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Hector Berlioz / La correspondance d’Hector Berlioz
 

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Dans une scène des Enfants du siècle - titre non pas d’un célèbre roman d’Alfred de Musset de 1836 (La Confession d’un enfant du siècle), mais d’un film de Diane Kurys de 1999 (scénario de François-Olivier Rousseau et de Diane Kurys) où Juliette Binoche et Benoît Magimel incarnent George Sand et Alfred de Musset -, la dame scandaleuse de Nohant se rend chez la mère du poète (récemment mort de débauche et de chagrin) pour reprendre les lettres qu’elle lui avait envoyées après la fin de leur liaison. L’écrivain se voit remettre un paquet de lettres, toujours cachetées, par une impitoyable madame de Musset.
Invention absurde? Détail insignifiant? Au contraire. L’histoire artistique du XIXe siècle - notre idée de cette histoire - prend l’une de ses principales sources dans les témoignages que renferment les lettres. Si nous avons tendance à voir dans l’époque romantique celle où la vie et l’œuvre de l’artiste sont entrelacées comme jamais auparavant, c’est aussi sans doute que nous disposons des détails de la vie privée de ces artistes - leurs grandeurs, triomphes, secrets, petitesses, faiblesses, tourments, misères, persécutions -, et cela parce que leurs correspondances ont été conservées. Qu’il s’agisse de Chateaubriand ou de Stendhal, au début du siècle, de Mallarmé ou de Zola, à la fin, de Sand (quarante mille lettres) ou de Hugo (plus encore), à mi-parcours, on est surpris de l’immensité de ces correspondances, et des obstacles qu’elles ont pu surmonter pour parvenir d’abord à leurs destinataires, puis jusqu’à nous.
La correspondance de Berlioz prend place parmi celles des autres géants littéraires de cet incontestable siècle d’épistoliers: elle est la seule correspondance de grande envergure d’un homme dont l’activité principale est la composition musicale. Elle est une source de renseignements ailleurs introuvables, et donc bien évidemment un outil de travail indispensable. Les grands biographes français du début du XXe siècle - Boschot, Tiersot, Prod’homme - se penchent tous sur la correspondance du musicien. Alors qu’il esquisse lui-même une biographie, le Franco-Américain Jacques Barzun découvre bien des lettres inédites qu’il publie en 1954: ses Nouvelles Lettres de Berlioz constituent un supplément important à son irremplaçable Berlioz and the Romantic Century (1950). Et dans le plus important ouvrage de cette fin de siècle consacré au musicien, l’Anglais David Cairns bâtit les deux volumes de sa monumentale biographie (The Making of an Artist; Servitude and Greatness; 1999) sur la traduction souple et élégante de nombre de lettres qui étayent le récit détaillé de la vie de l’artiste.
Le biographe de Berlioz peut donc dire que la correspondance du compositeur est le complément indispensable à la connaissance de l’univers de la Symphonie fantastique, de La Damnation de Faust, des Troyens. Mais les lettres de Berlioz, comme ses écrits journalistiques, ont une valeur littéraire propre: parmi les quelque quatre mille lettres conservées, rares sont celles qui ne comportent aucune astuce, aucune expression recherchée, aucune pensée ironique ou malicieuse. Berlioz se disait accablé par le journalisme - cet «esclavage» qui fut pendant longtemps son principal gagne-pain; mais, cela se sent, il prend plaisir à écrire ses lettres quotidiennes - moyen aisé de mettre ses idées à l’épreuve, de raffiner sa prose, d’entretenir des amitiés avec écrivains, musiciens, fonctionnaires, administrateurs et autres grands ou moins grands personnages qui lui sont chers.