seulement est indépendante, mais cest elle qui crée le rythme et qui, tout en le conservant dans ses éléments constitutifs, peut le modifier de mille manières dans ses détails. Et le mouvement, dont les auteurs de théories poétiques ne parlent jamais et qui seul peut donner au rythme son caractère, qui est-ce qui le détermine? Cest le musicien. Car le mouvement est lâme de la musique, et les poètes nont jamais songé seulement à trouver le moyen de fixer le degré de rapidité ou de lenteur convenable à la récitation de leurs vers.« On voit par là comme la poésie berliozienne est soucieuse du son et du rythme, du galbe mélodique, avec cette souveraine »irrégularité« qui distingue encore aujourdhui sa musique de toute autre et qui inspire aussi bien ses vers. Face au confort de Scribe, destiné aux carrures sans surprises dun Auber ou dun Halévy:
les mètres diversement mesurés de Didon contiennent déjà en germe les accents inouïs de ce quelle va chanter:
Bien sûr, la dramaturgie berliozienne na pas toujours linfaillible du
meilleur Musset ou Hugo, bien sûr ses vers pèchent-ils parfois par
outrance ou maladresse. Mais je ne vois nulle part, gouvernée par un musicien
français, pareille alliance du sens dramatique, de la sonorité rimée
et de lart de composer. Bref, point daction en musique où le Français,
toujours tellement susceptible à la tenue du verbe, puisse enfin considérer
que ce dernier nest pas asservi, plus ou moins prosaïquement, aux exigences
du chant. Il est dautant plus surprenant que les opéras de Berlioz aient
trouvé si difficilement chez nous le chemin du cur, pourtant tracé
quil était là par celui de lintelligence et du goût... | |||||||||
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