Publications et écrit

 Retour à la liste
des auteurs

Honoré de Balzac / novembre 1843-avril 1845 Marasme
 

 précédent | suivant 

Il fallait maintenant compléter au plus vite les volumes IV et VII de La Comédie humaine, car le désordre et les lacunes de la publication étaient vivement critiqués. Mais parmiles nombreux projets agités en cette fin d’année 1843, un seul fut en partie réalisé: Les Petits Bourgeois, où devaient reparaître de nombreux personnages des Employés. Balzac accepta aussi de participer au recueil collectif Le Diable à Paris, auquel il donna les premiers des fragments qui composeront plus tard les Petites Misères de la vie conjugale.
Blessé par des allusions publiques à ses dettes, il renonça à une nouvelle candidature à l’Académie française. La question des Jardies n’était toujours pas tranchée. Et l’écrivain avait maintenant du mal à trouver des éditeurs. Il commençait aussi à se prendre de passion pourles meubles et les antiquités, et commettait ses premières folies de collectionneur.
Début janvier 1844, il improvisa Les Roueries d’un créancier (Un homme d’affaires), puis sombra dans un long marasme. Accablé de maux de tête, la cervelle «inerte», peu soutenu par sa famille, tiraillé d’émotions contradictoires, il eut le plus grand mal à assurer la correction des épreuves de La Comédie humaine.
Ce n’est qu’à la mi-mars que, s’emparant d’un sujet de nouvelle suggéré par Mme Hanska, il se mit tout d’un coup à écrire Modeste Mignon, histoire d’un amour de tête naissant petit à petit au fil d’une correspondance entre une romanesque jeune fille de province et un poète de la capitale, l’un de ces artistes surfaits, complaisants, poseurs, pour lesquels les modèles ne manquaient pas... Ce roman de «la lutte entre la poésie et le fait, entre l’illusion et la société» poussa «comme un champignon, sans peine, sans efforts».
Mais fatigué par cette nouvelle poussée de travail, Balzac retomba malade. Une jaunisselui valut «deux mois d’enfer» et le laissa amaigri et sans forces. Il ne retrouva ses facultés qu’à la fin du mois de juin, et acheva alors Modeste Mignon - qui n’eut aucun succès. Terriblement agité par ses ennuis d’argent, souffrant toujours de la tête et des dents, ne pensant qu’à rejoindre Mme Hanska, rentrée à Wierzchownia, il ne parvenait pas à reprendre son rythme de travail et à livrer les œuvres promises. Tout juste parvint-il à achever fin août Madame de la Chanterie (premier épisode de L’Envers de l’histoire contemporaine).
Excédé de vivre caché et à l’étroit dans la maison de la rue Basse, où venait par malheurde s’installer un blanchisseur dont les neuf enfants menaient grand tapage, Balzac était désormais obsédé par l’idée d’acquérir une maison. L’insolent succès d’Eugène Sue l’enrageait aussi. Et c’est fouetté par le désir de se ménager enfin une situation matérielle décente qu’il décida début septembre de vendre les Jardies et de se remettre au travail.
Il se lança immédiatement dans Les Paysans, où il voulait peindre les «Machiavels dela charrue» en guerre contre la grande propriété, et conviés à cela par la petite bourgeoisie qui faisait d’eux à la fois ses auxiliaires et sa proie. N’y avait-il pas quelques vérités urgentesà dire, au milieu «du vertige démocratique» auquel s’adonnaient «tant d’écrivains aveugles»?
Mais après un mois de travail acharné, Balzac retomba malade, puis d’une maladie dans l’autre. La première partie des Paysans inaugura début décembre dans La Presse un programme de publications prestigieuses, notamment les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand (achetés par le journal pour une prépublication posthume), l’Histoire des Girondins de Lamartine, les Mémoires de Sainte-Hélène du général Montholon, compagnon d’exil de l’Empereur, dont les cendres venaient d’être ramenées en grande pompe à Paris. Le succès fut moins «étourdissant» que ne le prétendit Balzac, les lecteurs se plaignirent de descriptions trop longues, et la presse bien-pensante accusa l’auteur de «salir la famille rustique, cette sainte et rude famille», gardienne des vertus ancestrales. Puis la publication du roman fut interrompue pour laisser place à La Reine Margot, de Dumas, plus propre à assurer les réabonnements en cette fin d’année. Brisé dans son élan, tenaillé par le désir de retrouver Mme Hanska, Balzac ne parviendra jamais à achever le roman.
En décembre et en janvier parut aussi la troisième et dernière partie de Béatrix. Mais complètement désorganisé, fou de chagrin lorsque les hasards du courrier le laissaient plusieurs semaines sans nouvelles de Mme Hanska, Balzac retomba dans un nouveau marasme. Incapable de tirer une seule ligne de son cerveau, il avouait ne continuer à corriger les épreuves de La Comédie humaine que parce que les feuilles lui venaient «sous le nez».
Enfin, mi-avril 1845, après avoir changé vingt fois de projets, Mme Hanska l’invita à venir la rejoindre à Dresde, et Balzac envoya tout promener, épreuves, feuilletons et dettes, avec un soulagement immense.